• Parmi les rituels du mariage des Franco-Ontariens, la danse de l'aîné célibataire, garçon ou fille, demeure une sanction solidement enracinée, voire identitaire. Par l'examen minutieux des enquêtes de terrain commandées depuis 1999, l'auteur livre la première synthèse de cette tradition attestée dès 1826 au Québec. Les traces qu'il a mises à jour montrent que la pratique de ce rituel aurait été fort répandue en Amérique française, mais que son souvenir se serait érodé en France par où elle serait venue, et en Angleterre où elle vivait au temps de Shakespeare, comme aussi au Québec qui en aurait été le foyer de diffusion. Le paradoxe de la résistance des marges, figuré par le principe du limaçon, se dénoue avec un essai d'interprétation de la dynamique des traditions.

  • L'ethnologue jésuite Germain Lemieux (1914-2008) refait le chemin qui l'a mené de sa Gaspésie natale, contrée maritime, au pays des mines de Sudbury. À travers son témoignage, recueilli par l'auteur pour la radio en 1995 et livré sur le ton de la confidence, l'octogénaire soupèse les aléas d'une carrière entreprise un demi-siècle plus tôt. Il balise son récit d'éléments inédits, notamment sur ses origines et sa formation, qui éclairent les dessous de l'oeuvre et révèlent les traits de sa personnalité. Volontaire, il a su tracer sa voie et développer une expertise originale en dépit de moyens limités et des contraintes de son état. Ce document à l'allure intime constitue une source féconde, autant pour la compréhension de l'Ontario français et de son histoire au XXe siècle que pour l'institution du patrimoine oral que l'ethnologie a incarnée presque seul avant les années 1980. En faisant le bilan de son activité incomparable, Germain Lemieux y mêle un peu de son testament intellectuel.

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