Gallimard

  • Détruire la bibliothèque est un geste qui remonte à la plus haute Antiquité. Les autodafés, apparus en même temps que les livres, se multiplient à proportion du nombre d'ouvrages. Considérée comme subversive ou au contraire comme le symbole du pouvoir absolu, la bibliothèque est au centre des crises et des conflits. Bien souvent, elle n'y survit pas.

    De l'incendie d'Alexandrie à celui de Sarajevo en 1992, en passant par Rome, Ctésiphon, Bagdad, par les méfaits de l'Inquisition, par la Révolution française ou la Commune, Lucien X. Polastron déploie une singulière érudition sur ce terrain encore peu exploré. Il mène l'enquête sur les causes du désastre, reconstitue les trésors perdus, part sur les traces des volumes rescapés.

    /> Attaque en règle contre le support papier, convoitises pharaoniques sur l'information numérisée... les dangers d'aujourd'hui sont-ils pires que les grands malheurs vécus par les bibliothèques ? Le rêve de la bibliothèque absolue vire-t-il au cauchemar - celui entrevu par Bradbury, Huxley ou Orwell ?

  • Lucien Febvre fut un des initiateurs de la nouvelle école d'historiens français. Dans ce volume il étudie le XVIe siècle, l'aurore des temps modernes. Il cherche à le comprendre de l'intérieur car, dit-il, il est difficile d'imaginer 'à quel point la psychologie d'un Français du XVIe siècle ne saurait être celle d'un Français du XXe'. Il évoque brillamment toute une civilisation, grâce à une méthode qui permet de comprendre cet homme du XVIe siècle qui ''(doit être intelligible non par rapport à nous, mais par rapport à ses contemporains', auquel il ne faut pas prêter nos idées et nos connaissances, mais qu'il convient de replacer dans son époque, pour pouvoir saisir ses problèmes et sa façon d'être.

  • Depuis des siècles, le roman occupe une place prépondérante dans la création littéraire. Or, qu'y a-t-il de commun entre Don Quichotte, Le Rouge et le Noir, Les Conquérants et le nouveau roman ? En quoi consiste la forme romanesque ? Comment s'explique sa persistance ?

    Abordant ces problèmes dans une perspective structuraliste, Lucien Goldmann montre, à travers l'analyse des romans de Malraux et de Robbe-Grillet, qu'une méthode sociologique peut apporter une contribution essentielle à leur solution, et pose ainsi, après ses travaux sur la sociologie de la tragédie, les fondements d'une sociologie du roman.

  • Préface de Jean Giono.

    C'est insensé. Ça ne ressemble plus à rien. Il faut gueuler pour s'entendre. Je m'entends scander la marche folle, brancard aux épaules, avec ces mots : Tu veux vivre... tu veux vivre... tu veux vivre... À chaque éclatement je me demande où et comment je vais être touché. Je ne veux pas traîner comme Georges, pas être aveugle surtout, pas au ventre et puis soudain les limites de l'angoisse dépassées, je me sens devenu indifférent à tout. Je ne pense plus à rien qu'à être digne devant la mort. Ça ne dure pas longtemps. Une rafale toute proche volatilise mon courage et je recommence... pas mourir... pas mourir... Vivre... Vivre... À chaque ébranlement, tout est à refaire. La vue de Damien qui marche à ma hauteur me réconforte soudain. Je l'aperçois à la lueur d'une fusée, derrière les pieds du blessé que nous portons. Son regard durci fouille la nuit. À sa bouche, je vois qu'il siffle. Et je me mets à chanter à tue-tête...

    De juillet 1914 à août 1915, Lucien Jacques a tenu son journal, témoignage de l'enfer quotidien de la guerre. Dans cet enfer, quels sentiments existent encore, et les mots ont-ils encore un sens?

  • L'accession de la Chine au rang de deuxième puissance économique mondiale confère une meilleure image à la révolution chinoise qu'à la russe. Elles ont pourtant presque tout en commun : la révolution chinoise a d'abord été une copie conforme de l'autre, Mao Tsé-toung ne connaissant guère le marxisme qu'à travers la vulgate de Staline. Puis il a pris conscience moins des vices de son modèle que de son inadaptation à un pays surpeuplé du tiers-monde.

    Mais au lieu de corriger le modèle, il a prétendu aller plus loin et plus vite dans le même sens. À la différence de la réplique d'un séisme, d'ordinaire moins catastrophique, le Grand Bond en avant est une réplique aggravée du premier plan quinquennal soviétique (1929-1933), conçu en fonction d'une fin rêvée sans tenir compte des possibilités. Et c'est en tournant le dos à la révolution que la Chine se développe à vive allure.

    Finalement, le panorama que fait ressortir Lucien Bianco de son étude est assez similaire : système politique, surexploitation de la paysannerie, entraînant les deux plus grandes famines du siècle, mise au pas des intellectuels, répression, camps. La comparaison entre Staline et Mao qui couronne le tableau le conduit à remonter jusqu'à Lénine et à faire sien le constat d'un historien chinois : "Autant que possible, le mieux est d'éviter de recourir aux révolutions."

  • 'L'idée centrale de l'ouvrage est que les faits humains constituent toujours des structures significatives globales, ´r caractcre ´r la fois pratique, théorique et affectif, et que ces structures ne peuvent etre étudiées de manicre positive, c'est-´r-dire ´r la fois expliquées et comprises, que dans une perspective pratique fondée sur l'acceptation d'un certain ensemble de valeurs.'.

  • Les historiens affirment déjà que le plus grand événement du XXe siècle nest pas le communisme, mais le réveil de la Chine.

    En dix ans, la Chine a connu deux révolutions. La première, violente, a voulu extirper tout ce qui rappelait le passé. La seconde, récemment proclamée par Mao-Tsé-Tung, est définie par le titre même de ce livre : cest la Chine de la douceur, qui vise à lintégration de toutes les forces du pays et qui remplace la contrainte par la persuasion.

    Si certains Occidentaux ont récemment visité la Chine, aucun ne la connaît aussi bien que Lucien Bodard, né en Extrême-Orient, et qui vient deffectuer un immense voyage à travers cette Chine inconnue, pour nous dire quil en est revenu "émerveillé et terrifié".

    Nous circulons avec lui au milieu de ce peuple dont les hommes de plus de cinquante ans ont disparu, où les capitalistes sont « rééduqués » dans des écoles spéciales, où le dernier Fils du Ciel porte un bleu de chauffe et confesse volontiers ses erreurs passées.

    Nous faisons connaissance avec Mao-Tsé-Tung, entouré dexperts soviétiques, mais qui a su leur imposer son autorité et préserver lindépendance nationale. "Mao-Tsé-Tung fait Pékin comme Louis XIV a fait Versailles, comme Pierre le Grand a fait Saint-Pétersbourg, de sa toute puissante volonté."

    Enfin, nous découvrons la Chine en marche vers la puissance industrielle, le "Sahara" chinois, avec le pétrole du Yumen et les villes qui sédifient dans le désert.

    Ce livre considérable, hors de toute politique, marque la découverte dun peuple et dun esprit absolument nouveaux.

  • Au Moyen Âge, lEmpereur Che Houang Ti se révolta contre les traditions de la sagesse, proclamant que tout était possible aux hommes. À force de volonté, ils deviendraient les "hommes vrais" capables daccomplir des choses extraordinaires, comme de marcher sur leau, pénétrer le feu, chevaucher les nuages et les vapeurs. Ils atteindraient des résultats magiques, en surmontant tous les obstacles naturels ou divins.

    Cet Empereur est une figure légendaire. Mais Mao Tse Toung est un nouvel Che Houang Ti. Lui aussi, pour édifier sa Chine, se sert du "merveilleux" comme de larme décisive. Il fait table rase du passé, substituant aux idoles anciennes des idoles vierges. Et le "Grand Bond en Avant" devra permettre à la République populaire datteindre en quelques mois la puissance suprême. Elle y réussira par des méthodes spécifiquement chinoises, parce que les valeurs reconnues du monde entier, même de lU.R.S.S., sont trop lentes et réactionnaires.

    Il sagit avant tout de briser lordre naturel des choses. Le livre de Lucien Bodard est la description de cette aventure mystique, la plus prodigieuse vécue par lhumanité depuis des siècles.

    Pour Mao aussi, la "masse" chinoise peut tout, à condition que chaque Chinois se dépersonnalise, ne soit plus quun fragment du peuple, sans passions, sans idées, sans famille. Il veut la mutilation de lindividu, sa disparition dans lâme collective du peuple.

    Cest lexorcisme de lhomme et de lunivers. Mais le Maoïsme, dans sa tentative incroyable et apparemment impossible, a plongé la Chine dans un obsédant cauchemar. Mao croit trouver la solution dans les Communes du Peuple, ces entités rouges parfaites où chaque être se perd dans le grand Tout. Mais il échoue dans une demi-disgrâce. Et cest le règne de Liu Shao Chi, lhomme sans visage, aux méthodes plus rigoureuses encore.

    Cest le livre de la haine. Le régime déteste dans chaque individu le péché originel qui lempêche de progresser. Il déteste la nature, dont il narrive pas à bout. Il déteste les autres peuples, qui ne "comprennent" pas la Chine.

    Cest le livre de lorgueil. Car la Chine veut redevenir lEmpire du Milieu dominant lunivers. Et lon ne peut imaginer jusquoù elle ira malgré sa crise, son immense misère, laccablement de ses hommes.

  • Abordant les problcmes épistémologiques fondamentaux, notamment celui des relations entre les jugements de fait et les jugements de valeur, la science et la morale, Lucien Goldmann nie l'existence des prétendues 'ambigudtés' et contradictions que certains historiens contemporains ont cru - une fois de plus - découvrir dans l'uvre de Marx.
    Dans plusieurs études sur les travaux de Jean Piaget, la méthode en histoire de la littérature et des idées philosophiques, la réification, le concept de socialisme scientifique, la morale et le droit naturel, il montre que le matérialisme dialectique est un structuralisme génétique généralisé et rigousement cohérent qui permet de comprendre de manicre positive la réalité sociale et historique.
    Réfléchissant sur les pensées de Rosa Luxemburg, Lukacs, Sternberg, Max Adler, confrontant la pensée marxiste avec certaines acquisitions valables des sciences humaines contemporaines, critiquant la littérature marxologique récente, et surtout essayant de prendre conscience des implications de la méthode dialectique et de la préciser, le livre de Lucien Goldmann est un pas vers ce renouveau de la pensée marxiste qui, ´r la sortie du long sommeil dogmatique de la période stalinienne, constitue une des tâches les plus urgentes de la pensée socialiste européenne.

  • S'il est une catégorie d'insectes dont on connaît mal la vie, les moeurs, et les différentes espèces, ce sont bien les orthoptères, plus communément connus sous le vocable "sauterelles". Dans les pays tempérés, en France par exemple, nous n'en connaissons qu'environ deux cents espèces, alors qu'on connaît quelque trois cent mille espèces de coléoptères et cinq cent mille espèces d'hyménoptères. Lucien Chopard, entomologiste spécialiste des orthoptères, sous-directeur du laboratoire d'Entomologie et professeur au Museum d'histoire naturelle, en dresse ici un portrait très détaillé.

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