• L'apprenti

    Raymond Guérin

    Avec le langage même de la vie, l'auteur relate la confession d'un garçon d'étage voyeur et onaniste. L'humanité, considérée comme un entomologiste regarde les insectes, y semble cruellement dépersonnalisée, ce qui est une façon de peindre le malaise de l'homme moderne.

  • "Mais, tout de même, quand vient la fin, c'est là qu'on mesure à quel point tant et tant de perceptions, de visions, d'émotions, de sensations restèrent étrangères à mon père. Il s'est ruiné la santé, il s'est tué de travail, il a toujours vécu comme un malheureux, comme un paria, comme un esclave, et tout cela pour aboutir à quoi ? à cette faillite totale, à cette chute dans le trou sans fond d'une atroce maladie mortelle ! Oh ! je tiens compte des circonstances parfois pénibles dans lesquelles il dut se débattre. On ne peut pas juger avec les mêmes règles la vie de l'enfant riche et la vie de l'enfant pauvre. Il fallait que mon père se batte avec la vie avant de songer à en jouir."

    "Quand vient la fin n'a visé qu'à atteindre une certaine crédibilité par dessus les principes et les conventions. Je ne prétends pas que l'art doive uniquement enfanter des oeuvres d'entomologiste ou de clinicien, et j'admets un art de la fiction où l'auteur tiendrait compte des illusions qui permettent aux faits nus d'avoir aussi leur climat fabuleux. C'est ce que j'ai appelé la mythologie de la réalité. Chaque écrivain pouvant créer la sienne, selon son tempérament."
    Raymond Guérin.

  • Monsieur Hermès, le héros de L'apprenti, se retrouve à vingt-trois ans dans la déprimante atmosphère de Portville (en laquelle il est facile de reconnaître Bordeaux). Cherchant à échapper à la tyrannie mesquine de ses parents, il se mêle à l'ancienne bande de ses amis d'enfance, participe à leurs jeux et aventures, fonde une revue littéraire qui échoue et passe, sans s'en apercevoir, à côté de l'amour que lui porte en secret la charmante Delphine.

    Introduit chez les Poujastruc, il goûte le confort, la sérénité et l'apparente sagesse d'une famille bourgeoise, épouse Caroline Poujastruc, lui révèle l'amour sensuel, s'efforce d'atteindre un idéal, devient veuf. À la fois désolé et soulagé, il se lance dans les affaires, écrit un roman et prend pour maîtresse la femme de son associé. Puis, lassé, il rompt au moment où son roman est accepté par un éditeur, gagne Paris où il retrouve huit ans après l'avoir quittée, Delphine. Tous deux comprennent enfin qu'ils s'aiment et vont commencer une vie nouvelle.

    Dans cette chasse éperdue au bonheur, dans cet étrange foisonnement de rêves et d'aspirations qu'est Parmi tant d'autres feux..., bien sûr, c'est l'Amour qui prédomine, entrecroisant ses thèmes, du chevaleresque au vénal et du passionnel à l'élégiaque, mais apportera-t-il la paix de l'esprit à notre héros ?

  • "D'un côté, on voit un mari cocu, bafoué, grugé qui, sachant qu'il avait épousé une femme indigne et très inférieure à son milieu, essayait malgré tout de maintenir debout son ménage, en reportant son affection sur ses enfants.
    De l'autre, un mari toujours cocu, sans doute, mais qui ne l'a pas volé ; un mari jaloux, grippe-sou, tyrannique, brutal, sans aucune moralité, cynique (et dans le sens le plus péjoratif qui soit) ; bref, un mari impossible et pour lequel on ne peut avoir que mépris.
    Entre ces deux portraits, si dissemblables, où est donc le véritable Barcenas ?"

  • De ce fort manuscrit écrit au stalag, Guérin tira en 1953 Les Poulpes. Récit de sa captivité, sa mort, en 1955, l'a empêché de réécrire ces pages qui relatent la déroute de 1940.  Le stalag tourne à la caque fétide où marinent des grimaces d'hommes réduits à leurs sobriquets, rivés à leurs besoins. On fait mine de rien. Conçue pour être retravaillée, la première partie de ce journal est restée inédite. La voici, concentrée en ses plus noirs extraits. Ces « crayonnés au bivouac » dressent la carte du Tendre de la déculottée militaire et du déshonneur national. Plus de cinquante ans après, sans toilette de style ni polissage, revoici le mai, le triste mai 40 : le temps de la sottise et du soudard roi.

  • Empédocle, c'est un garçon de notre temps, un garçon que nous connaissons bien : la sottise l'écoeure, il voit, mieux qu'un autre, monter les périls, il sait aussi quelle part d'extravagance, de mauvaise foi et d'aveuglement entre dans les doctrines toutes faites au nom desquelles les hommes se haïssent et vont s'entretuer. Et il refuse de mêler sa voix à ce concert assourdissant, de prendre part au dialogue des sourds qui ont entrepris de mener le Monde.
    Naturellement, il a essayé, - et un peu, il faut bien le dire, pour l'amour d'une fillette, - d'agir sur son temps comme disent les gens sérieux. Mais Empédocle a une tare - un vice congénital qui l'empêchera de
    réussir : il a de l'humour et point d'hypocrisie. Il ne peut pas gagner. Il perdra donc - mais avec beaucoup d'application. II osera, face aux folies des engagements, signifier sa révolte, et inscrire son destin dans un refus qui fut tragique, et qui est exemplaire.
    On sait qu'un peu plus tard il disparut comme tout le monde dans un volcan.

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