• Dans la France de 1940 à 1944, une France qui est à la fois celle de l'occupant nazi et celle du régime de Vichy, les livres sont pillés.

    À la différence des archives des ministères (Guerre, Affaires étrangères, Intérieur, Justice) et des musées, peu de bibliothèques publiques sont l'objet du pillage par l'occupant, à l'exception des alsaciennes et des mosellanes, germanisées et propriétés du Reich. Le vol de masse, nazi mais aussi vichyste, frappe en revanche, dès juin 1940, les bibliothèques institutionnelles - juives, slaves, maçonnes - mais aussi privées, celles des premiers ennemis du Reich (les grandes familles juives, les Allemands exilés, les hommes politiques du Front populaire). Puis le pillage accompagne ordinairement les rafles. Plus de dix millions de livres prennent le chemin de l'Allemagne.

    Le régime de Vichy, de son côté, surveille les livres, les bibliothèques et les lecteurs, sous la houlette d'une Bibliothèque nationale devenue le parangon de l'ordre nouveau, instrument de la collaboration d'État aux mains de Bernard Faÿ. En regard, Martine Poulain esquisse les portraits de quelques grandes figures, notamment Jean Laran, conservateur des Estampes, administrateur de la Bibliothèque nationale lors de l'invasion et de la Libération, et Marcel Bouteron, inspecteur général, deux délicieux érudits à l'éthique infaillible, qui surent, face à la brutalité, à la bêtise et à la mesquinerie des temps, prendre le chemin juste et agir dans la droiture.

  • L'ampleur des pillages effectués par les forces nazies durant la Seconde Guerre mondiale dans tous les pays occupés a été révélée à la Libération. Des opérations d'identification et de restitution des livres spoliés ont été mises en oeuvre, notamment en Europe occidentale. En mars 2017, un colloque international, co-organisé par le Centre Gabriel Naudé de l'Enssib, posait cette question : où sont les livres spoliés par les nazis ? Une partie des contributions sont rassemblées dans cet ouvrage, plus particulièrement, celles cherchant à localiser quelque 14 000 livres spoliés déposés dans une quarantaine de bibliothèques françaises entre 1950 et 1953 et à en connaître les caractéristiques.

  • Ces études réunies à l´occasion du centenaire de la publication, en 1912- 1914 à Constantinople, du monumental Catalogue des sculptures grecques, romaines et byzantines des Musées impériaux ottomans rédigé par Gustave Mendel, accompagnent l´exposition « Éclats d´antiques ». Cette manifestation présente une sélection extraite du millier d´épreuves photographiques dont G. Mendel a tiré les illustrations de son fameux catalogue. Ces clichés, dont la bibliothèque de l´Institut national d´histoire de l´art possède de nombreux tirages, ont été pris à la fin du XIXe et au début du XXe siècle par l´atelier stambouliote Sebah & Joaillier.

    À l´inverse des innombrables vues touristiques, les photos des sculptures antiques du musée ont été strictement réservées à un cercle scientifique et à des amateurs éclairés. Les plaques de verre originales ayant disparu, les tirages d´origine constituent un témoignage exceptionnel sur le patrimoine antique turc et plus largement de la Méditerranée. Plus de 100 reproductions soulignent l´extraordinaire beauté de ces sculptures en un jeu subtil d´ombre et de lumière.

    Grâce à ces documents inédits, Éclats d´antiques révèle les richesses des musées archéologiques d´Istanbul et la personnalité longtemps méconnue de son conservateur, Gustave Mendel.

empty