Langue française

  • Elle était noble et riche, la voici humble institutrice dans une école de village. Elle était la femme adulée d'un colonel cosaque, la voici, de par ses faux papiers, veuve d'un civil. Il lui faut survivre, coûte que coûte, avec ses deux enfants, dans les décombres de cette Russie qui change de maîtres. Après l'échec des Blancs et la victoire des Rouges, c'est l'Apocalypse des sans-Dieu. Les nouvelles étoiles de la terreur bolchevique commencent à briller, certains personnages historiques jouent leur rôle, comme le futur maréchal Boudiennyi, ou comme ce commissaire politique au visage porcin, au prénom familier, au patronyme un jour mondialement célèbre, Nikita Khrouchtchev. Au-delà des dogmes foudroyants, et des théories aberrantes, la Sainte-Russie n'est pas tout à fait morte et, parfois, une main secourable se tendra vers Sophia. Errant dans les ruines fumantes de l'ancien monde, la jeune femme connaît des aventures extraordinaires, lutte contre la famine, la peur, la mort, rencontre l'amitié, l'amour, la haine. Paradoxalement, ce premier volume de "La saga de l'exil" n'est pas exempt d'espoir. La balle dans la nuque tue les corps, elle ne fait pas disparaître les âmes. Ce beau roman, qui raconte en filigrane la mort d'un empire, sonne aussi clair qu'un hymne à la liberté.

  • Ce château-là n'abrite ni seigneurs ni maîtres, mais seulement des hommes et des femmes que les outrages des ans, les assauts de la maladie, l'absence de famille, ont conduits à supporter plutôt qu'à mener - le pire des destins pour des individualistes - une existence collective. Sujets et loyaux serviteurs d'un empire gigantesque, où l'on partageait son temps entre une cour hiératique, les théâtres d'avant-garde, les amours folles et les duels sans merci, les pensionnaires du Soleil couchant connaissent l'ultime embrasement du crépuscule. Avec Sophia, puis avec Liouba, Marina Grey nous avait fait vivre, sous toutes les latitudes, les aventures de cette Saga de l'exil, saluée avec enthousiasme par le public et couronnée par l'Académie française. Cette fois, si les héros sont fatigués, ils demeurent lucides. Ils n'ont pas fini, à l'heure des mains jointes, d'évoquer des faits aussi vrais qu'invraisemblables, tels ceux qu'a consignés dans son journal l'étrange Akim, engagé dans l'armée italienne pour servir contre l'Union soviétique. Au château du Soleil couchant, l'eau a remplacé le vin de Champagne, le peignoir rosâtre où l'on flotte, la robe de cour où l'on étouffait. Le moment n'est plus aux grandes batailles, mais aux combats feutrés. On invente des roses bleues, on nourrit des chats très tendres avec des débris de poulets dont on affirme qu'ils l'étaient moins, on joue aux cartes lorsqu'on ne les tire pas. Pour n'avoir que peu connu la douceur de vivre, on découvre l'art de survivre. En cet automne de la Sainte Russie, reviennent, par bouffées, les brises de son printemps et les orages de son été. Le rêve passe autour de la chambre...

  • Né en 1754, à Saint-Pétersbourg, Paul était le fils de Catherine II et (officiellement) de Pierre III, qui fut chassé du trône par son épouse en 1762, avant d'être assassiné une semaine plus tard. Sans doute la vie scandaleuse de sa mère, le dédain haineux qu'elle lui manifesta, les humiliations qu'il subit, la mort tragique de son père théorique, contribuèrent-ils à faire du tsar Paul Ier, pour les historiens, une énigme psychologique. Une partie de ses sujets crut à la démence de leur souverain, sous l'influence des ragots et des calomnies forgés par les conjurés qui allaient l'assassiner, mais sous l'influence aussi des inconséquences du personnage. Paul Ier était intelligent, pieux, travailleur, imaginatif, cultivé et généreux. Mais il était impatient, nerveux, orgueilleux, imprévisible, coléreux, versatile et - héritage de sa jeunesse - sa méfiance devint quasiment maladive. Il prit systématiquement le contrepied de ce qu'avait fait sa mère, favorisa les serfs, rétablit les peines corporelles contre la noblesse, exigea des officiers et des fonctionnaires un service qu'ils avaient perdu l'habitude d'accomplir, s'attirant ainsi une hostilité qui explique sa fin. Animé d'abord d'une véritable phobie anti jacobine, il s'éprit ensuite de Bonaparte, au point de mener une politique antibritannique qui coûtera cher au pays. Ses foucades, ses oukazes, ses interventions dans la vie quotidienne des gens (vêtements, coiffure, horaires des repas), contribueront à nourrir une rumeur de folie soigneusement entretenue. Ce sont ses familiers qui, avec la complicité tacite de son fils Alexandre, formeront le complot qui aboutira à son étranglement dans la nuit du 23 au 24 mars 1801. Marina Grey s'est livrée à des recherches approfondies, pour nous donner un récit captivant des tribulations sur l'assassinat de cet étrange tsar.

  • Louis XVII est-il mort au Temple, le 8 juin 1795, comme le veut l'histoire officielle ? L'était-il avant cette date ? A-t-il survécu, sous l'identité de l'un des hommes qui affirmèrent être le fils de Louis XVI, et dont quelques-uns trouvèrent, et ont encore de fervents partisans ? Plus de quatre mille ouvrages ont été consacrés - directement ou indirectement - à l'orphelin du Temple, et à la fascinante énigme que pose sa disparition. Alors, pourquoi un livre de plus sur un thème tant rebattu à force d'être inépuisable ? Parce que, depuis cent quatre-vingts ans, il a suscité une telle débauche de spéculations fondées sur des documents douteux et des fantasmes, que Marina Grey a voulu reprendre l'enquête, en s'en tenant le plus possible aux seuls faits, aux seules pièces authentiques, et aux seuls témoignages directs. L'auteur s'attache, tout d'abord, à la personnalité du savetier Simon, homme fruste mais pas méchant, et à celle de son épouse, premiers geôliers du "louveteau", qui ne fut pas malheureux avec eux, mais qu'ils dévoyèrent quelque peu. Simon périt sur l'échafaud, avec Robespierre. Bientôt, le plus grand mystère entoure la destinée de l'enfant. Marina Grey a résolument écarté les rumeurs, les légendes, les illuminations, les bavardages, les déclarations de "l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours". Avec sa rigueur habituelle, et son sens de l'enquête vivante, elle a dépeint soigneusement les principaux personnages qui ont gravité autour de Louis XVII, consulté les plus hautes autorités médicales de notre époque, pratiqué l'analyse externe et interne d'une foule de documents, et réduit à néant nombre de faux mystères sur lesquels beaucoup de "survivantistes" ont fondé leurs thèses. Au terme d'un récit bien mené, et d'une démonstration captivante, Marina Grey apporte la solution qui paraît la plus sensée. Mais elle suscitera naturellement des controverses, car il est des énigmes qui ne sauraient mourir.

  • Ils n'étaient qu'une poignée, généraux aux bottes trouées, ou gamins grelottant sous la bise, infirmières sans voile, paysans sans terre, Cosaques sans chevaux. Ils n'étaient qu'une poignée, mais ils possédaient un coeur assez grand pour battre aussi fort que la charge lorsque Lénine et ses complices s'emparèrent de la Sainte Russie et capitulèrent à Brest-Litovsk devant les exigences allemandes. Ils n'étaient qu'une poignée, groupés sous des chefs de légende - Kornilov, Alexeïev, Dénikine - mais ils allaient tenter de changer le destin du monde en quatre-vingts jours ; du 22 février au 13 mai 1918, les premiers combattants des Armées blanches vont, à travers le Don et le Kouban, rendre l'espoir à des populations asservies par le plus impitoyable des maîtres : le bolchévisme. Ils marchent, sans pain et sans cartouches, ils en trouveront dans les musettes des Rouges. Ils enlèvent les trains blindés à la pointe du sabre, et prennent les villes à coups de cravache. Leur secret : ils croient en Dieu. De leur sang, les Croisés de la steppe ont écrit sur la neige le mot le plus noble du monde, liberté.

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