• L'Evangile du Nouveau Monde Nouv.

    « Un dimanche de Pâques, un nouveau-né gisait sur la paille, entre les sabots de l'âne qui le réchauffait de son souffle. Madame Ballandra joignit les mains et murmura : 'Un miracle ! voilà un cadeau de Dieu que je n'attendais pas, je te nommerai Pascal'.
    Le nouveau-né était très beau, le teint brun, les cheveux raides et noirs, des yeux d'un gris vert pareil à la mer qui entourait le pays.
    Cette beauté n'était pas la seule cause de la curiosité générale, une rumeur tenace gagnait de plus en plus de terrain. Cette histoire n'était pas naturelle. »
    Mais quelle est la mission de Pascal ? Est-il vraiment le fils de Dieu ? Pourra-t-il changer le destin des hommes, adoucir leurs souffrances et rendre le monde plus juste ? Que révélera cet Évangile du nouveau monde sur notre nature et notre avenir ?
    Segou, Moi, Tituba sorcière... En attendant la montée des eaux... Marquée par la puissance de son imaginaire et son engagement, l'oeuvre de Maryse Condé rayonne dans le monde entier et lui a valu en 2018 le « Nobel alternatif ».
    Maryse Condé est née en 1934 à la Guadeloupe. À la tête d'une oeuvre de dix-sept romans, huit pièces de théâtre et des contes pour enfants, elle est l'une des grandes voix de la littérature française dans le monde. Elle a reçu le « prix Nobel alternatif » en 2018 et le prix mondial Cino del Duca en 2021. Elle a aussi été professeur de littérature à Columbia et à Harvard.

  • "Abena, ma mère, un marin anglais la viola sur le pont du Christ the King un jour de 16** alors qu'il faisait voile vers La Barbade. C'est de cette agression que je suis née... "
    Ainsi commence le roman de Maryse Condé a consacré à Tituba, fille d'esclave, qui fut l'une des sorcières de Salem.
    Comment Tituba acquit une réputation de sorcière à La Barbade, comment elle aima et épousa John Indien, comment ils furent tous deux vendus au pasteur Samuel Parris qui les emmena à Boston puis dans le village de Salem. C'est là, dans cette société puritaine, que l'hystérie collective provoqua la chasse aux sorcières et les procès tristement célèbres de 1692.

    Maryse Condé a choisi de nous parler de Tituba que l'Histoire a oubliée pour ne retenir que les sorcières blanches, celles qui furent pendues et qui inspirèrent Les sorcières de Salem, d'Arthur Miller. De la saga africaine de Ségou, Maryse Condé est allée vers une chronique plus intimiste, une "histoire romanesque" qui reprend cependant les grands thèmes traités dans ses livres précédents : Les murailles de la terre et La terre en miette (Ségou I et II)



  • Ségou est un roman si riche et si divers qu'on ne le peut résumer. Il est à la mesure - à la démesure - de ces terres du Sahel qui s'étendent sous un ciel immense. Un grand souffle le parcourt et l'anime : c'est l'âme même de l'Afrique.

    Après Les Murailles de terre, nous découvrons dans La Terre en miettes le destin de la deuxième génération des Traoré, de la noble lignée des Bambara, bouleversée par le raz de marée islamiste animé par les Toucouleurs qui ont investi Ségou en 1860. Une famille déchirée entre ses racines, l'islam et, bientôt, le catholicisme. La fatalité s'acharne sur un peuple et une culture, sans que la France du second Empire mesure la gravité des événements.
    Cette geste, peuplée d'inoubliables fi gures de femmes, est tout à la fois un cri d'espoir, un chant d'agonie et un appel à la tolérance.
    Prix Nobel "alternatif" de littérature

  • Rose-Aimée a 13 ans. Elle vit heureuse dans son petit village à Haïti, jusqu'au jour où la misère l'oblige à quitter les siens. Mais à Port-au-Prince, chez l'odieuse Madame Zéphyr, il n'est plus question d'étudier ni même de découvrir les joies de la ville. Petit à petit, Rose-Aimée devient son esclave. Avec l'aide de Lisa, elle parviendra à s'enfuir, sans espoir cependant d'atteindre la liberté.

  • "- Est-ce que vous n'allez pas retourner chez vous ?
    Chez moi ? Si seulement je savais où c'est.
    Oui, le hasard m'a fait naître à la Guadeloupe. Mais, dans ma famille, personne ne veut de moi. À part cela, j'ai vécu en France. Un homme m'a emmenée puis larguée dans un pays d'Afrique. De là, un autre m'a emmenée aux États-Unis, puis ramenée en Afrique pour m'y larguer à présent, lui aussi, au Cap. Ah, j'oubliais, j'ai aussi vécu au Japon. Cela fait une belle charade, pas vrai ? Non, mon seul pays, c'était Stephen. Là où il est, je reste."
    La disparition de Stephen, assassiné dans une rue du Cap, est le dernier coup du sort pour Rosélie Thibaudin... Un drame qui la frappe de plein fouet, mettant un terme brutal à vingt ans d'un bonheur apparemment tranquille. En effet, exilée, étrangère dans tous les pays, Rosélie cumule toutes les "tares" : elle a quitté son île pour "l'Afrique marâtre" et a formé un couple mixte avec un Blanc "même pas métropolitain". Dans une Afrique du Sud berceau de tous les racismes, Rosélie devra réapprendre à vivre seule.

  • Victoire ne savait nommer ses plats et ne semblait pas s'en soucier. Elle était enfermée le plus clair de ses jours dans le temple de sa cuisine, petite case qui s'élevait à l'arrière de la maison, un peu en retrait de la case à eau. Sans parler, tête baissée, absorbée devant son potajé tel l'écrivain devant son ordinateur. Elle ne laissait à personne le soin de hacher un cive ou de presser un citron comme si, en cuisine, aucune tâche n'était humble si on vise à la perfection du plat. Elle goûtait fréquemment, mais, une fois la composition terminée, ne touchait pas. Cuisinière au savoir-faire inoubliable, Victoire Élodie Quidal travaille au service d'Anne-Marie et Boniface Walberg, à La Pointe. Sa virtuosité et son excellence sont recherchées par la bonne société guadeloupéenne qui la réclame dans ses cuisines... Victoire, qui n'a pas été épargnée par le destin, connaîtra-t-elle enfin son heure de gloire ? C'est avec une affection toute particulière que Maryse Condé brosse le portrait attachant de cette femme qui fut aussi sa grand-mère.

  • « La Vie sans fards répond à une double ambition. D'abord je me suis toujours demandé pourquoi toute tentative de se raconter aboutissait à un fatras de demi-vérités. Trop souvent les autobiographies et les mémoires deviennent des constructions de fantaisie. Il semble que l'être humain soit tellement désireux de se peindre une existence différente de celle qu'il a vécue, qu'il l'embellit, souvent malgré lui. Il faut donc considérer La Vie sans fards comme une tentative de parler vrai, de rejeter les mythes et les idéalisations flatteuses et faciles. 
    C'est aussi une tentative de décrire la naissance d'une vocation mystérieuse qui est celle de l'écrivain. Est-ce vraiment un métier ? Y gagne-t-on sa vie ? Pourquoi inventer des existences, pourquoi inventer des personnages sans rapport direct avec la réalité ? Une existence ne pèse-t-elle pas d'un poids déjà trop lourd sur les épaules de celui ou celle qui la subit ? 
    La Vie sans fards est peut-être le plus universel de mes livres. J'emploie ce mot universel à dessein bien qu'il déplaise fortement à certains. En dépit du contexte très précis et des références locales, il ne s'agit pas seulement d'une Guadeloupéenne tentant de découvrir son identité en Afrique ou de la naissance longue et douloureuse d'une vocation d'écrivain chez un être apparemment peu disposé à le devenir. Il s'agit d'abord et avant tout d'une femme cherchant le bonheur, cherchant le compagnon idéal et aux prises avec les difficultés de la vie. Elle est confrontée à ce choix capital et toujours actuel : être mère ou exister pour soi seule. 
    Je pense que La Vie sans fards est surtout la réflexion d'un être humain cherchant à se réaliser pleinement. Mon premier roman s'intitulait En attendant le bonheur : Heremakhonon, ce livre affirme : il finira par arriver. »

  • À Rivière au Sel, en plein coeur de la forêt, on veille un mort, un homme qui s'est installé dans le village quelques années auparavant et dont on ne sait pas grand chose.
    Est-il cubain ? colombien ? A-t-il déserté ? Pourquoi est-il revenu en Guadeloupe ? Les réponses ne sont pas claires.
    Cependant peu importe la véritable identité de cet homme. Ce qui importe, c'est l'image que les individus gardent chacun de lui et les modifications essentielles qu'il a apportées dans leurs vies.
    Dans le temps clos de cette seule nuit, au delà de cette petite communauté, c'est toute la société guadeloupéenne d'aujourd'hui qui se dessine, avec ses conflits, ses contradictions et ses tensions.

  • - C'est lui! C'est lui! chuchotèrent les jeunes gens en proie à une vive excitation. Le docteur Ramzi An-Nawawî n'était pas un docteur comme les autres, un vulgaire guérisseur de maladies humaines. Il se consacrait exclusivement à la recherche et avait construit dans une aile de sa villa un laboratoire ultramoderne où il se livrait à des expériences sur des rats, des chats, des singes, des végétaux. Vêtu d'une gandoura sombre comme sa peau. Son visage saisissait. Sous la calotte noire des cheveux, un front ample trahissait des dons intellectuels, tandis que la bouche ourlée débordait de sensualité et que le menton creusé d'une fossette suggérait la tendresse. Kassem n'avait jamais contemplé un être aussi attirant. Né à Lille, de père guadeloupéen et de mère roumaine, Kassem ne sait où se situer et se voit forcé d'endosser des identités qu'il n'a pas choisies. Il rencontre le Dr Ramzi dont il devient l'assistant et le protégé. Le médecin a une réputation sulfureuse. Kassem soupçonne des pratiques douteuses, voire coupables. Mais Ramzi exerce sur lui une fascination dont il ne peut se défendre. Ce Dr Ramzi est-il vraiment un sauveur? Kassem saura-t-il s'affranchir de lui? Énigmes et rebondissements sur un rythme haletant nous entraînent dans l'univers de Maryse Condé, sur les pas de son héros au destin à la fois burlesque et pathétique.

  • Lorsque Dieudonné, jardinier de son état, sort de prison après avoir été acquitté pour le meurtre de Loraine, sa riche maîtresse békée croqueuse de jeunes hommes, il se retrouve dans une ville au bord de l'insurrection. Économie sinistrée, conflits sociaux, affrontements syndicaux et politiques, haines raciales : en 1999, Port-Mahault vit des heures difficiles. Dans cette ambiance délétère, Dieudonné, renié par sa famille et par bon nombre de ses amis, retrouve tout naturellement le chemin de sa Belle Créole, le bateau qui lui sert de refuge et de repère, vestige heureux d'un passé révolu.
    Le savant récit de Maryse Condé livre peu à peu les clés de ce mystérieux personnage frappé du sceau du malheur, figure tragique d'une histoire d'amour passionnelle. Dans une nature luxuriante, elle met en scène des personnages au grand coeur et aux nobles idéaux. Sorte d'Amant de Lady Chatterley sous les tropiques nourri par une langue fleurie et baroque, loin de tout cliché exotique, La Belle Créole peint dans une tonalité sombre le destin d'un grand héros romantique.

  • Ce roman relate la violence du cyclone qui a dévasté la  Guadeloupe  le 16 septembre 1989. Une journée et nuit de cauchemar que Maryse Condé fait revivre à travers les yeux de Michel, 11 ans, qui abandonne les cours pour se préparer à affronter avec sa famille Hugo le terrible.

  • Babakar est médecin. Il vit seul avec ses souvenirs d'une enfance africaine, d'une mère aux yeux bleus qui vient le visiter en songe, d'un ancien amour, Azelia, disparue elle aussi, et autres rêves de jeunesse d'avant son exil en Guadeloupe, berceau de sa famille. Mais le hasard ou la providence place une enfant sur sa route et l'oblige à renoncer à sa solitude, à ses fantômes. 
    La petite Anaïs n'a que lui. Sa mère, une réfugiée haïtienne, est morte en la mettant au monde, lui léguant sa fuite et sa misère. Babakar veut lui offrir un autre avenir. Ils s'envolent pour Haïti, cette île martyrisée par la violence, les gouvernements corrompus, les bandes rebelles, mais si belle, si envoûtante. Babakar recherche la famille d'Anaïs, une tante, un oncle, des grands-parents peut-être, qui pourraient lui raconter son histoire. Mais Babakar ne rencontre personne et ne peut compter que sur lui et sur ses deux amis Movar et Fouad. Des hommes qui lui ressemblent, exilés, solitaires, à la recherche d'eux-mêmes et qui trouvent à Haïti des réponses à leur quête, un lieu de paix au milieu des décombres.

  • Dans une île des Antilles, une famille vénère un ancêtre qui fut roi d'un pays africain. Son portrait trône, depuis des lustres, au-dessus du buffet. Et, tous les ans, ses descendants rendent hommage au roi, en un rituel à la fois sacré, mystérieux et comique. Pour tout dire, les descendants de l'étrange souverain vivent en perpétuant, comme ils peuvent, les traditions dont ils ont hérité : la fidélité aux rites, la fierté et l'orgueil d'avoir du sang royal... Tout cela constitue un drolatique folklore.
    Les personnages tissent d'incroyables situations qui se succèdent, s'enchevêtrent, d'une manière naturelle et mouvementée, avec cet art du 'conte' qui ne cesse de nous charmer et de nous envoûter. À travers l'éclat déchu qui les anime, tous ces êtres nous offrent en partage leur vie quotidienne.
    Sur cette trame féconde, Maryse Condé s'amuse à observer avec un grand souci du détail et infiniment de tendresse, ces gens de la Guadeloupe, dont elle restitue les contradictions, les tensions et l'immense générosité.

  • «  Une date s'impose. Quand ils eurent cinq ans, Simone leur donna un grand bain, les revêtit de leurs meilleurs habits, deux justaucorps de toile écrue, brodés au point de croix et les emmena se faire photographier au studio Catani. (...) Le portrait d'Ivan et Ivana figure à la page quinze du premier volume sous la rubrique : Les Petits Amoureux. On y voit deux enfants se tenant par la main et souriant à l'objectif.  »
    Ivan et Ivana naissent à Dos d'Ane, une bourgade de la Côte sous le vent en Guadeloupe. Autour d'eux ne se pressent que des femmes  : leur mère Simone, leur grand-mère Maeva, des belles-tantes, des belles-cousines et autour le souvenir de leur père musicien qui les a quittés.
    Mais Ivan aime trop sa soeur et un jour un acte de violence enclenche la marche du destin. La famille quitte les îles pour le Mali. La colère et la dérive d'Ivan vont  s'amplifier, la douceur d'Ivana se transformer en poison.
    Jusqu'au jour du grand affrontement où ils comprendront qu'ils ne sont pas seulement frère et soeur et jumeaux  : ils sont les héritiers d'une longue histoire, ils sont le bien et le mal et ils sont capables du plus grand amour comme de la haine la plus farouche.
    Maryse Condé nous raconte ces deux vies qui n'en sont qu'une  : le destin d'Ivan et d'Ivana de Pointe à Pitre à Ségou au Mali, de Ségou à Paris.
     

  • "... Elle ne parlait guère. Elle ne semblait pas curieuse, excitée comme ses compagnes, impatientes de commencer leur apostolat. En plus, sa couleur la mettait à part, cette peau noire qui l'habillait comme un vêtement de grand deuil. Elle n'était pas franchement négresse. Plutôt métisse d'on ne savait combien de races. Elle ne portait pas l'habit religieux, n'ayant pas prononcé de voeux. Elle était vêtue d'une stricte robe grise et portait autour du cou un foulard coupé en deux par un ruban qui soutenait une massive croix en or. Hiver comme été, matin, midi et soir, elle ne quittait jamais ce foulard, toujours noué serré, assorti à la couleur de ses vêtements. D'où sortait-elle ? De la Guadeloupe ou de la Martinique. Enfin, d'une de ces colonies qui n'ont de françaises que le nom, habitées par des nègres baptisés, qui font quand même bamboulas, jurent comme des païens, battent le tambour et boivent des alcools forts... "
    Une nouvelle fois, avec la force et la cruauté qui hantent son oeuvre, Maryse Condé met en scène le supplice des peuples opprimés et plus particulièrement celui des femmes martyrisées. Dans ce roman " endiablé " où les vivants et les morts se mêlent parfois amoureusement, Maryse Condé trace à l'encre rouge sang le destin de Célanire Pinceau, bébé sacrifié à sa naissance sur l'autel de la réussite politique d'un Blanc et qui n'aura pas assez de toute sa vie pour se venger du crime dont elle a été la victime.

  • Maryse Condé avait toujours rêvé d'adapter à l'univers caraïbe le roman d'Emily Brontë Les Hauts de Hurlevent.
    La Migration des coeurs en est une libre variation, pleine de violence et de sensualité. Elle réincarne en Razyé le personnage de Heathcliff et fait de Cuba et de la Guadeloupe, dans le dernier quart du XIXe siècle, le cadre de la passion meutrière qui le lie à Cathy.
    Amours dévorantes, haines ancestrales, rivalités familiales, forces occultes de la religion, l'auteur nous offre un voyage exotique et luxuriant et nous révèle les émotions et les déchirements des âmes et des corps.
    L'écriture - langue métisse, alliance charnelle de français et de créole -, la structure inventive et subtile, la vérité tragique des personnages donnent à ce roman toute sa force d'envoûtement.

  • Le bossale, c'est l'esclave d'Afrique amené par la traite dans les plantations de Martinique et de Guadeloupe et qui, à partir de ses luttes, de ses souffrances et de ses espoirs, va créer toute une littérature orale. C'est à travers cette littérature orale que Maryse Condé tente de dégager le vrai visage de ses ancêtres : les bossales.

  • Cet ouvrage étudie les oeuvres de quelques romancières des Caraïbes de langue française afin de découvrir le regard qu'elles portent sur elles-mêmes, sur leur pays et leur société et d'appréhender les problèmes qu'elles affrontent. La parole des romancières est peut-être de nature à éclairer et à faire comprendre le complexe univers antillais.

  • "Ainsi du jour au lendemain, Théodora quitta son monde, le village où elle avait trimé quarante ans, où ses enfants étaient nés, où son Mano dormait sous la terre dans une petite tombe. Elle pleura beaucoup. Pourtant sitôt arrivée à La Pointe dans sa maison pimpante, elle enferma les orteils de ses pieds d'habitude libres à l'air dans des souliers, se fit couper une douzaine de robes matador et surtout s'essaya à parler français. Ainsi naissent nos bourgeoisies!"
    Dans son nouveau roman, Maryse Condé nous conduit des rives de la Guadeloupe à la boue de Panama, du Chinatown de San Francisco aux maisons hautes et basses de La Pointe, racontant avec tendresse et humour l'ascension sociale de toute une famille. Des destins se succèdent et s'entremêlent: celui de l'aïeul Albert I, qui partit creuser le canal de Panama, et de ses fils: Jacob, boutiquier barricadé dans la geôle de ses caisses de morue salée et de ses fûts d'huile, dont il ne s'évada qu'une fois pour s'enivrer des senteurs de New York; Jean, rebelle qui revint vers la terre pour la fertiliser de son sang; de sa petite-fille Thécla qui, lasse d'errer à la poursuite du bonheur collectif, d'Haïti à la Jamaïque, finit par se réfugier égoïstement de l'autre côté du monde, et de son premier-né surtout, Albert II dit Bert, le fils de la négresse anglaise, initiateur d'une lignée maudite en pays d'exil.
    On retrouve dans ce roman foisonnant, exubérant et poétique, le talent de conteuse de Maryse Condé, son sens de l'épopée et du mythe, sa fascination pour le surnaturel, sa connaissance lucide et désenchantée d'une certaine histoire, celle des siens.

  • Pays mele

    Maryse Condé

    "Aux yeux de ses compatriotes, Belle était une énigme. En ces temps où les femmes ne remettaient en question ni leur dépendance vis-à-vis de l'homme, ni leur sujétion vis-à-vis de leurs enfants, toute sa conduite choquait. Nous avons déjà indiqué la manière dont elle traitait Jean Hilaire Endomius. Quant à son unique fille, au lieu de la chérir comme la prunelle de ses yeux, elle la laissait aller pieds nus, écorchant ses talons aux cailloux des ruelles, vêtue d'une méchante robe de cotonnade aux couleurs passées, sa tignasse rougie par le soleil et la sueur. Pourtant, si sévèrement qu'on la jugeât, Belle se jugeait plus sévèrement encore. Cela, on l'ignorait."
    On trouve dans ce recueil un mélange insolite de destins situés à la croisée d'une modernité agressive et d'un passé hanté par le souvenir des révoltes d'esclaves "marrons".

  • Inspiré par les tragiques événements de 1962, dans la Guinée de Sékou Touré, Heremakhonon (expression signifiant "Attends le bonheur") est l'histoire d'une désillusion.
    Véronica est une Guadeloupéenne un peu perdue en quête d'identité. Partie à la recherche du passé africain, elle ne trouve que pauvreté, dictature et bourgeoisie corrompue. Ses démêlés sentimentaux traduisent bien son désenchantement. En choisissant d'aimer Ibrahima Sory, son "nègre avec aïeux" aux manières princières, Véronica s'aperçoit peu à peu qu'elle s'est trompée de camp. En réalité, Ibrahima a les mains sales du sang de son ami Saliou.
    Et c'est pour ne pas avoir à choisir entre l'amour et l'amitié, entre deux visions de l'Afrique, que Véronica choisit la fuite...

  • Deux frères, Tafa et Dafy sont issus
    d'une tribu de bergers sédentarisés
    de force. La misère pousse les paysans
    vers la ville. Les deux frères seront
    séparés. Ce que Tafa n'acceptera jamais. Que ne tentera-t-il pour retrouver son frère adoré?
    Marafoudian, la jolie vache, le seul et unique bien de la famille, devra être vendue. Avant de changer de maître, Marafoudian livre un grand secret...

  • Elle était Tiyi, mère des princesses Néfertiti et Meritaton, enceinte d'un nouvel enfant du Soleil Aton.
    Un an plus tôt, venant de la Guadeloupe en passant par le Venezuela, ils avaient échoué dans la petite ville de Santa Marta, sur la côte caraïbe de la Colombie, avec Mandjet et Mesketet, leurs derniers fidèles.
    Ils n'avaient trouvé là que la misère et le mépris. Par dérision, les habitants de Santa Marta avaient appelé le petit groupe des adorateurs du Soleil la colonie du nouveau monde. Aton avait continué ses dévotions, mais Rê, le Soleil, était devenu sourd à ses appels. Ils voulaient retourner en Egypte, le berceau de la religion première, mais les fonds manquaient et le bateau qui devait cingler vers la Terre promise n'avait pas pris la mer.
    C'était ici, à La Ceja, sur cet hectare de terre aride, qu'allait s'achever le rêve sincère de fonder une religion nouvelle. C'était ici qu'ils allaient tous périr, dans la cupidité, la haine et la folie. Abandonnés des hommes. Abandonnés de Dieu.

  • Desirada

    Maryse Condé

    Secrets et mensonges, est-ce le seul héritage que sa grand-mère, Nina, et sa mère, Reynalda, vont léguer à la narratrice ? Trois femmes, trois générations séparées bien qu'unies par le sang. Enfant abandonnée, Marie-Noëlle grandit à la Désirade, jusqu'au jour où sa mère l'a fait venir en France. Mère inconnue, terre inconnue. À Savigny-sur-Orge, elle se morfond dans une cité, sans jamais trouver sa place dans cette famille, pourtant la sienne. Commence alors pour elle une douloureuse quête sur la vérité de sa naissance.
    Elle interroge Nina et Reynalda. Leurs aveux sont affabulés, leurs demi-vérités ajoutent au mystère, ni l'une ni l'autre n'est disposée à livrer son histoire vraie.
    Si déguisées soit-elle, ces confidences font apparaître des femmes libres à tout prix, en lutte contre un destin qui veut les clouer : maternités non désirées, hommes non choisis, traditions frelatées d'un pays en rupture d'histoire. Long chemin, longue peine avant que, revenue à la Désirade, Marie-Noëlle ne conclut à la vanité des hantises familiales. Et vivre devient alors sa seule vérité.
    À travers de puissantes figures romanesques, c'est toute l'histoire des Antilles modernes qui se déploie ici, dans une langue qui associe la concision des grands Anglo-Saxons à la verve enchantée du créole.

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