Littérature générale

  • Avoir vingt ans dans les Deux-Sèvres, avec comme horizon d'effroi la guerre d'Algérie, aux approches des années 1960. Samuel Canoby, un jeune étudiant sursitaire, est maître d'internat dans un collège de campagne. Des études de philosophie parmi les champs, la forfanterie des oiseaux. Sa vie distraite au réfectoire, au dortoir, etc. Les moeurs de cet établissement scolaire que dévergondent la végétation, les feuilles, celles des cahiers, des arbres, sur cette terre rouge phosphorique de Melle dont le rouge sert aussi à la correction des copies. Chaque pion a droit à deux jours de congé hebdomadaire pour suivre des cours à la faculté des lettres de Poitiers, 50 km plus au nord. Samuel part, revient. Les saisons passent, bientôt l'hiver au coeur de braise qu'on accélère dans de hauts poêles de fonte, le chahut du printemps. Samuel lit, aime, change souvent de muse, ses amours mal paginées où la marge importe plus que le texte. Abusif rêveur à qui les autres surveillants reprochent ses écarts de pensée, son trouble langage. Que cherche-t-il quand, égaré en de longues promenades, il escalade à la tête de quarante élèves l'insignifiant beau temps, ou s'abrite d'une averse à l'orée d'un bois noir? Comment faire pour échapper à la pesanteur? Atteindre son désert, cette contrée de soi hors de soi? Spinoza l'aide, son maître à penser, à digresser; L'Éthique, l'oeuvre du philosophe, sa boussole du pas de côté, son sextant, sa Croix du Sud, sa rose des sables...

  • Mémoires de Melle, Un jeune homme au coeur d'âne. Enfant, il fut voleur ; adolescent, il aime comme on respire, s'efforçant d'entrer par effraction dans le sentiment des femmes, dans la chambrée obscure de leur sexe. Devant elles, il perd souvent le nord. Justement le voilà à Niort au terme de ce livre, enfin à côté, à Melle, plaisante bourgade des Deux-Sèvres. Mais Melle, prononcé à l'arabe, «Melh», signifie sel. Notre héros qui arrive du Maroc comme on tombe de la lune n'est pas dépaysé. Mémoires de Melle, mémoire du sel, de cette blancheur qui active, réjouit le sang, toute une somme d'événements cuisants, le sel d'aventures passées, égrené, compulsé à Melle. Samuel Canoby en brûle, se rappelle : il revit, de quatorze à dix-neuf ans, ses cinq années d'âne à Casablanca, dans les années cinquante. Le Maroc retrouvait son indépendance, un jeune homme s'efforçait de gagner la sienne. Les Mille et Une Nuits de ses désirs, de ses frayeurs, de son émoi grandissant devant l'Atlantique, ce grand intempérant qui donne l'accolade aux plages. Samuel se revoit dans le hasard des rues, des places, des carrefours. Que cherche-t-il dans les cages d'escalier ? Il en rougit, coup de soleil, coup de chagrin. Il forcit, aucun vêtement ne résiste à sa croissance. «Qu'est-ce que tu uses !» déplore sa mère, une enfant d'à peine trente ans. Toutes ces heures au pain et à l'eau, les démêlés de Charlotte Canoby, de son fils Samuel avec la misère qui les matraque, et autour d'eux la meute des amants voltigeurs, toute cette mêlée confuse criblée d'oublis (les haillons du souvenir) et cette foule étrangère qui dans une autre langue muettement les regarde. Un jour au Maroc, une jeune femme et son ânon pas très vieux...

  • 'Tant d'années depuis cet improbable mystère! Un matin de vacances, Clémence dix ans se penche à une fenêtre plus âgée qu'elle. À trois étages au-dessous de sa personne ensommeillée, quelques touristes, sac au dos, errent, flânent sur les quais d'un petit port breton à l'ancre depuis les commencements du monde. Le soleil perce d'un grand trou jaune le firmament immensément bleu. La mer, sachant que c'est dimanche et lasse de jouer son rôle éternellement écumeux, se satisfait d'énoncer quelques vaguelettes à peine lisibles. De jolis voiliers amarrés le long de la jetée frémissent jusqu'à la pointe de leurs mâts, pris par l'émotion d'un tel beau temps, rare en effet pour une fin février. Soudain... Pourquoi sur les quais ce subit mouvement de recul de la part de si paisibles promeneurs?
    Clémence qui rêvasse toujours à sa fenêtre n'en croit pas ses yeux. Pourquoi? se répète-t-elle, interdite. Faudrait-il qu'elle descende quatre à quatre l'escalier de l'hôtel des Embruns pour en savoir plus, apprendre de la bouche même de tous ces gens les raisons de leur trouble, de cette presque émeute? Ses dix ans hésitent...' Michel Chaillou.

  • 'Il sentit que cela venait d'une manière ou d'une autre mais que cela venait. Il était assis. Combien de fois ne s'était-il pas assis devant cette fenêtre? Le jour avait perdu une partie de sa clarté et lui était désormais trop las pour réagir, aller voi

  • Journal

    Michel Chaillou

    • Fayard
    • 22 Avril 2015

    Auteur d´une oeuvre de premier plan, Michel Chaillou a tenu un journal pendant près d´un quart de siècle. Impressions de lectures, ébauches de romans qu´on voit naître et grandir, doutes et enthousiasmes : comme tout journal d´écrivain, celui-ci ressemble à la visite d´un atelier, créant entre l´auteur et son lecteur une manière de proximité, presque de familiarité. Même quand la notation est lapidaire, la remarque apparemment triviale, le style demeure inimitable, avec ses fulgurances, sa férocité parfois, sa tendresse, son humour, sa poésie. Qu´il croque la silhouette d´un passant, commente Montaigne ou réagisse à l´actualité du jour, il fait entendre sa voix singulière, celle d´un homme habité par la littérature, dont il ne cesse de chercher l´impossible  définition.  Michel Chaillou a obtenu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix des Libraires pour La Croyance des voleurs (Seuil, 1989) et le prix Cazes-Lipp pour La France fugitive (Fayard, 1998). L´ensemble de son oeuvre, qui fait désormais l´objet de travaux et colloques universitaires, a été couronné en 2002 par le Prix de la langue française et, en 2007, par le Grand prix de littérature de l'Académie française. Son décès en 2013 a été accueilli avec beaucoup d´émotion par le milieu littéraire, où se sont multipliés les hommages à son « invention stylistique » (Le Monde), à sa phrase « reconnaissable entre toutes » (La Croix), qui ouvre sur « une vision neuve du monde » (L´Humanité).

  • La fuite en Egypte

    Michel Chaillou

    • Fayard
    • 9 Mars 2011

    Les deux héros de ce livre, perdus sur leurs routes innombrables, seront-ils, si l´autorité publique les rattrape, expulsés de France vers leur contrée d´origine ? Mais justement où se trouve-t-elle cette Petite Egypte des Roms, Gitans, Manouches, Tsiganes, Yénishes, cette patrie légendaire de tous ces gens du voyage qu´aucun géographe n´a jamais su situer jusqu´à ce jour? Rêvera-t-on assez en leur compagnie pour en découvrir le chemin ? Voici donc l´histoire de cette fantasque virée qui me fonda, moi le petit-fils de ce couple d´ombres vagabondes qui s´efforce aujourd´hui de relater leurs aventures. Qu´on en juge ! Un soir d´automne, au début du siècle dernier, une jeune Nantaise du meilleur monde profitant du brouhaha de la brasserie sélecte où elle sirotait sa mélancolie en compagnie de son père, s´enfuit tout soudain avec l´artiste bohémien qui s´y produisait, y chantait. Etait-ce pour ajouter un couplet inattendu à ses obscures rengaines ? Ils courent. Leurs coeurs sautent dans leurs poitrines, ils se tiennent par la main. Comment raconter leurs mains qui se nouent, se dénouent ? Comment ressusciter ce roman de la poussière que lèvent leurs pas voyageurs ? L´objet même de ce livre itinéraire sur la terre féconde !

  • La France fugitive

    Michel Chaillou

    • Fayard
    • 2 Septembre 1998

    A la fois journal de voyage et journal intime, ce livre raconte les péripéties d'une randonnée sentimentale sur quatre roues à travers la France. Deux années de tribulations dans la secousse joyeuse des auberges des bords de route, des hôtels égarés par l'herbe des champs, cette façon de voler les chemins creux, de s'enquérir à la sacristie ou à la mairie de la clé sans serrure de la place des villages, de se laisser absorber par l'étrangeté d'une plaine, le soubresaut d'un mont, de ressentir longtemps après, jusque dans le désordre de ses idées qui alors déferlent, la commotion d'une plage, de courir à la recherche d'on ne sait quoi, d'on ne sait qui, de prêter attention à l'anodin, au peu digne d'attention, d'entendre battre son coeur. La France fuit aux portières de la voiture, sur les bas-côtés. Comment la retenir ? la dévisager ? cerner, décrire son émoi, jupe étalée dans l'antique lavoir qui ne lave plus ? Faudrait-il conduire au rétroviseur ? Comment faire se retourner sur notre passage les personnages jaunis dans les vieilles cartes postales ? Et, a contrario, qu'espérer comme aventures du prochain virage, de la suite de lacets qu'on délace ? Une femme, un homme voyagent en France, en eux s'obstine le sentiment que ce pays aux données repérables en contient d'autres, plus secrètes, qu'une cartographie de ce qui ne se livre pas au premier regard à établir.

  • Deux jeunes hommes, les frères Mercerer, Johan et Dietrich, chevauchent à travers une campagne noyée de brume, escortés par l'homme de confiance de leur père, Samson, dit Sansonnet. Nous sommes en 1650, à l'automne, dans le nord de la Hollande, dans ce pays plat et mélancolique, sans cesse menacé par la mer, qu'on appelait alors les Provinces-Unies. Les trois voyageurs laissent derrière eux Terhorne, port lointain de la Frise, et descendent vers le sud par petites étapes, contournant le Zuiderzee, selon un tracé aussi fantomatique que coloré qui doit (mais est-ce vraiment une obligation?) les mener à Paris. Michel Chaillou a laissé à Johan, le méditatif, le soin de raconter cette étrange odyssée gorgée d'eau, plantée d'arbres à pendus et jalonnée d'auberges inquiétantes, avec l'horizon (le dénouement?) qui se dérobe aussi sûrement qu'un troupeau de nuages sous le vent : «A la dernière maison, soulignée d'une barrière verte, déjà nous n'étions plus rien que trois ombres glissantes, galopantes, affamées de solitude et de ciel profond.»

  • Claude et Claudine Maresquier, lui professeur de lettres, féru de Victor Hugo et de rêveries, elle l'oeil aux aguets et l'ironie mordante, partent un été en vacances à Guernesey, l'île qui accueillit l'illustre exilé et bannit les chiens. Les lettres enflammées que Claude envoie à son cousin psychiatre éveillent l'inquiétude de ce dernier. Il décide, accompagné de son épouse, de rejoindre les Maresquier qui ne donnent bientôt plus de nouvelles. Même hôtel vénérable qui semble comme enchanté par le temps passé, même chambre : un couple en chasse un autre, disparaît à son tour, et le doute s'installe. Ces Français sont-ils ce qu'ils paraissent être, de simples touristes qui enquêtent sur le beau temps ?Quelques semaines plus tard, Charles Mauconseil, un détective qui soupçonne autant les êtres que les choses, part sur leurs traces. Tout lui semble illusions, mirages dans ces îles Anglo-Normandes où la mer, pourvoyeuse d'énigmes, se montre souvent enragée. On entend le ressac, et le lamento d'un chien entre les vagues. A quoi assista-t-il pour gronder ainsi et ne pas se laisser approcher?Michel Chaillou livre ici un grand roman de mystère, envoûtant et poétique.

  • Une famille orageuse descendue des Alpes, tonnerre assorti d'éclairs. Le plus illustre d'entre eux, Gabriel Honoré Riqueti, comte de Mirabeau, tête hurlée de la Révolution française à ses débuts. Né un 9 mars 1749 d'un père génial et cruel, Victor Riqueti, l'auteur célèbre de L'Ami des Hommes, et d'une mère, Marie-Geneviève de Vassan, une indolente du Limousin si endormie qu'elle sait à peine qu'elle existe, l'enfant crie son être lyrique par les bois et les forêts d'un pays où il voit le jour tout à fait par hasard, en Gâtinais, pays du miel et des étangs sourds. Elevé par sa nourrice à la forge du village, il y apprend très vite à tutoyer le feu, d'où cette éloquence de tribun du Tiers Etat qui brûlera l'âme. Aurait-il été guillotiné durant la Terreur ? Il meurt de toute façon avant qu'on l'achève, le 2 avril 1791, épuisé semble-t-il par une vie dissolue, de multiples prisons. La Nation en pleurs accompagne en terre son héros, mais deux ans plus tard, suite à une prétendue trahison, disperse férocement ses restes dans une tourbe anonyme. Au printemps 1796, un homme revient sur les premiers pas de Gabriel Honoré au Bignon, son village natal entre Nemours et Montargis, à la recherche de ce que fut Mirabeau enfant, puis jeune homme, se souciant d'apprendre comment son esprit se levait avec le soleil, se couchait avec les ombres. Les témoins existent encore des premières années. Mais comment démêler le vrai du faux ? Enquête cousue de fils blancs, de fils noirs ? On ignore tout de l'enquêteur, qui semble venir d'un autre temps. L'homme interroge, ajoutant son mystère à celui de ses propres questions.

  • Le dernier romain

    Michel Chaillou

    • Fayard
    • 4 Février 2009

    De retour de la guerre d´Algérie, un jeune professeur de lettres est affecté dans le vénérable lycée de Montauvert. Ici, nulle embuscade à craindre : les cours, les collègues, la rivière qui s´empresse, tout paraît paisible dans cette province du centre de la France qui tamise les bruits du monde. Aussi notre Samuel Canoby retrouve-t-il peu à peu sérénité et allégresse. N´était-il pas jusque là assez âne pour s´imaginer que des balles toutes mortelles pouvaient l´atteindre depuis l´Algérie ? C´est que justement, au cours de son service militaire dans ce pays hostile, il a marché dans Madaure, la cité romaine où naquit, en 125 après Jésus-Christ, Apulée, le célèbre auteur latin de L´Ane d´or, ce récit fabuleux où un jeune homme de son âge changé en âne doit, pour retrouver son enveloppe humaine, croquer des roses. Or Samuel n´en croque-t-il pas, déclinant en bon latiniste et Romain de coeur la fleur de ses successives compagnes ? Espère-t-il en aimant ainsi à tous vents quitter ses angoisses enfantines et finir par acquérir une stature d´adulte responsable ?
    Et tout ceci nous revient par la bouche illusoire d´un vieil homme qui conte les frasques de sa jeunesse, alors que ses traits se désunissent au miroir de ses heures.

  • Deux amis poètes, l'un professeur de littérature, Michel Chaillou, et l'autre de mathématiques, Jacques Roubaud, conversent sur la transmission des connaissances. La matière qu'ils enseignent comme leurs lectures sont très éloignées mais leur stratégie et leurs interrogations sont les mêmes : « Peut-on transmettre un savoir ? Enseigner quoi et à qui ? Si on note, qui note celui qui note ? ... »
    Empruntant pour leurs conversations l'identité de deux illustres devanciers, figures néanmoins oubliées, Balthazar Baro, secrétaire d'Honoré d'Urfé, poète de Valence, mort en 1650 pour Michel Chaillou et Arthur Cayley, algébriste célèbre, mort en 1895 à Cambridge, pour Jacques Roubaud, ils échangent leurs points de vue sur la plage d'Etretat. Au cours de ces entretiens qui se déroulèrent de 1992 à 1993 et furent publiés dans « Le Monde de l'Education » à l'initiative de Frédéric Gaussen, le lecteur reçoit les plus drôles et les plus jouissives réparties que les deux poètes érudits qui marchent et rêvent ensemble s'envoient, en se jouant de leur savoir et de leur langue.
    Une merveille !

  • Paris sous Henri IV, Louis XIII. Malherbe parle à Racan, Maynard sort à l'instant. Au cabaret chahute Saint-Amant. Théophile est au cachot. Connaissez-vous Siméon-Guillaume de la Roque ? Sur le pont Neuf qui vient juste d'enjamber la Seine officie Tabarin. Comment ressusciter la rime de tous ces pas perdus ? Qui se rappelle Pierre Motin ? Lire comme on flâne, herborise, soucieux autant de la fleur du bien-dire que du mot mauvais garçon qui fait les poches des carrefours. Déambuler, paresser dans l'air du temps, attentif aux mille détours de la phrase à ceux de la rue, cette autre phrase. Ce petit guide du Tout-Paris littéraire du XVIIe siècle mutine des portes, les entrebâille, les ouvre, s'efforce de prendre un siècle en filature, tant d'ombres évanouies, d'auteurs que plus personne ne réclame. Subsistent heureusement leurs livres, cette autre façon de trébucher sur un seuil, d'entrevoir les premières marches d'une histoire et le ciel à la lucarne qui alors l'abritait, les nuages, le souvenir vain d'anciens soleils. Prix des Libraires 1989 pour La croyance des voleurs, Michel Chaillou a publié depuis d'autres romans, parmi lesquels Mémoires de Melle (1993), La Vie privée du désert (1995 ), Le Ciel touche à peine terre (1997), ainsi qu'un récit, La France fugitive (1998).

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