Seuil

  • J'avais pensé, logiquement, dédier ces pages à la mémoire de mes parents – de mon père, surtout, l'auteur de la plupart des photos, qui sont la base et la raison d'être de ce livre.
    Curieusement, je n'en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n'ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d'avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l'excuse de la maladie, sans même l'avoir voulu, quasiment par inadvertance. C'est impardonnable.
    Mon père fit ces photos. Je les trouve belles. Il avait, je crois, beaucoup de talent. J'avais depuis des années l'envie de les montrer. Parallèlement, montait en moi la sourde envie d'écrire, sans avoir recours au masque de la fiction, sur mon enfance coupée en deux. Ces deux envies se sont tout naturellement rejointes et justifiées l'une l'autre.
    Ces photos sont beaucoup plus pour moi que de belles images, elles me tiennent lieu de mémoire. J'ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort – il ne me reste rien d'avant, d'eux, que ces images en noir et blanc.
    A.D.

  • Le récit que vous allez lire est celui d'un double apprentissage : celui de la mort et de la solitude. En effet, Lucien Ganiayre, aujourd'hui disparu, est un auteur des plus singuliers. Peu après la fin de la dernière guerre, il devait écrire ce roman qu'on peut dire fantastique, encore qu'il s'agisse là, probablement, de l'un des derniers grands livres réalistes issus directement des conflits suscités par la guerre. Le thème en est simple : le personnage unique de « L'orage et la loutre », au hasard d'une chasse, se retrouve plongé dans un monde où le temps s'est arrêté : rien ne bouge, tout est figé, tout est en apparence de mort. Hommes et femmes sont immobilisés, dans leurs gestes les plus publics comme les plus intimes. Alors commence un très étrange périple à la recherche de l'enfance, à la recherche du contact vivant (la loutre est le seul animal mobile au milieu de cet effrayant arrêt général), à la recherche de la mer, à la recherche de tout ce qui pourrait enfin empêcher cet « orage » de se montrer sous son jour le plus fatal : l'impossibilité de toucher vraiment quelque chose qui ne soit pas promesse de mort. Cette tentative désespérée se montrera en fin de compte sous son jour le plus ambigu ; jusqu'au bout de sa quête, l'auteur - pardon, le personnage - n'aura d'autre ressource que de retrouver le temps qui passe, seule issue qui lui permette à son tour de mourir.

  • C'est en entamant ses propres recherches d'historien sur la Résistance en France, que Lucien Lazare commence à tirer les fils de sa propre histoire. Cette Résistance, il fut un des juifs alsaciens à y avoir activement participé, mais elle n'est qu'un moment du long parcours d'engagements de celui qui, avec Simone Veil, est à l'origine de l'entrée des Justes au Panthéon en 2007. Car résister est peut-être le mot qui définit le mieux la vie exemplaire de Lucien Lazare, du clandestin qu'il fut dans les maquis français jusqu'à la figure de tolérance et de militant de la paix qu'il est devenu en Israël, où il vit maintenant depuis plus de quarante ans, avec Janine son épouse et leurs quatre enfants.
    /> Ses Mémoires racontent donc, outre ses travaux de chercheur et ses mille activités au sein du judaïsme, les multiples luttes qui furent les siennes : son combat pour la légitimation des différentes identités juives, tout comme pour la valorisation de la culture juive en France et de la culture française à Jérusalem, où il dirigea le lycée René-Cassin. Attaché au judaïsme, il défend aujourd'hui comme hier la laïcité, la solidarité, la résistance non-violente et la paix.
    Aujourd'hui âgé de 90 ans, Lucien Lazare a notamment dirigé la publication du Dictionnaire des Justes de France (Fayard, 2003).

  • La technique qui, aujourd'hui, s'est ennoblie en "technologie" est au centre des dispositifs de pouvoir. Elle est fortement politique, alors qu'elle se dissimule derrière les objets techniques porteurs de rationalité et de progrès, nous dit-on. C'est pour cette raison que les gouvernements du monde développé, en panne d'idées nouvelles, croient trouver dans les nouvelles technologies un appui pour l'élaboration du consensus.
    Mais loin de se réduire à des objets, la technologie est une série de grands discours ou récits de légitimation de l'ordre existant. Ces récits dispersés, toujours changeants, souvent non fondés, s'enracinent en imageries, en métaphores osées ou métonymies abusives.
    Le projet de ce livre est d'analyser le récit du techno-politique, ses imageries techno-sociales ou techno-naturelles, et leur mode envahissant de fonctionnement dans tous les milieux dirigeants. La technique serait-elle devenue instituante de l'Etat et de la société ? Rien n'est moins sûr.

  • Un Frankenstein technologique nous menace. Du moins le croyons-nous. Déjà nous vivons dans un monde de machines, à transporter, à fabriquer, à penser. pour remédier à la catastrophe imminente, nous comptons sur la communication : concept magique, mode envahissante, nouvelle science liturgique du siècle à venir. La communication - sous toutes ses formes - va-t-elle sauver nos sociétés ?
    On ne parle jamais autant de communication que dans une société qui ne sait plus communiquer avec elle-même, dont la cohésion est contestée, dont les valeurs se délitent, dont les régulations s'effacent. Dieu, l'Histoire, les anciennes théologies et valeurs fondatrices ont disparu en tant que moyens d'unification. Dans le creux laissé par leur faillite se développe la communication, entreprise désespérée pour relier entre elles des analyses spécialisées et des milieux cloisonnés à l'extrême. Comme une nouvelle théologie, celle des temps modernes, fruit de la confusion des valeurs et des fragmentations imposées par la technologie.
    De cette nouvelle science qui a ses écoles, ses laboratoires, ses grands prêtres, Lucien Sfez entreprend l'exploration systématique et la critique radicale.

  • C'est une idéologie nouvelle que ce livre voudrait identifier et critiquer. Elle est repérable à travers des thèmes en apparence forts différents, de la diététique à la biotechnologie, mais qui forment néanmoins un même objet. Il s'agit d'une vaste construction théorique destinée à suppléer aux anciens modèles politiques - égalité, décision, communication - qui sont en panne.
    Cette idéologie de "santé parfaite" est une nouvelle "figure" bio-écologique qui suggère l'idée, inquiétante, d'une purification générale de la planète et de l'homme. Plus globale encore que l'idéologie de la "communication", elle ne vise pas seulement les liens sociaux unissant les individus mais l'individu lui-même, dans son existence. Prenant appui sur les acquis des sciences de l'information et de la communication, elle prétend nous entraîner dans un vaste récit des origines et projette sur le futur ce qu'il faut bien appeler une utopie.
    C'est au terme d'une longue enquête en Europe, au Japon et aux Etats-Unis que Lucien Sfez entreprend l'exploration systématique et la critique radicale de cette nouvelle utopie. Qu'il s'agisse du projet mondial de génome humain, des sciences écologiques ou de l'imitation électronique de la vie (artificial life) avec toutes les idéologies qui leur sont associées et travaillent sourdement l'imaginaire contemporain. Un livre nécessaire.

  • En 1975, quand Hô-Chi-Minh-Ville remplace Saigon, Lucien Trong est, à 28 ans, assistant à l'université. Après un mois d'hésitation, il tente de fuir. Repris, on l'envoie dans un camp de rééducation. Pendant trois ans et demi, il connaît l'enfer quotidien des bagnards, l'amour d'une petite putain, les succès d'une troupe de théâtre de prisonniers et surtout l'amitié de Ly, un détenu qui l'aide à vivre où tant de gens meurent, qui le fait rire quand tant de gens pleurent, qui l'aime dans ce camp de haine. Ils sont tous les deux libérés, mais plus séparés que jamais. Trong décide encore une fois de fuir. Boat-people embarqué sur un bateau qui subit les tempêtes, les typhons, les pirates, il est chassé d'île en île, balloté de camp de réfugiés en camp de transit. Après trois mois d'errance, il parvient à Paris. Rongé par le remords d'avoir perdu son seul ami, le seul cadeau qu'il ait reçu du goulag viêtnamien.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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