Œuvres classiques

  • Extrait : Pour la première fois de cette inoubliable journée, il se fit quelques secondes d'un silence tel qu'on entendit parfaitement la respiration de cette bête monstrueuse, qui règne sur les nations civilisées, la Bourse. Puis, il y eut une bousculade au pied de la petite tribune où se tenaient deux employés à visage impassible, quoiqu'en réalité leurs nerfs fussent tendus comme des cordes d'arc. Le premier poussa une clef, la grande aiguille de l'indicateur oscilla un peu, descendit sur 158, commença à remonter ; le second frappa un rappel sur son Morse, et les trois chiffres prestigieux, 160, apparurent à Chicago juste au moment où l'aiguille de New-York les indiquait sur le cadran.

  • Le texte rêve : manière de dire qu'un écrit littéraire vit une vie nocturne et que, de cette vie, nous pouvons entrevoir quelques fantômes. Manière de reconnaître qu'un lecteur attentif peut amener un tel écrit à raconter, dans une autre langue, ce qui se passe sur la scène obscure qu'on dit être celle de l'inconscient. Manière de suggérer que le critique peut éclaircir, un peu, la nuit, reprendre en écho la rumeur, afin que le public sache où porter ses pas, à quoi prêter l'oreille. Pour que lecture et écriture manifestent leur séduction, en donnant occasion à quelque vérité de se produire au jour, il faut qu'elles nous fassent rêver, il faut qu'elles nous incitent à rêvécrire, chacun pour son propre conte... Pourquoi lire Pharsamon ? N'avons-nous pas, sur le même thème, Don Quichotte et Madame Bovary ? Et pourquoi aller fouiller dans les essais de Marivaux débutant quand nous connaissons les fruits de sa maturité ? Ignorer ce roman serait se priver à la légère d'un grand plaisir : sous les oripeaux de la parodie, dans son comique directement affronté à l'angoisse, il parle. Comme on s'étourdit. Moins pour délivrer un message que pour libérer un secret. Il parle à ne plus savoir comment finir, sous le feu croisé des vérités qui lui échappent : qu'il est difficile de sauver la parole quand la relation avec la mère, dominée par l'abandon et la haine, compromet l'accès au langage ; qu'il serait plus facile d'aimer les femmes si elles n'existaient pas ; qu'aborder le sexe, c'est risquer que la tête et le reste vous tournent. Surtout : comment sortir du manège où le désir parental vous enferme ? À défaut d'en rire on peut en écrire...

empty