• Traduite par Claude Laurens avec une courte préface de Pierre Laurens, la fable politique qu'on va lire dans cette nouvelle issue, remaniée pour adhérer à l'édition la plus récente du texte latin, est à ranger dans la bibliothèque aux côtés des chefs-d'oeuvre de Swift, de Voltaire et de George Orwell.
    Momus, personnage de la mythologie, mis en scène par Lucien comme le dieu de la critique, devient, entre les mains d'Alberti, qui fait de lui par deux fois une victime injustement persécutée, le premier immoraliste de la littérature moderne. L'exil parmi les hommes aiguise son esprit caustique, le malheur lui enseigne à masquer son caractère, au point que le dieu du franc-parler devient, au rebours de sa nature, le virtuose, mieux : le théoricien de la simulation et de la dissimulation, tel un ingénieux Ulysse égaré dans les cours. Mais surtout, à travers les mésaventures qui le ballottent du ciel à la terre, de la société humaine au parlement de l'univers, il est à chaque instant et partout, comme plus tard le Neveu de Rameau, le génie de la provocation, le grain de levain qui démasque les faiblesses et les hypocrisies, bouscule les idées reçues, désacralise les puissances établies.
    Mêlant systématiquement le rire au sérieux, irrigués continuellement par la veine imaginative, portés par une phrase d'une incroyable agilité, les épisodes se succèdent dans un rythme effréné, alternant paradoxes éblouissants, pages d'un comique bouffon et osé autant que profond et inventions poétiques. Un régal.
    Architecte, peintre (et auteur des deux premiers traités modernes d'architecture et de peinture), ingénieur, humaniste, moraliste, écrivain, Alberti (1404-1472) fut, avant Léonard de Vinci, le premier exemple de l'homme « universel », génial et inclassable.

  • Leon Battista Alberti (1404-1472) fut à la fois écrivain, théoricien des arts, architecte et... surprenant athlète. Son aisance en tout fut telle que J. Burckhardt vit surgir en lui le type d'" homme universel " qu'illustrera Léonard de Vinci. Mais cet homme dissimulait un être souffrant dont les écrits contiennent aussi des pages d'un profond pessimisme.
    Sa naissance illégitime dans une famille patricienne en exil explique son perpétuel désir d'excellence et de reconnaissance. Ses relations difficiles avec les humanistes et les artistes florentins furent à l'origine de ces Entretiens sur la tranquillité de l'âme, rédigés en langue toscane vers 1443 et dotés d'un titre latin : Profugiorum ab ærumna libri III.
    Alberti y rapporte des conversations tenues en sa présence, lors d'une promenade à Florence, par Agnolo Pandolfini et Nicolas de Médicis. Agnolo s'interroge sur les moyens d'éviter les tourments intérieurs ou de s'en libérer. Nourries de lectures classiques, ces réflexions se distinguent par des notes existentielles et une grande liberté de pensée.
    Pierre Jodogne, " dottore in lettere " de l'université de Bologne, est professeur honoraire de l'université de Liège. Ses principaux travaux philologiques ont porté, sur Alberti, sur Jean Lemaire de Belges, Antonio Alamanni et Francesco Guicciardini.
    Michel Paoli, normalien, agrégé et spécialiste de la Renaissance italienne, est professeur des universités et directeur du centre de recherches " TrAme " de l'université de Picardie.

  • Leon Battista Alberti (1404-1472), connu comme l'un des plus grands architectes florentins de la Renaissance, est également un philosophe, un savant, et un artiste complet que l'on a souvent comparé à Léonard de Vinci. Son De Familia (rédigé en 1434) est un dialogue mené par plusieurs personnages emblématiques et traite du rôle politique, social et économique d'une puissante famille au sein de la Cité ; mais Alberti aborde aussi, et de façon nouvelle, la place et le rôle de l'argent, le choix d'un métier, la gestion du temps, l'éducation et la formation de la jeunesse, la morale, l'amitié, la renommée, voire la vie du courtisan auprès de grands princes de la Renaissance. Il évoque également des sujets plus inattendus : le vêtement et le maquillage des femmes, l'allaitement, le choix d'une épouse, etc. Le De familia occupe enfin une place essentielle dans le débat sur l'origine du capitalisme : à ce titre, il a exercé une influence notable sur la Renaissance en Italie et plus généralement en Europe.

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