• Bruno Schulz n'en finit pas de fasciner les écrivains. De Philip Roth à David Grossman en passant par Gombrowicz, Bohumil Hrabal ou Danilo Kis, l'écrivain et peintre juif polonais, souvent comparé à Kafka et à Chagall, figure emblématique de la culture juive anéantie par les nazis, a rejoint plus que la postérité : la fiction. À son tour, Maxim Biller s'empare du personnage : en 1938, dans la petite ville polonaise de Drohobycz, survient un mystérieux et maléfique individu qui se fait passer pour Thomas Mann. Bruno Schulz décide alors d'écrire au véritable Thomas Mann pour l'en avertir...

  • Maxim Biller aime appuyer là où ça fait mal, gratter les plaies pour éviter qu'elles se referment un peu trop vite sur le silence et l'oubli. Pas d'euphémismes ni de circonlocutions hypocrites, le romancier attaque frontalement, assène ses coups avec une ironie féroce. Voilà plus d'une vingtaine d'années qu'il joue le rôle d'aiguillon de la bonne conscience allemande. Journaliste et écrivain né à Prague en 1960 de parents juifs originaires de Russie et émigré en Allemagne à l'âge de 10 ans, il se fait connaître à la fin des années 80 avec une chronique dans le magazine Tempo : "Cent lignes de haine".

    Un concentré de provocations et de fulminations politiquement incorrectes mais rarement gratuites. L'une de ses dernières tribunes était ainsi dirigée contre le regain d'un patriotisme décomplexé dans le football, incarné par des supporters allemands agitant fièrement leurs drapeaux noir, rouge, jaune. C'est l'inquiétude qui nourrit la colère de Biller. La crainte de voir l'Allemagne, son pays, tourner un peu trop vite la page Hitler, Goebbels, Birkenau, et réattribuer la responsabilité à l'Histoire. La peur du retour d'un antisémitisme dont les relents nauséabonds le prennent parfois à la gorge, charriés par des phrases assassines.

  • « J´étais heureux de revoir Geli après tant d´années. Je n´avais plus de femme depuis longtemps et Geli me plaisait. Elle était petite, mince, elle ressemblait à Ellen Barkin, mais en moins triste, et je sus aussitôt qu´elle aimait le sexe. Elle me demanda si j´étais marié ou si j´avais une amie. Au lieu de répondre, je lui demandai ce qu´il en était pour elle.
    - Je suis justement en train de me séparer de quelqu´un, dit-elle, mais lui, hélas, ne se sépare pas de moi.
    Nous étions dehors, au coin de la Reichenbachstrasse et de la Gärtnerplatz, et Geli dit :
    - Accompagne-moi chez moi. J´ai lu ton dernier livre. Je veux en parler avec toi.
    - Non, dis-je, surtout pas. Mais emmène-moi tout de même.
    Le livre était posé à côté du lit de Geli. C´était une histoire d´amour, celle d´une femme qui ne peut pas, bien qu´elle veuille, et d´un homme qui veut, bien que la femme ne puisse pas.
    Après que nous nous fûmes rhabillés, Geli dit :
    - Je veux juste savoir une chose : dans la vie, tout était-il exactement comme dans ton livre ? » Les « instantanés » de Maxim Biller passent au crible l´amour sous toutes ses formes : érotique, tendre, méchant, cynique. Ces 27 nouvelles brillent par leur intelligence et leur humour.

  • A masterful novella about one of the great writers of the 20th century"It is now certain that the false Thomas Mann must be an agent of the Secret State Police," wrote Bruno, after he had opened his notebook again, laid it neatly on the table, and bent over it like a cat with its back arched, "and I suspect he will not leave our town until we have all lost our wits."Bruno Schulz has foreseen catastrophe and is almost paralysed by fear. His last chance of survival is to leave the home town to which, despite being in his late forties, he clings as if to a comforting blanket. So he retreats into his cellar (and sometimes hides under his desk) to write a letter to Thomas Mann: appealing to the literary giant to help him find a foreign publisher, in order that the reasons to leave Drohobych will finally outweigh the reasons to stay.Evoking Bulgakov and Singer, Biller takes us on an astounding, burlesque journey into Schulz's world, which vacillates between shining dreams and unbearable nightmares - a world which, like Schulz's own stories, prophesies the apocalyptic events to come.Includes two stories by Bruno Schulz: 'Birds' and 'The Cinnamon Shops', from The Street of Crocodiles.Maxim Biller (b. Prague, 1960) is the author of several novels, plays and collections of short stories, whose work has been compared to that of Philip Roth and Woody Allen. He is also a columnist and literary critic at the Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung and Die Zeit.Bruno Schulz, the fictionalised protagonist of this novella, was a Polish-Jewish writer, artist and critic. Born in Drohobych in 1892, he was one of the world's great authors, although a substantial part of his work was lost following his murder by a Gestapo officer in 1942.

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