• « Mon histoire d´amour avec le cinéma est d´abord celle d´un éblouissement. Les livres, la littérature sont mes véritables amis d´enfance, je les ai toujours connus, ils font partie de ma vie intime, ils ne m´auront pas quitté. Le théâtre, la peinture, la musique, je les ressens comme ces camarades déjà presque adultes qu´on se fait dans les dernières années d´études et qui deviendront, même éloignés par les circonstances, des amis sûrs - ou disparaîtront sans laisser de trace. Le cinéma, c´est autre chose. Si vous n´avez jamais découvert à vingt ans, surgie au bout d´une plage, une jeune fille nimbée de soleil qui vous apparaît soudain telle que vous la rêviez sans la connaître, vous ne pouvez imaginer ce que fut ma rencontre avec le cinéma. Moi qui, à cet âge, éprouvais une certaine difficulté à me saisir de la réalité, à m´accoler aux choses concrètes, qui sentais le sable du monde s´écouler entre mes doigts, soudain je le vis solide, compact, roc ruisselant de lumière et d´ombre devant moi ; un monde plus intelligent, plus signifiant, donc plus beau : plus vrai que le vrai.
    (...) Et cinquante ans plus tard, dans ses meilleurs moments, comme une femme aimée avec laquelle on vit depuis longtemps et dont, à l´improviste, avec les yeux de radium de la mémoire, on retrouve sous le fard d´aujourd´hui le jeune visage d´autrefois, l´écran que je regarde redevient éblouissant, une lumière bouillonnante en déborde et mon coeur de cinéphile recommence à battre. Prélevés sur un électrocardiogramme long d´un demi-siècle, j´ai recueilli dans ce livre quelques-uns de ces battements de coeur. » (Extrait de l'Avant-propos)

  • « L'éléphant dans la porcelaine » est le titre d'un article en forme de manifeste, publié dans le premier numéro de Matulu mensuel brûlot fondé par Michel Mourlet en 1971. L'Éléphant... est un animal à géométrie variable qui pointe ses défenses tous azimuts. Littérature, théâtre, cinéma, arts plastiques, politique, morale, philosophie sont abordés ici dans une vaste chronique s'étendant sur plus de quinze ans. Les années 60-80 resteront parmi les plus grises dans les annales de notre culture. L'immédiat après-guerre, avec les Sartre et les Camus, paraîtra luxuriant en comparaison. L'est soufflement d'une avant-garde sexagénaire et le non-sense partagent les moyens d'expression et de diffusion ; un piétonnement de godillots freudo-marxistes scande le rythme de pensée. Parallèlement, une scolastique très semblable à son ancêtre médiévale envahit la Sorbonne, étouffe les oeuvres du passé sous le lierre d'un verbalisme exsangue, épuisant d'avance toute vitalité créatrice. L'écriture tourne à vide et devient folle. L'Éléphant dans la porcelaine réunit les éléments d'un combat, d'abord mené dans la solitude (c'était après la démobilisation des « hussards »), puis peu à peu compris, encouragé. Matulu a ouvert la brèche dans laquelle s'engage l'Éléphant pour permettre le passage d'un courant d'idées maintenant irréversible. Ce courant, dont Roger Caillois, Georges Mathieu Raymond Abellio ont été parmi les premiers à souligner portée, postule qu'une Renaissance est possible.

  • En cette seconde moitié du XXe siècle, la politique omniprésente s'était infiltrée dans l'intimité des êtres. Elle conditionnait tous les domaines de la vie. Beaucoup plus qu'autrefois elle brisait des ménages, séparait des amis, poussait à la violence et conduisait au crime. Jamais le fossé entre droite et gauche n'avait été aussi profond. Le « consensus » était une vaste blague à usage électoral. Vers les années quatre-vingt, Patrice Dumby devait prendre la pleine mesure de cette calamité. À l'occasion, tout à fait fortuite, d'un colloque de cinéma, organisé au Sénégal dans le cadre verdoyant du Club Méditerranée. Tandis qu'il bronzait au bord de la piscine et savourait la chair compacte des langoustes, comment eût-il pu deviner que la mort, venue de loin, rôdait aux Almadies ? M.M.

  • Qui est-ce, Patrice Dumby ? D'abord, un garçon qui a eu vingt ans dans les années cinquante-soixante. Nonchalant mais obstiné, rêveur mais lucide, ironique toujours, tendre au fond comme une midinette, réfractaire à beaucoup de choses, notamment aux modes et à la sottise, libre et intransigeant tout ensemble, il se débrouille comme il peut dans une vie qu'il adore, et un monde qu'il n'aime pas trop. Apprentissage, peut-être. Éducation sentimentale, sûrement. Il ne pense qu'à ça ! Ou, si l'on veut, une quête assez stendhalienne du bonheur. Avec une bizarre exigence d'absolu, il cherche la durée et trouve des instants. Un roman qui ressemble à un recueil de nouvelles. Un nouveau héros qui entre en scène. On le retrouvera prochainement dans d'autres aventures.

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