Littérature générale

  • La Frontière

    Maurice Leblanc

    Extrait : - Vous ! s'écria-t-il en reculant, vous ici, Suzanne ! Une jolie créature se tenait devant lui, souriante à la fois et honteuse, en une attitude de provocation et de crainte, les mains jointes et les bras offerts de nouveau, de beaux bras savoureux et blancs qui émergeaient de sa chemisette de fine batiste. Ses cheveux blonds se séparaient en deux bandeaux ondulés et lâches dont les boucles indociles jouaient à l'aventure. Elle avait des yeux gris, très longs, avec des cils noirs qui les voilaient à demi, et ses petites dents riaient au bord de ses lèvres rouges, si rouges qu'on eût dit, bien à tort, qu'elles étaient peintes.

  • L'Éclat d'Obus

    Maurice Leblanc

    L'Éclat d'obus est un roman de Maurice Leblanc, dont l'action se déroule durant la Première Guerre mondiale. L'intrigue du roman suit les pérégrinations d'un personnage à la fois en quête de son épouse et du meurtrier de son père. Arsène Lupin apparaît en médecin vers le milieu du récit. Extrait : - Vous la reconnaîtriez, Paul ? - Si je la reconnaîtrais ? Entre mille et mille femmes. Et fût-elle transformée par l'âge, je retrouverais sous les rides de la vieille femme, le visage même de la jeune femme qui assassina mon père, une fin d'après-midi du mois de septembre. Ne pas la reconnaître ! Mais la couleur même de sa robe, je l'ai notée ! N'est-ce pas incroyable ? une robe grise avec un fichu de dentelle noire autour des épaules, et là, au corsage, en guise de broche, un lourd camée encadré d'un serpent d'or dont les yeux étaient faits de rubis. Vous voyez, Élisabeth, que je n'ai pas oublié ce que je n'oublierai jamais. Il se tut. Élisabeth pleurait. Comme son mari, ce passé l'enveloppait d'horreur et d'amertume. Il l'attira contre lui et la baisa au front.

  • La dent d'Hercule Petitgris, suivi de Un gentleman. Extrait : - Nous commencerons par vous, monsieur. Vous êtes né à Dolincourt, Eure-et-Loir, d'un paysan laborieux, qui s'est saigné aux quatre veines pour vous donner une éducation convenable. Je dois dire que vous l'en avez amplement récompensé par votre travail. Études sérieuses, conduite parfaite, attentions délicates pour votre père, en tout vous vous êtes montré bon fils et irréprochable élève. La mobilisation vous surprend simple soldat aux chasseurs à pied. Quatre ans plus tard, vous étiez adjudant et croix de guerre avec cinq citations. Vous contractez un engagement. À la fin de 1920, on vous trouve à Verdun. Toujours excellente tenue. Vos notes vous signalent comme capable de faire un bon officier, et vous songez même à passer votre examen. Or, vers la mi-novembre de cette année, coup de théâtre. Un soir, dans un dancing de troisième ordre, après avoir fait déboucher dix bouteilles de champagne, la tête perdue, au cours d'une discussion sans motif, vous dégainez. On vous arrête. On vous mène au poste. On vous fouille. Vous étiez porteur de cent mille francs en billets de banque. D'où teniez-vous cet argent ? Vous n'avez jamais pu l'expliquer.

  • Contes

    Maurice Leblanc

    Ces contes ont paru dans Le Gil Blas entre 1892 et 1897, sauf L'ami de la logique, paru dans La Revue franco-américaine, en juin 1895. Extrait : Coignard se taisait. L'insuccès de sa première démarche l'empêchait de recourir à la justice. Il supportait tous les affronts, taciturne. Puis une fois, ils se rencontrèrent dans un chemin creux. Et le vieux François comprit, au regard du paysan, que l'heure de la revanche ne tarderait pas. Il frissonna, non de peur, mais d'une joie profonde. Il savait le plan qui germait en l'âme de son ennemi. Il en put noter les progrès ininterrompus. Il vit l'idée grandir, se nourrir d'arguments, croître comme un épi vigoureux. Un geste, un coup d'oeil lui indiquaient le degré de maturité. Et il l'aida, lui, l'idée vengeresse, cette fille de la haine qu'il avait engendrée, il l'aida par de nouvelles ruses, jusqu'à la changer en projet irrévocable. Alors il attendit. Comme d'un spectacle passionnant, il fut témoin des angoisses où se débattait l'infortuné. Il savoura les luttes suprêmes, les remords anticipés, les défaillances, les insomnies, puis la victoire décisive de la haine. L'heure sonna.

  • Cette saynète fut jouée du 15 septembre au 15 octobre 1911 au music-hall « La Cigale », alors en vogue. Elle était précédée d'une revue de Wilned, Elle l'a le sourire, qui faisait référence aux mésaventures survenues à la fin août à La Joconde, volée au Louvre. La presse de l'époque fut chaleureuse à l'égard d'Une aventure d'Arsène Lupin. Extrait : Il éteint l'électricité et chacun entre chez soi. La scène reste vide, un moment, illuminée par un magnifique clair de lune qui pénètre par le vitrage. Soudain, un léger bruit, en haut. Un des carreaux se soulève et l'on voit une grosse corde qui descend peu à peu, se balance et dont l'extrémité s'arrête à deux mètres du parquet. Et tout de suite une ombre se laisse glisser de haut en bas.

  • Alors qu'il flâne dans les rues de Paris, Arsène Lupin se met subitement à suivre un homme filant une touriste anglaise aux cheveux blonds et aux yeux bleus... Plus tard installé dans une pâtisserie du boulevard Haussmann, il remarque à une table une demoiselle aux cheveux blonds et aux yeux verts... Il ne se doute alors pas des nombreuses péripéties qui l'attendent. Et une nouvelle fiancée en perspective... Extrait : Un spectacle imprévu le frappa : la demoiselle aux yeux verts causait sur le trottoir avec le bellâtre qui, une demi-heure auparavant, suivait l'Anglaise comme un amoureux timide ou jaloux. Conversation animée, fiévreuse de part et d'autre, et qui ressemblait plutôt à une discussion. Il était visible que la jeune fille cherchait à passer, et que le bellâtre l'en empêchait, et c'était si visible que Raoul fut sur le point, contre toute convenance, de s'interposer. Il n'en eut pas le temps. Un taxi s'arrêtait devant la pâtisserie. Un monsieur en descendit qui, voyant la scène du trottoir, accourut, leva sa canne et, d'un coup de volée, fit sauter le chapeau du bellâtre pommadé. Stupéfait, celui-ci recula, puis se précipita, sans souci des personnes qui s'attroupaient. - Mais vous êtes fou ! vous êtes fou ! proférait-il.

  • Nouvelles

    Maurice Leblanc

    Deux nouvelles de Maurice Lebalnc : L'homme à la peau de bique suivi de Le cabochon d'émeraude. Extrait : L'automobile en effet -- une limousine -- gisait, retournée, démolie, tordue, informe. Près d'elle, le cadavre de la femme. Mais ce qu'il y avait de plus affreux, spectacle ignoble et stupéfiant, c'est que la tête de cette femme était écrasée, aplatie, invisible, sous un bloc de pierre énorme, posé là on ne pouvait savoir par quelle force prodigieuse. Quant à l'homme à la peau de bique, on ne le trouva point. On ne le trouva point sur le lieu de l'accident. On ne le trouva point non plus aux environs. En outre, des ouvriers qui descendaient la côte de Morgues déclarèrent qu'ils n'avaient rencontré personne. Donc, l'homme s'était sauvé dans les bois.

  • Les Huit Coups de l'horloge est un recueil de 6 nouvelles et deux textes d'encadrement de Maurice Leblanc, mettant en scène les aventures d'Arsène Lupin, gentleman-cambrioleur. Les huit textes de ce recueil ont un fil directeur. Pour distraire et séduire une jeune femme, Hortense Daniel, Arsène Lupin, sous l'identité du prince Serge Rénine, va s'attacher à résoudre huit énigmes en sa compagnie. Extrait : Ils étaient arrivés près de l'automobile. Rossigny, tout en bégayant des mots de joie, mit en mouvement le moteur. Hortense monta et se couvrit d'un vaste manteau. La voiture suivit sur l'herbe l'étroit sentier qui la ramena au carrefour, et Rossigny accélérait la vitesse, lorsque subitement il dut freiner. Un coup de feu avait claqué dans le bois voisin, sur la droite. L'auto allait de côté et d'autre. - C'est une crevaison, un pneu d'avant, proféra Rossigny, qui sauta à terre. - Mais pas du tout ! s'écria Hortense. On a tiré. - Impossible, chère amie ! Voyons, que dites-vous !

  • Le Cercle Rouge

    Maurice Leblanc

    Extrait : Les poursuivants passèrent, sans soupçonner que ceux à qui ils donnaient la chasse se trouvaient, à quelques mètres d'eux à peine, de l'autre côté de cette palissade, qui semblait si bien close. Le vieux Barden, en tendant le cou, put, à travers les interstices des planches, les entrevoir. Quand le bruit de leurs pas se fut perdu dans le lointain, le vieux bandit, tirant après lui Bob, sortit de sa cachette. -~On a eu chaud... commença, avec un ricanement étouffé, le jeune chenapan, satisfait de se trouver en sûreté.

  • La Femme aux deux sourires est un roman de Maurice Leblanc, paru dans Le Journal en 46 feuilletons, du 6 juin au 20 août 1932, puis publié pour la première fois chez Laffite en volume in-12, en juillet 1933. L´inspecteur principal Gorgeret est sur la piste de Clara la Blonde, fichée comme la maîtresse du grand Paul, sur la trace duquel elle est susceptible de mettre les policiers qui l´ont prise en filature. Jolie, tournure élégante, cheveux blonds ondulés, yeux bleus, entre 20 et 25 ans, voilà un signalement qui ne pourra pas laisser indifférent un certain monsieur Raoul. Par une chance extraordinaire, cette demoiselle vient sonner à son domicile. Par erreur puisqu´elle voulait voir l´habitant de l´étage au-dessus, le marquis Jean d´Erlemont. Extrait : Les gens du village essayèrent vainement de le faire parler : leur curiosité fut déjouée. Il montait la garde âprement. Tout au plus remarqua-t-on que, à diverses reprises, peut-être une fois par an, et à des époques différentes, un monsieur arrivait le soir en automobile, couchait au château, et repartait le lendemain dans la nuit. Le propriétaire, sans doute, qui venait s'entretenir avec Lebardon. Mais aucune certitude. On n'en sut pas davantage de ce côté. Onze ans plus tard, le gendarme Lebardon mourait. Sa femme demeura seule dans la tour d'entrée. Aussi peu bavarde que son mari, elle ne dit rien de ce qui se passait dans le château. Mais s'y passait-il quelque chose ? Et quatre ans encore s'écoulèrent.

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