• Le duc de Choiseul a été maître de la France pendant douze ans. Principal ministre de Louis XV, son oeuvre est considérable : il mit fin au désastre de la guerre de Sept Ans, restaura la marine, réforma l'armée, prépara la revanche contre l'Angleterre et libéralisa l'économie.
    On croit connaître ce brillant ministre qui resta au pouvoir de 1758 à 1770. Homme de guerre, Choiseul fut l'un des artisans du grand basculement mettant fin à deux siècles de lutte acharnée entre la France et l'empire des Habsbourg. Redoutable homme de cour, il sut se ménager l'appui de Mme de Pompadour, mais fut disgracié parce qu'il refusa la fulgurante ascension de Mme du Barry.
    Mais le duc de Choiseul, c'est aussi et avant tout un style, un ton cynique, brillant, parfois méchant, celui d'un grand seigneur, amateur d'art. De la Lorraine, où il est né, à la Touraine, qu'il a choisie, il représente l'art de vivre au XVIIIe siècle. En s'appuyant notamment sur les écrits de Choiseul, Monique Cottret dresse le vivant portrait de celui qui, à l'égal d'un Richelieu ou d'un Mazarin, fut l'un des hommes d'État les plus importants du siècle des Lumières.


  • Une synthèse claire sur un sujet complexe, l'histoire d'un phénomène spirituel et politique marqué par une résistance obstinée à la violence du pouvoir, et dont bien des échos demeurent actuels.

    Personne ne s'est jamais réclamé du jansénisme. Le terme est une injure. Il transforme en sectateurs d'un obscur évêque du XVIIe siècle, Jansenius, ceux qui se voient comme les plus fidèles disciples de saint Augustin, les seuls catholiques véritables. Né au temps du baroque, le jansénisme a marqué de son empreinte spirituelle et culturelle le Grand Siècle puis les Lumières. Les engagements religieux, politiques, sociaux des jansénistes ont traversé la révolution et laissé des traces dans les siècles suivants. Dans la mémoire commune cependant, le jansénisme demeure un moment de la culture classique, entre Pascal et Racine. Il renvoie aussi aux religieuses de Port-Royal résistant au nom de leur conscience contre toutes les autorités, de l'Eglise et de l'Etat.
    Aucune autre forme de contestation religieuse, à l'intérieur du catholicisme, n'a eu de telles conséquences ni une pareille postérité. Cette grande synthèse s'attache à en souligner la diversité ; la pluralité est une force qui permet à cette mouvance de renaître après des périodes de persécution. Les débats théologiques, les arguments judiciaires, les condamnations et les procès ne suffisent pas à rendre compte du rayonnement du jansénisme, de sa diffusion dans tous les milieux. En persécutant les vieilles religieuses, en détruisant le monastère, en chassant les morts de leur cimetière, Louis XIV a, bien involontairement, contribué à légitimer leur révolte. Construit sur une surévaluation de temps historiques glorieux, le jansénisme critique le présent et annonce parfois l'avenir avec les armes du passé.

  • Le rideau s'ouvre sur la Florence du xvie siècle : Lorenzo de Médicis, alias Lorenzaccio, vient de poignarder son cousin Alexandre. Comme la politique, le tyrannicide moderne naît dans la patrie de Machiavel. L'ouvrage se termine avec l'exécution de Louis XVI en 1793. Dans l'Europe moderne, tuer le tyran peut devenir légitime, comme l'enseignent la Bible avec Judith trucidant Holopherne, et l'histoire ancienne célébrant Brutus assassin de César. Mais comment distinguer entre le roi et le tyran ? Saint-Just résout la question d'un trait : « On ne règne pas innocemment. » Monique Cottret montre que, entre les grands principes et la
    réalité, le choix n'est pas si simple. Dans le passage de la théorie raffinée à l'acte brutal, l'imaginaire tient une grande place : Jacques Clément, meurtrier d'Henri III, fut considéré par certains comme un saint alors que, trente ans plus tard, le couteau de
    Ravaillac, il y a tout juste quatre siècles, transforme Henri IV en héros. Charles Ier d'Angleterre, Pierre III de Russie, de quoi au juste étaient-ils coupables ? A quoi songeait Damiens, brandissant son canif contre Louis XV ?
    C'est ici l'histoire politique d'une idée où la mort entretient des relations privilégiées avec le sacré.
    Monique Cottret est professeur d'histoire moderne à l'université de Nanterre où elle dirige le Centre d'histoire sociale et culturelle de l'Occident. Spécialiste des phénomènes politiques, religieux et culturels, elle a notamment publié La Bastille à prendre (1986), Jansénismes et Lumières (1998), Culture et politique dans la France des Lumières (2002), et avec
    Bernard Cottret, Jean-Jacques Rousseau en son temps (2005).

  • La prise de la Bastille constitue le point d'ancrage de l'histoire républicaine. La commémoration du 14 juillet 1789 enserre cet événement fondateur dans un réseau d'interprétations où s'affrontent les forces de la mémoire et de l'oubli. À l'approche du bicentenaire, il a semblé pertinent de s'interroger sur le fonctionnement de la Bastille avant sa chute. Qui étaient les embastillés ? Pour quels motifs la justice royale expédiait-elle ses victimes dans la forteresse du faubourg Saint-Antoine ? De la légende du Masque de fer, aux révélations d'un Linguet ou d'un Latude, comment une Bastille imaginaire (lieu de toutes les souffrances, toutes les horreurs, tous les débordements) s'est-elle peu à peu imposée à l'opinion ? Comment cette prison est-elle devenue le symbole même de l'arbitraire, la Perse au coeur de Paris, comme on le murmure sous le règne de Louis XVI... ?

  • Le XIIIe siècle est mouvement et diversité, libertin et libertaire, cosmopolite et patriote, voué au bonheur et apôtre du sacrifice... Siècle des Lumières, il se place d'emblée sous le signe de la culture et évoque avant tout une triade de philosophes, Montesquieu, Voltaire, Rousseau et une entreprise littéraire, l'Encyclopédie. Il renvoie au triomphe toujours fragile des idées de raison, progrès et tolérance. Michelet l'a appelé « le Grand siècle » et Saint-Just l'a placé au « panthéon de l'histoire » ...La culture, donc, une évidence, mais la politique ? On pourrait évoquer la séparation des pouvoirs, l'invention des droits de l'homme et du contrat social, l'interrogation sur la souveraineté et la représentation en des termes qui sont toujours les nôtres.Le XVIIIe siècle a pourtant ses détracteurs et la présente étude prétend en restituer toute l'épaisseur et la complexité, de la mort de Louis XIV à celle de la monarchie, à la recherche de convergences, d'imbrications, de rencontres.Un livre pour tous les curieux d'une époque d'exception. Celle qui, de Fragonard à David, est allée, selon la formule de Jean Starobinski, « de l'escarpolette à l'échafaud ». Monique Cottret est professeur d'histoire moderne à l'université Paris X-Nanterre. Spécialiste des phénomènes politiques, religieux et culturels, elle a notamment publié sur le XVIIIe siècle La Bastille à prendre (1986) et Jansénismes et Lumières, pour un autre XVIIIe siècle (1998).
    Introduction : Culture et politique. L'esprit de la Régence (1715-vers 1730). Un souffle nouveau. Continuités et normalisation. Le coeur des Lumières (vers 1730-vers 1770). Confort, confiance et modération. Le tournant des années 1750. Le temps de Choiseul. L'esprit de géométrie (1771-1792). Les réformes impossibles. La Révolution des Lumières. Guerre, révolution permanente, révolution culturelle. Conclusion : Lumières et Révolution.

  • La Renaissance catholique qui suivit le concile de Trente est justiciable de deux lectures historiques concomitantes. Elle fut durcissement des structures, enrégimentement des masses par un clergé mieux tenu en main, puissante entreprise de catéchèse, et cela grâce à l'appui de l'État. Mais elle fut aussi sainteté et piété. Ces deux aspects, qui peuvent paraître contradictoires l'un avec l'autre, cohabitèrent en réalité dans le vécu quotidien. Et si une christianisation quantitativement importante résulta de l'action méthodique de l'Église romaine, c'est parce que cette action fut qualitativement doublée, appuyée, vivifiée de l'intérieur par des trésors de dévouement, d'héroïsme, de charité, de spiritualité, d'imagination créatrice.
    Se pose toutefois la question des limites de la christianisation ainsi réalisée entre l'arrivée de Luther sur la scène historique et l'époque de la mort de Voltaire. À peine remis de la secousse protestante, le catholicisme dut affronter le choc des « Lumières ».

  • Depuis les travaux qui ont renouvelé les perspectives en histoire diplomatique, de nombreux chercheurs se sont intéressés à la culture de la paix, notamment à travers ses rituels. Des historiens se sont penchés sur les modes et les techniques de négociation, ainsi que sur les pratiques de conciliation ou l'idéal de réconciliation, voire de fraternité universelle. Plus récemment le domaine de l'histoire religieuse s'est ouvert à ces problématiques. Sous l'impulsion des recherches menées sur la justice, l'arbitrage et la pacification des conflits d'ordre privé sont entrés dans les champs de la recherche historique. Après s'être interrogés sur les guerres et les affrontements de religion, sur les difficultés de la tolérance, sur les manifestations de violence et d'inimitié, de nombreux chercheurs mettent désormais en avant la notion de coexistence et étudient le rôle des clercs dans différentes instances de conciliation en s'intéressant aux procédures de pacification. Le présent volume se propose de tester la pertinence de ce thème de la (ré)concilation dans le monde médiéval et moderne en faisant porter le questionnement sur l'ensemble des rapports sociaux : du politique au religieux et au culturel en passant par le judiciaire.

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