• Le fou du roi

    Mahi Binebine

    « Je suis né dans une famille shakespearienne. Entre un père courtisan du roi pendant quarante ans et un frère banni dans une geôle du sud. Il faut imaginer un palais royal effrayant et fascinant, où le favori peut être châtié pour rien, où les jalousies s'attisent quand la nuit tombe.
    Un conteur d'histoires sait que le pouvoir est d'un côté de la porte, et la liberté de l'autre. Car, pour rester au service de Sa Majesté, mon père a renoncé à sa femme et ses enfants. Il a abandonné mon frère à ses fantômes. Son fils, mon frère, dont l'absence a hanté vingt ans ma famille. Quelles sont les raisons du « fou » et celles du père ?
    Destin terriblement solitaire, esclavage consenti...
    Tout est-il dérisoire en ce bas monde ? Mon père avait un étrange goût de la vie. Cela fait des années que je cherche à le raconter. Cette histoire, je vous la soumets, elle a la fantaisie du conte lointain et la gravité d'un drame humain. »

  • Rue du pardon

    Mahi Binebine

    • Stock
    • 9 Mai 2019

    Rue du Pardon : c'est dans cette petite rue très modeste de Marrakech que grandit la narratrice de ce roman, Hayat (« la vie » en arabe). Le quartier est pauvre, seule la méchanceté prospère. Ainsi, Hayat qui est née blonde suscite les ricanements de tous et fiche la honte à sa mère. Une jungle sordide l'entoure, avec un père au visage satanique et des voisines qui persiflent comme des serpents.
    Tant de difficultés auraient dû avoir la peau de cette enfant, mais on ne peut pas détruire « la vie ». Comme un oiseau qui sort de sa cage, Hayat s'échappe, et ressuscite grâce à Mamyta, la plus grande danseuse orientale du Royaume. Mamyta est une sorte de geisha - chanteuse, danseuse, entraîneuse, amante. Une femme libre dans un pays fondé sur l'interdit. Elle est de toutes les fêtes, mariages, circoncisions... mais elle danse aussi dans les cabarets populaires fréquentés par les hommes. Dénigrée et admirée à la fois, ses chants sont un mélange de grivois et de sacré. Avec ses danses toute mélancolie disparaît. Hayat découvre comment on fait tourner la tête aux hommes, comment la grâce se venge de l'hostilité, comment on se forge un destin.
    En lisant Mahi Binebine, on croit voir ces femmes danser sous nos yeux. Cette histoire est un accomplissement, ce récit un enchantement.
     

  • Yachine raconte comment il a grandi à Sidi Moumen, une cité en lisière de Casablanca, parmi ses dix frères, une mère qui se bat contre la misère, et un père ancien ouvrier, toujours accroché à son chapelet. Cette ville est un enfer terrestre avec ses décharges publiques, le haschich et la colle sniffée. Alors quand on leur dit que le paradis est à la porte d'en face, qu'ont-ils à perdre ?

  • Un homme, seul sur un banc public, se laisse mourir sous un manteau de neige. Ses souvenirs resurgissent. Son enfance marocaine, les premiers temps de son arrivée en France, l?isolement physique et spirituel inhérent à sa condition d?artiste peintre immigré. L?histoire d?Ilias-fils-d?Aïcha prend un sens à mesure que la vie s?échappe de son corps transi.Comme du bout de son pinceau, le narrateur met en mots la fresque vivante et colorée d?une existence jalonnée de rencontres. Tour à tour monologue intérieur et conversation avec Priméra - la petite chatte famélique, unique confidente des années de galère -, ce roman met en perspective une aventure profondément humaine, à la croisée de plusieurs cultures et de plusieurs chemins. La neige, froide et immaculée, se substitue lentement aux ombres dans un monde étrange et fuyant, mais qui promet chaleur et amour.

  • Sur le mont des Esclaves, deux adolescents rêvent ensemble. Tous deux pratiquent, avec un même bonheur, l'art de jouer avec les mots et leurs illusions, mais à l'heure des engagements de l'âge adulte, Yamou choisira la voie de la poésie et de la révolte, tandis que Nayel se laissera prendre au piège de ses mensonges et aux fastes du pouvoir. Mensonges, en effet, que l'histoire de son enfance et de sa mère transformée en servante, mensonges que son amitié pour le fils du Pacha, ou que sa fuite pour Talouet... L'écriture sera-t-elle sa dernière pirouette ou, au contraire, sa seule chance de retrouver la vérité ? Dans ce roman à la fois poétique et philosophique, Mahi Binebine s'interroge sur la force et les dangers de la parole. Il renoue avec l'inspiration de ses premiers récits, en évoquant la misère et la candeur des petites gens, l'injustice de la société marocaine du milieu du siècle, et les déchirements qu'elle provoque.

  • - Et ce grain magique, où se trouve-t-il donc ?
    - Il est sur la terre et dans le ciel. Visible et transparent à la fois. Il brûle dans les lanternes et tapisse le fond des puits. Un feu follet dans le jardin de l'oubli Il est la vie, mes enfants, simplement la vie dans toute sa fragilité... Pierre et Sonia fuient les frimas de l'Hexagone en direction du grand Sud. Ils aboutissent au coeur du Rif dans un village de montagne, au milieu des champs de chanvre, où la route de quelques vieux hippies s'est interrompue. L'atmosphère saturée de grains sournois entraîne nos amoureux dans le monde vacillant d'un métronome affolé.
    Mahi Binebine, né au Maroc, est peintre et romancier. Dernier roman paru : Cannibales (Fayard, 1999).

  • Le Seigneur vous le rendra est la métaphore d'une population prisonnière des carences, des abus d'une société qui n'est pas seulement la société marocaine, mais le reflet du monde contemporain. Un bébé est empêché de grandir, un enfant est privé d'éducation, de liberté, il ne pourra devenir un individu autonome, capable de réfléchir et de se développer, d'agir en être libre. Le narrateur utilise le ton du conte picaresque et philosophique pour réduire la part tragique, toujours présente, mais déchargée de la noirceur absolue par la permanence de l'humour, du sourire derrière les larmes retenues. Le bébé va traverser des années noires où, dans sa position, il peut observer les agissements des adultes, leur violence, leur corruption.Tout est dit dans la litote, mettant en relief les beautés d'âmes apparemment détruites, de corps saccagés, de visages noyés dans l'alcool et la maladie. L'enfant grandit grâce au miracle de la vie, toujours imprévisible ; il se défait de ses liens que l'on pourrait nommer ignorance, peur, sujétion, et il retrouve la mère indigne. Indigne,certes, elle l'a été, elle a pratiqué le non-amour jusqu'aux limites de l'abjection, et pourtant le fils garde sa tendresse pour elle, car il sait enfin l'origine de tout cela. L'enfant libéré est devenu autonome et conscient. Il est devenu humain. Il s'est placé dans la posture d'une Pietà où, à l'inverse de l'iconographie chrétienne, il prend sa mère dans ses bras et l'honore. Roman noir s'il en est mais imprégné d' une espérance joyeuse, d'une foi dans les capacités de l'homme.

  • Le narrateur, on le devine, revient aux lieux de son enfance - une ville du Maroc où il est né dans les années qui suivirent la décolonisation. Ce voyage dans les souvenirs est l'occasion d'évoquer des silhouettes tour à tour cocasses et pathétiques : Madame Kolomer, la veuve d'un sous-officier français qui s'accroche aux restes dérisoires de ses splendeurs passées, Milouda, la mère blanche et le Fqih, parents du narrateur et notables vénérés, le porteur d'eau, surnommé l'Allemand parce qu'il est albinos, et bien d'autres, colorés, volubiles, campés dans leur singularité et types éternels. Et surtout, pour l'enfant, au centre de la maison opulente de la médina, il y a Dada, l'esclave noire, achetée il y a bien longtemps aux hommes bleus, qui l'avaient razziée avec son tout jeune frère. Dada, qui s'enfonçait la tête dans le sable pour ne pas entendre les cris de l'enfant violé par le chef caravanier, Dada qui vit et rêve immergée dans les mots simples qui disent la terre, le feu, l'odeur du chèvrefeuille, le goût des graines de tournesol, Dada qui ne pourra que tuer l'enfant né des visites nocturnes du Fqih, et qu'on veut lui arracher, comme lui fut arraché autrefois P'tit frère. Il y a un réel talent dans ce premier récit où, sous la poésie prenante du conteur et la tendresse du souvenir, affleure la dénonciation d'un monde qui refuse le droit d'exister et d'aimer à ses humiliés et offensés.

  • Mamaya est très vieille et très autoritaire, comme le savent son chat et surtout sa servante dévouée, Johara. Très malade aussi, au point qu'il a fallu lui faire l'ablation d'un sein. Recluse dans sa chambre, elle repense à Merième, sa mère, l'adolescente frondeuse et piquante qui séduisit un beau soldat, à sa propre passion pour le jeune Pierre rencontré au collège, au mariage obligé avec le maître d'école, à la vie si dure dans l'oppression des femmes, à la fois acceptée et refusée. Et surtout à l'Absent, ce fils aîné disparu pour avoir mal pensé, dont on ne sait s'il est vivant (mais dans quelle geôle ?) ou mort, sans que sa mère puisse ensevelir sa dépouille. Mamaya se lancera donc dans un ultime voyage vers le tombeau familial, pour donner à l'enfant perdu ces funérailles du lait après lesquelles elle pourra quitter ce monde. Des sourires dans ce récit coloré, et ce don remarquable de la silhouette déjà noté dans Le Sommeil de l'esclave, mais surtout un portrait de femme et de mère simple et bouleversant, et un ton qui mêle le quotidien, le rêve et le conte avec une grande intensité.

  • Une nuit, près de Tanger, une petite troupe attend le moment opportun pour embarquer avec un passeur : Azzouz, le narrateur, et son cousin Réda, une jeune femme et son bébé, un Algérien rescapé d'une tuerie, Youssef, et deux Maliens. Tous unis par la force obstinée d'une même quête : extorquer au destin une vie nouvelle, une deuxième chance.
    Une attente ponctuée de retours en arrière, de récits d'épisodes vécus par les uns et les autres, de portraits et de silhouettes pathétiques : Morad, le "rabatteur" a vécu longtemps en France et se glorifie de son titre d'"Expulsé européen" ; la jeune femme veut rejoindre son mari qui travaille en France et ne donne plus de nouvelles. Azzouz, lui a bénéficié d'un enseignement classique grâce à des religieuses, mais la mort de sa protectrice a brisé net ses élans ; quant à son cousin Réda, il a réussi à s'enfuir de l'organisation des mendiants dans laquelle il avait été recruté et où son frère manchot a référé rester.
    Dans ce récit où s'entremêlent tendresse, humour et cruauté, se dessine le destin tragique d'une humanité cannibalisée.
    Mahi Binebine, né au Maroc, est peintre et romancier.

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