Littérature générale

  • Denise s'est entichée de Paul, le narrateur. C'en était gênant au début. Alors, malgré ses habitudes volontiers casanières, il n'a pas refusé. Ensemble, ils ont passé un an dans son appartement parisien, une année de routine sans tellement se divertir. Lui, le matin, se rend à son bureau quand elle ne sort pas, car Denise est un chien, de bonne taille, un bouvier bernois, une femelle, ancienne élève de l'école des chiens d'aveugle, un cancre recalé pour sa couardise urbaine. Jeune de quatre ans, elle avait de faux airs de Bakounine.
    Entre eux, l'ordinaire des sempiternelles vadrouilles urbaines se limite à trois sorties quotidiennes dans une géographie relevant plus du pâté que du quartier, un pâté autour duquel ils tournent ensemble, sans varier, des flâneries au carré. Elle s'en contente, en bête, la langue souriante, le croupion au roulis, ses cuissots qui ressemblent tellement aux contours de l'Afrique. Un an de la sorte, Paul s'en fait une peine, tellement que, pour quatre jours, lui et la chienne s'offrent une escapade. Denise au Ventoux.
    Mais que s'est-il passé à la descente entre Denise et son maître sur les gradins du grand Ventoux?? Subitement les voici face à face, comme jamais, rassemblés dans une calme éternité.

  • Mai 1945, les troupes soviétiques hissent le drapeau rouge sur le toit du Reichstag, à Berlin. Trois années passent et partout dans les rues de Leningrad traînent des vétérans, héros déchus, patriotes aux bravoures affadies, des «?rabroués de l'armée?», une jeunesse physiquement injuriée qui ternit les lendemains de la victoire. Une partie de ces parasites sera reléguée à Valaam, une île de Carélie perdue sur le plus grand des lacs d'Europe. Le livre s'ouvre sur un travelling de la petite communauté insulaire avant de se fixer sur deux protagonistes, Kotik et Piotr, amis comme cochons. Tout les rapproche, les dates, leur âge, leurs médailles et blessures, l'élan soviétique, leur jeunesse avortée, leur pension de vétérans, la vodka, mais plus encore. Confinés sur l'île, les deux compères vouent un culte à Natalia Mekline, une aviatrice (1922-2005), une héroïne inaccessible et soeur. Ils connaissent ses bravoures, ils possèdent d'elle une photographie qu'ils déplient chaque soir?; un rituel. Après quatre ans de proscription sur l'île de Valaam, Kotik et Piotr nourrissent le projet de quitter la colonie, de traverser le lac pour aller lui rendre hommage. Leur équipée est prête, les voilà partis...

  • Rompant avec une tradition qui décrit latmosphère monacale des ateliers de copistes du Moyen Âge, ce roman met en scène un scribe très laïque, Raoulet dOrléans personnage réel, il fut lun des copistes attitrés de Charles V , bon vivant, hâbleur, peu chatouilleux sur les mystères de la religion.
    Animant un atelier familial au cur de Paris, actuelle rue Boutebrie, il a pourtant copié des bibles à tour de bras mais, incapable détablir le silence et de se concentrer très longtemps sur ses rectangles de parchemin, il a pour habitude de fréquenter les tripots des barrières, ceux de Montfaucon notamment, le grand gibet de Paris.
    Au-delà de lintrigue qui se noue autour dun mystérieux faussaire venu simmiscer dans les commandes royales de Raoulet, ce roman en fome de parabole médiévale restitue lombre de limprimerie qui plane sur le siècle et suggère une méditation sur lavènement contemporain du numérique.

  • Trois conversations entre un spécialiste de Jules Verne et trois de ses amoureux nous permettent de redécouvrir ce grand écrivain de la modernité. Julien Gracq, tout en évoquant l'émerveillement de sa découverte, enfant, des Voyages extraordinaires, analyse les vertus littéraires et montre l'aspect géographique de l'oeuvre. Michel Serres éclaire le pan scientifique, la communication, mais aussi les mythes, les religions, la littérature, la philosophie, etc. Régis Debray s'attache au côté humain, social, politique de l'oeuvre et à son rapport à la démocratie.
    Tous trois nous offrent une longue promenade durant laquelle ils font voler en éclats bon nombre de lieux communs. En éclairant la magie particulière que l'on ressent à la lecture des Voyages extraordinaires, ils mettent en lumière l'entreprise infiniment précieuse de celui qui, un siècle durant, sut se faire le passeur entre la science et la société de son époque.

  • Non loin du réquisitoire poétique, Un ciel sans preuve dresse un constat lucide sur un nouveau paradigme; la gouvernance par les nombres. Inspiré par la vision antagoniste entre l'humain et son milieu, l'auteur pose un regard humaniste tout autant que poétique sur la démesure du progrès et la dissonance sociétale qui en découle. Au coeur de cette opposition, l'effacement paradoxal du monde réel au profit de sa surreprésentation quantifiée.

  • "Une fin en soi" donne à voir et à entendre les multiples relations entre les êtres et les objets, entre les poètes et leur source d'inspiration. Mais c'est avant tout à un regard empathique posé sur des poètes tout autant lumineux qu'évanescents que cette poésie nominative nous convie. Une économie de mots inversement proportionnelle à la densité des propos laisse pressentir la brillance des artistes évoqués ; la fulgurance de leur inspiration.

empty