• Comment s'explique le vote des électeurs ? Comment peut-on le prévoir ? Comment peut-on l'influencer ? Pour répondre à ces questions, que se posent tous les hommes politiques, Denis Lindon, professeur au C.E.S.A. et Pierre Weill, directeur de la Sofres, qui avaient déjà écrit, en 1967, Les familles politiques aujourd'hui en France, ont construit et validé, à l'occasion des élections législatives de 1973, un modèle explicatif du comportement électoral. En effet, tout se passe comme si le vote de chaque électeur résultait d'un processus relativement simple de comparaison et d'arbitrage entre les candidats en présence, processus dans lequel interviennent, avec des poids variables mais mesurables, une vingtaine de paramètres liés au tempérament politique de l'électeur, à son état d'esprit conjoncturel, et à l'image qu'il se fait des partis et des candidats. Ce modèle permet d'expliquer les élections de 1973 et, en particulier, de mettre en lumière les raisons principales des votes pour chacune des grandes formations. Mais, surtout, il permet de simuler rétrospectivement (et permettre à l'avenir de simuler à l'avance) les effets sur les votes individuels et, par conséquent, sur l'issue d'un scrutin de telle ou telle campagne électorale hypothétique.

  • Existe-il, dans l'électorat français, de véritables familles politiques, c'est-à-dire des ensembles d'électeurs ayant des tempéraments, des opinions et des comportements politiques, nettement différents d'une famille à l'autre, et fortement homogènes à l'intérieur d'une même famille ? Quelles sont ces familles, quel est leur contenu idéologique ou sentimental, quelle est leur importance numérique ? Les mots de gauche et de droite recouvrent-ils encore une réalité électorale, c'est-à-dire des différences profondes, stables et concrètes, d'attitude et de comportement, et non pas seulement des traditions ou des habitudes superficielles et éphémères ? Existe-t-il un véritable électorat centriste, c'est-à-dire un ensemble d'électeurs pragmatiques et réalistes, qui puissent servir de support stable à une formation politique spécifique, ou n'existe-t-il, au contraire, qu'un marais, c'est-à-dire un ensemble d'électeurs flottants et sans opinions, qui viendraient grossir, au gré de leurs humeurs et des circonstances, l'une ou l'autre des familles de gauche ou de droite, sans représenter une puissance électorale originale ? Les familles politiques actuelles sont-elles fortement attachées aux partis qui prétendent les représenter ou, au contraire, disponibles et prêtes à se rallier à des formations nouvelles ? Ce livre essaie d'apporter à ces questions des réponses objectives, tirées d'une série d'enquêtes par sondage menées, depuis plusieurs années, auprès des électeurs eux-mêmes. Les connaissances ainsi acquises sur l'anatomie de l'électorat français et sur la psychologie des différentes familles qui le composent, permettent de mieux comprendre les événements politiques récents, tels que l'élection présidentielle de 1965, d'apprécier les chances des différentes formules majoritaires proposées actuellement, et de guider les efforts des principales formations pour conquérir et fixer l'électorat flottant.

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