• Lire l'entretien de l'auteur (propos recueillis par Audrey Minart)

    Prix Oedipe des Libraires 2017

    Nombre d'adolescents nous tiennent à distance : « Ne me demande rien » semblent-ils signifier lorsqu'ils ne l'énoncent pas clairement comme tel. Cet énoncé ne peut être entendu comme une demande même s'il en revêt les contours, mais plutôt comme l'impossibilité d'un point d'accroche à la demande. Pourquoi les adolescents se comportent-ils comme s'il ne pouvait ne (plus) rien leur arriver ? « Il ne peut (plus) rien m'arriver » n'installe pas le sujet dans la vie mais dans une forme d'errance. Peut-on parler d'un défaut de structuration subjective ? Les empêche-t-il de trouver un point ou un lieu originaire ? Pourquoi nombre des actions adolescentes (délinquantes par exemple)  ne parviennent-elles jamais à se hisser au rang d'actes mais demeurent, au contraire, des ritournelles répétitives ?

    Les situations qui servent de point d'appui à l'auteur évoquent des adolescents visant une sorte de renoncement à soi, d'effacement de soi comme ultime recours à l'apaisement. Se perdre pour être... Dans une tension interne qui n'est pas sans évoquer un étrange lien avec la mort, le vide n'angoisse pas, il soulage. Faire le vide en passe également par se taire. Se taire pour oublier ? Oublier une douleur jamais mise en mots. Ce vide du sujet, ce vide de sujet, cet effacement temporaire semble être ce qui est visé, notamment au travers du détour toxicomaniaque, rapport « passionné » à l'objet qui pourrait faire oublier.

  • Une angoisse de mort et un insoutenable fantasme de meurtre surgissent chez la femme qui vient de donner la vie. Qu'elle se montre trop aimante ou « mauvaise mère », la voici confrontée à l'impensable. S'appuyant sur nombre de cas, Michèle Benhaïm réfléchit sur les multiples aspects pathologiques de la maternité - dépression postnatale, déni de grossesse, maltraitance et même infanticide... - et sur la source inconsciente de l'inquiétude propre à toute mère.

  • Qu'est-ce que l'ambivalence ? Comment s'articulent l'amour et la haine d'un point de vue subjectif maternel ? Qu'est-ce qu'une mère ? Être mère consiste en partie à dissocier les registres du sexuel et du maternel à l'endroit de l'enfant. L'ambivalence maternelle n'est pas un accident de la relation de la mère à l'enfant mais une nécessité structurante dont le manque induit lui-même une pathologie. La démarche clinique ne vise donc pas à " supprimer " l'ambivalence mais à en permettre une certaine reconnaissance, élaboration qui ferait qu'elle s'exerce de façon structurante pour la mère et l'enfant.
    L'ambivalence s'avérera " négative " ou " positive " ou encore la haine sera destructrice et mortifère, ou vitale et structurante. Cette haine, l'auteur en suppose l'origine du côté de la mère et non du côté de l'enfant. À partir de là se pose la question de savoir se qui se noue psychiquement dans la relation d'une mère à son enfant et qui verra cette haine originaire se résoudre soit en haine vitale, c'est-à-dire se symboliser en amour maternel, soit en haine pathologique, c'est-à-dire évoluer dans le registre de l'abandon.
    Outre l'intérêt théorique, à l'intersection d'approches qu'on oppose à tort, celles de Winnicott, Klein, Dolto, Lacan, cet ouvrage apporte des éléments utiles non seulement à la psychothérapie des enfants tout-petits, mais aussi à l'intervention des professionnels (psychologues, sages-femmes, médecins, puéricultrices...) dans les services de maternité.

  • A travers de douloureuse histoires singulières, Le Regard d'Elsa témoigne de l'effondrement du lien social de notre siècle. Dans ce texte, c'est au réel de la maladie, de la toxicomanie, de l'inceste et de la maltraitance que nous sommes confrontés. Elsa, bébé qui commence sa vie par un sevrage à la méthadone ; Sofian, 18 mois, malade du sida; et puis la violence de la rue, .. Seul un style poétique pouvait préserver la pudeur de ces personnages en proie à l'insupportable.

  • Depuis Freud, l'infantile, d'abord adjectif qualifiant la névrose et la sexualité a été hissé au rang de concept, caractérisant l'ensemble des déterminants les plus précoces du sujet, qu'on les date plus logiquement que chronologiquement, de l'époque de l'infans qui ne parle pas ou de la première résolution ?dipienne.
    C'est une provocation à la réflexion métapsychologique que de proposer, au même rang conceptuel, le juvénile, mais aussi justement une déclaration épistémologique essentielle En effet, pendant très longtemps, l'adolescence a été regardée comme un simple moment d'accomplissement du projet fantasmatique infantile et d'adaptation du moi à une nouvelle réalité. Il a fallu les avancées de quelques-uns et en particulier en France de Philippe Gutton, de ceux qui lui sont associés autour de la revue Adolescentes, et de l'ensemble des fondateurs du Bachelier pour que soit posée cette question : les enjeux identificatoires de l'adolescence, constitutifs de la subjectivité de l'adulte, ne sont-ils que répétition plus ou moins adaptée des déterminants infantiles, ou obéissent-ils à une logique particulière, tout aussi primaire ?

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