• Le temps des vertus magiques prêtées aux primaires, du renouvellement de la vie démocratique à la rénovation des partis, aura été de courte durée. Des États-Unis à la France, l'heure est aujourd'hui au désenchantement. Ce retournement d'image doit nous interroger. Comment cet instrument de régulation de la compétition politique a pu se muer en facteur de divisions et d'imprévisibilité électorale ? Pour interroger cette crise de la primarisation des systèmes partisans, les enquêtes rassemblées dans cet ouvrage, menées de l'Argentine à la Russie, montrent pourquoi la contagion de ce système électoral ne saurait se lire comme le simple résultat d'une adaptation mécanique du modèle nord-américain ou d'un processus irrésistible de diffusion. C'est le paradoxe de ce nouveau standard international de désignation. Alors qu'il peine de plus en plus à démontrer son efficacité et sa légitimité, le retour aux modes de sélection antérieurs reste plus que jamais un sujet tabou pour les partis.

  • Le dialogue est-il au coeur de notre vie sociale ? Est-il aujourd'hui un pilier de la démocratie ? Un remède au conflit ou un rempart contre les passions et la violence ? Quels échanges permet-il entre élus et citoyens ou entre experts et profanes ? L'ouvrage tente de répondre à ces questions par la critique des théories et des pratiques du dialogue et de leurs usages politiques. Il prend le parti d'explorer les points aveugles du dialogisme et de ses méthodes, de la logique à l'anthropologie, et de l'éthique à la politique, à partir d'auteurs tels que Habermas, Jacques, Latour, Callon, Mansbridge, Rosanvallon, Honneth. Il s'appuie en outre sur un ensemble de cas qui révèlent les conditions et les limites du dialogue dans une variété d'arènes, de la sphère publique à la sphère privée : Grenelle de l'environnement, débats publics, jurys citoyens, organisations de travail... L'ouvrage tire toute sa richesse des contributions de chercheurs confirmés issus de plusieurs disciplines (philosophie, linguistique, sociologie, science politique,...).

  • En s'imposant d'abord en 2006 sous une forme « fermée », puis dans un cadre résolument « ouvert » en 2011, la procédure des primaires n'a pas seulement désigné pour le PS une nouvelle profession de foi démocratique. En déplaçant près de 3 millions de sympathisants socialistes, elle a également inventé un système inédit de sélection des candidats qui irrigue désormais l'ensemble de la vie politique française. Longtemps considérées comme contraires à la culture politique hexagonale et à l'esprit des institutions de la Ve République, les primaires sont aujourd'hui érigées en modèle de participation par les partis politiques, d'EELV à LR. Ce sont les enseignements des recherches proposées par cet ouvrage : la machinerie partisane et l'ingénierie électorale qui donnent le visage des primaires représentent plus qu'une solution procédurale choisie par des formations politiques en crise de leadership. Elles résultent aussi de l'adaptation de la pratique américaine à la culture française d'un fait majoritaire fragilisé depuis 2002 par l'émergence de la tripartition de l'espace politique. Par la rapidité et l'ampleur de leur transposition, elles consacrent également une offre militante, une pratique civique, un rituel de légitimation, un défi logistique et une mise en récit de la vie partisane qui encadrent de manière nouvelle les façons d'élire et de se faire élire. Le choix des primaires ne saurait cependant se lire comme le simple résultat d'une adaptation mécanique d'un système d'investiture étranger. La perte du monopole de la désignation de leur candidat n'a été concédée par les élites et les adhérents de ces organisations qu'au prix de la conservation de la maîtrise des règles du jeu partisan. Les primaires constituent bien en cela un mode de régulation de la concurrence par-delà leur caractère démocratique. L'objectif de cet ouvrage collectif est de revenir sur les processus qui ont conduit à l'adoption - de la pression réformiste à la délégitimation des modes de sélection traditionnels -, à l'organisation du scrutin - de la dimension matérielle du vote aux impacts médiatiques de la campagne - et la diffusion de la procédure au niveau local - de la contagion mimétique aux limites des effets d'entraînement dans les territoires - de cette nouvelle technologie de désignation des candidats en France.

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