• La création d'utérus artificiels permettant la réalisation d'une gestation en dehors du ventre maternel est aujourd'hui un programme de recherche affiché par plusieurs laboratoire et pourrait se réaliser dans un avenir proche. Mais avec quelles conséquences pour l'enfant ? De nombreuses interrogations essentielles doivent être posées, une nouvelle vision de l'humanité en dépend. Cet essai tente de dépassionnaliser le débat autour des utérus artificiels afin de penser la reproduction à l'ère de l'ectogenèse, au-delà des fantasmes et des évidences, jusqu'alors admises, qui l'entourent.

  • Soucieux d'enrayer la mainmise du pouvoir biotechnologique sur le vivant humain, le législateur a institué depuis 1994 la protection de l'espèce humaine. Au fil des lois successives de bioéthique, l'espèce humaine est devenue l'une des valeurs les mieux protégées du droit français, justifiant les sanctions pénales les plus sévères et les interdictions les plus absolues. Fait troublant, assurément, quand on sait que la notion d'espèce humaine n'a de consistance, ni juridique, ni biologique. Faut-il dès lors penser que sa protection garantie par le droit relève du pur arbitraire politique ? Et que penser par ailleurs d'un système juridique qui s'appuie sur des données faussées de la biologie pour définir ses valeurs ?
    L'examen attentif de l'idée d'espèce humaine, tout empreinte de moralisation désordonnée, suggère ainsi que le droit qui lui donne la primauté, au détriment de l'individu et au mépris de la personne, n'est pas tout à fait un droit. Cherchant avant tout à vérifier la conformité biologique des individus à l'étalon normatif de l'espèce, il s'agirait plutôt d'un contrôleur de pedigree. Obsédées par la constitution génétique et biologique, les dispositions relatives à la bioéthique sèment le trouble dans les fondements mêmes du droit, remettant en cause la notion de sujet de droit et s'apprêtant à exclure de l'humanité les individus conscients dont la naissance ne répondra pas aux critères de naturalité imposés par le sacre de l'espèce humaine.
    Il est donc urgent de repenser les fondements de la bioéthique et de redonner au droit toute sa force en tentant de lui indiquer ce qu'il s'apprête à oublier : le fait de la naissance.

  • Lancée en France en 1968, la rationalisation des choix budgétaires, dite RCB, constitue une séquence importante des politiques de réforme de l'État sous la Ve République. Elle est la première tentative d'une introduction généralisée du management dans la gestion des finances publiques. Croisant les approches d'historiens, de sociologues, de politistes et de juristes, cet ouvrage rassemble des enquêtes originales qui analysent les nombreuses dimensions de cette politique : la genèse et le développement des savoirs et des techniques de rationalisation des choix budgétaires ; le processus de réforme, les coalitions et les luttes de pouvoir au sein de l'appareil d'État auxquelles il donne lieu ; enfin, son institutionnalisation dans l'administration française, ainsi que les appropriations variées dont la RCB a fait l'objet dans les différents ministères. Ce livre est le troisième volume d'une série d'ouvrages sur l'histoire de la gestion des finances publiques au xixe et au xxe siècle. Le premier volume (1815-1914) étudiait le développement intriqué d'un droit public financier et des premiers instruments gestionnaires lui donnant corps dans l'administration. Le deuxième volume (1917-1967) mettait en évidence la figure dominante du contrôle, sous toutes ses formes, appliqué à la dépense et à la gestion des services publics. En étudiant les dynamiques de réforme rangées sous le nom de rationalisation des choix budgétaires, le présent ouvrage montre comment la RCB se situe à la charnière de deux périodes et de deux conceptions du pilotage de l'État central : celle de la planification et des instruments de programmation de l'action publique ; celle du management public et du développement des méthodes modernes de gestion.

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