• L'engagement en littérature est-il encore possible et sous quelle forme ? Cette question fondamentale, non seulement pour les littératures dites du Tiers-Monde, se trouve partout à l'oeuvre dans cet ouvrage sur la littérature marocaine de langue française.
    Les textes examinés sont en effet de ceux qui ont le plus cherché à dépasser le simple énoncé pédagogique d'une cause, stade rudimentaire de l'engagement, conforme encore cependant à une certaine idéologie de la production littéraire. Ce sont, pour la plupart, des " textes de violence ", ce qui veut dire ici que l'écriture n'a pas cette transparence, cette innocence feinte des littératures à message.
    C'est l'écriture qui, dans ses formes mêmes, prend en charge la violence à transmettre, à susciter, à partager. C'est l'écriture qui, dans ses dispositifs textuels se charge de la seule fonction subversive à laquelle elle puisse prétendre. Car changer la société, c'est d'abord, pour l'écrivain, changer la forme des discours qui la constituent. Et le discours littéraire n'est certes pas des moindres. C'est ce qu'ont tenté de faire, à des degrés divers, des auteurs comme Laâbi, Nissaboury, Khaïr-Eddine, Ben Jelloun, Khatibi.
    C'est ce que tente de montrer cette étude.

  • Comment écrire après la tuerie du Bataclan, alors que nous nous enfonçons chaque jour un peu plus dans un conflit archaïque qui oppose croyance et raison et qui ajoute au chaos contemporain sa dimension fractale ? Entre réel et imaginaire, l'auteur tisse ici une trame policière qui superpose des lieux : la France, la Roumanie, le Maroc, sans que l'on sache très bien qui est le narrateur, qui est l'enquêteur, qui est surtout cette femme, entrevue au bord d'une plage, d'où naît toute l'intrigue. À moins que ce « je » qui s'énonce au carrefour d'autres voix, soit lui-même en quête de son rôle...

  • Granville Falls peut se lire comme un western de notre temps dont l'action se déroule en partie dans le Grand Nord canadien. C'est l'occasion pour le narrateur de prendre conscience de la crise écologique et de réfléchir sur les excès de la modernité dans cette course aveugle au « toujours plus ». C'est aussi le roman d'une passion féminine dont l'héroïne ne sortira pas intacte. Enfin, ce récit peut se lire comme une métaphore de la création du monde, d'une vie ordinaire percutée de plein fouet par le Big Bang, dont sortira un univers nouveau.

  • Écrire la crise ce n'est pas la raconter. C'est montrer comment elle modifie nos manières de raconter. Encore faut-il s'entendre sur le mot lui-même car peut-on appeler crise (du grec « krisis » : changement brutal) cette lente dissolution des valeurs de la modernité qui nous fait entrer dans un « après » informulable, sinon par le terme souvent controversé de postmodernité ? Au-delà des polémiques que suscite cette notion, il s'agit ici de considérer le postmoderne non pas comme une régression anti-moderne mais comme la prise de conscience d'un certain nombre de dévoiements du projet moderne qui nous projettent dans une ère de turbulence dont les arts, et en particulier la littérature, portent la marque. Ainsi considéré, le postmodernisme n'est ni une école, ni une avant-garde. Il témoigne avant tout d'une crise de culture à la transition des deux siècles, qui s'est transformée en culture de la crise, de sorte que, non seulement la pensée, la science et les arts, s'en trouvent affectés, mais de manière plus profonde encore, la société et l'individu. C'est pourquoi cet essai se propose à la fois, d'examiner l'hypothèse postmoderne comme mise en turbulence des valeurs de la modernité, et de définir le postmodernisme en littérature comme une esthétique qui met en relation les configurations sociales et certaines formes d'écriture contemporaine.

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