Gallimard

  • "- Zazie, déclare Gabriel en prenant un air majestueux trouvé sans peine dans son répertoire, si ça te plaît de voir vraiment les Invalides et le tombeau véritable du vrai Napoléon, je t'y conduirai.
    - Napoléon mon cul, réplique Zazie. Il m'intéresse pas du tout, cet enflé, avec son chapeau à la con.
    - Qu'est-ce qui t'intéresse alors ?
    Zazie ne répond pas.
    - Oui, dit Charles avec une gentillesse inattendue, qu'est-ce qui t'intéresse ?
    - Le métro."

  • Le narrateur rencontre, dans un autobus, un jeune homme au cou long, coiffé d'un chapeau orné d'une tresse au lieu de ruban. Le jeune voyageur échange quelques mots assez vifs avec un autre voyageur, puis va s'asseoir à une place devenue libre. Un peu plus tard, le narrateur rencontre le même jeune homme en grande conversation avec un ami qui lui conseille de faire remonter le bouton supérieur de son pardessus.
    Cette brève histoire est racontée quatre-vingt-dix-neuf fois, de quatre-vingt-dix-neuf manières différentes. Mise en images, portée sur la scène des cabarets, elle a connu une fortune extraordinaire. Exercices de style est un des livres les plus populaires de Queneau.

  • On connaît le célèbre apologue chinois : Tchouang-tseu rêve qu'il est papillon, mais n'est-ce point le papillon qui rêve qu'il est Tchouang-tseu ? De même dans ce roman, est-ce le duc d'Auge qui rêve qu'il est Cidrolin ou Cidrolin qui rêve qu'il est le duc d'Auge ?

  • "Je suis détective privé, et depuis pas mal de temps. Je suis un loup solitaire, célibataire, bientôt entre deux âges et fauché. Je me suis retrouvé en taule plus d'une fois et je ne m'occupe pas d'affaires de divorce. J'aime l'alcool, les femmes, les échecs et quelques autres petites choses. Les flics ne m'aiment pas, mais j'en connais deux avec lesquels je m'entends bien. Je suis un fils du pays, né à Santa Rosa, mes parents sont morts ; je n'ai ni frère ni soeur, et si un jour je me fais assommer au fond d'une impasse, comme ça pourrait arriver à n'importe qui dans mon métier, comme d'ailleurs à des tas de gens dans d'autres métiers ou même sans métier, personne ne se dira que sa vie a perdu son sens."

  • "Parti à la recherche des origines de la sociologie moderne, j'ai abouti, en fait, à une galerie de portraits intellectuels... Je me suis efforcé de saisir l'essentiel de la pensée de ces sociologues, sans méconnaître ce que nous considérons comme l'intention spécifique de la sociologie, sans oublier non plus que cette intention était inséparable, au siècle dernier, des conceptions philosophiques et d'un idéal politique." Raymond Aron.

  • 'Oui, jusqu'au bout de sa vie, et avant ce dernier chef-d'oeuvre que sera Morale élémentaire, Queneau est resté poète, dans cette étrange zone intermédiaire où le lyrisme et la satire font bon ménage. Une oeuvre qui se mérite, car ses vertus de séduction trop évidentes cachent souvent sa profondeur. Une sensibilité qui rougirait de s'exhiber, un sens du comique qui sert d'exorcisme. Une modernité qui se paie le luxe d'utiliser encore le vieil alexandrin ou le sonnet prétendument disparu de la poésie moderne, un goût des mots inséparable d'une appréhension dramatique de l'existence et du monde. Questions multiples, légèrement posées, et si lourdes ! Qui a mieux que lui, dans la poésie française, illustré l'esthétique préconisée par Apollinaire en 1917, dans sa conférence sur "L'Esprit nouveau et les poètes" ? : "Il n'est pas besoin pour partir à la découverte de choisir à grand renfort de règles, même édictées par le goût, un fait classé comme sublime. On peut partir d'un fait quotidien : un mouchoir qui tombe peut être pour le poète le levier avec lequel il soulèvera tout un univers."'
    Claude Debon.

  • "L'oeil inconsciemment gris-bleu, la molletière galamment embobinée avec inconscience, le soldat Brû promenait naïvement avec lui tout ce qu'il fallait pour plaire à une demoiselle ni tout à fait jeune ni tout à fait demoiselle. Il ne savait pas.
    Julia pinça le bras de sa soeur Chantal et dit :
    - Le v'là.
    Tapies derrière un entassement brut de bobines et de boutons, elles le regardèrent passer, muettes."

  • Un ancien détenu au gabarit impressionnant, un détective en marge du système, un directeur de radio sournois et une épouse ravagée par la jalousie se lancent dans un chassé-croisé mortel à la recherche d'une femme aussi incandescente qu'insaisissable. Une nouvelle haletante dans laquelle Raymond Chandler réunit tous les ingrédients du roman noir.
    "Le grand balaise ne me concernait en rien, ni alors, ni avant, ni plus tard, et surtout pas à cet instant."

  • "Ce livre fait suite aux Dix-huit leçons sur la société industrielle et à La lutte de classes. Il traite de deux régimes typiques de la civilisation moderne, l'un que j'appelle constitutionnel-pluraliste et l'autre que je caractérise par la prétention d'un parti au monopole de l'activité politique.
    La comparaison entre les régimes politiques, à la différence des comparaisons entre les économies, met surtout en lumière des différences. Les régimes apparaissent comme des solutions opposées à des problèmes semblables.
    L'année 1957-1958, celle durant laquelle le cours fut professé, fut celle de la fin de la IVe République et du retour au pouvoir du général de Gaulle. Une préface écrite en 1965, équilibre le chapitre consacré à la République morte par une analyse critique de la République gaulliste."
    Raymond Aron.

  • Un père adoptif inquiet pour sa fille qu'il voudrait voir rentrée à la maison afin de l'épouser, un inspecteur de la Criminelle suçotant des pastilles à la violette et déléguant les affaires complexes à un détective en marge du système, une gosse shootée trouvée nue dans un fauteuil, un cadavre à ses pieds saignant sur le tapis, des corps qui disparaissent...

    Tout l'univers du célébrissime Chandler se trouve dans ces trois nouvelles exceptionnelles. Initialement publiées dans le légendaire magazine Black Mask, elles contribueront à créer, en France, le style de la Série Noire et annoncent le personnage de Philip Marlowe. Un classique, cynique et fascinant, fondateur du genre.

  • Le vol d'Icare

    Raymond Queneau

    À Paris, vers 1895, quelques romanciers sont en quête de leurs personnages. En effet, il advient parfois à ceux-ci de sortir du manuscrit qui les élaborait et d'aller se promener dans le vaste monde où il leur arrive d'autres aventures. D'autres ? ou les mêmes ? Quand Icare, par exemple, s'intéresse à l'avenir des moyens de transport, aura-t-il le destin que son nom peut suggérer ? Quelle fin lui prépare son auteur ? Et de quel auteur s'agit-il ?

  • L'apprenti

    Raymond Guérin

    Avec le langage même de la vie, l'auteur relate la confession d'un garçon d'étage voyeur et onaniste. L'humanité, considérée comme un entomologiste regarde les insectes, y semble cruellement dépersonnalisée, ce qui est une façon de peindre le malaise de l'homme moderne.

  • Le chiendent

    Raymond Queneau

    Depuis qu'elle avait vu un homme écrasé, vers les cinq heures de l'après-midi, devant la gare du Nord, Mme Cloche était enchantée. Naturellement elle disait qu'elle n'avait jamais vu une chose plus horrible que ça ; et il devait en être ainsi, car le pauvre Potice avait été soigneusement laminé par un autobus. Par une série de hasards soigneusement préparés, elle se trouva assise, vers la même heure, en face du même endroit, à la terrasse d'un café qu'une bienheureuse coïncidence avait justement placé là. Elle commanda-t-une camomille, et patiemment, attendit que la chose se renouvelât.

  • On est toujours trop bon avec les femmes paraissait en 1947 sous la signature de Sally Mara. Ce récit burlesque et un peu salace d'une insurrection irlandaise fut suivi d'un second ouvrage, en 1950, le Journal intime de Sally Mara. Mais les mystifications littéraires n'ayant qu'un temps, on publia, en 1962, les OEuvres complètes de Sally Mara sous la signature de Raymond Queneau.

  • Pierrot mon ami

    Raymond Queneau

    Ce silence, cette nuit, ces rues étroites, tout disposait Pierrot à ne penser à rien de précis. Il regardait à droite, à gauche, comme pour accrocher quelque part ses petites curiosités, mais ne trouvait rien - tout au plus les enseignes, et qui ne valaient pas les billes de l'avenue de Chaillot. Il songea un instant à visiter le bobinard de cette sous-préfecture, mais il ne rencontrait personne pour le renseigner. Finalement il se perdit. Il traversait maintenant une petite banlieue ouvrière, avec des manufactures ici et là. Plus loin, Pierrot atteignit une route assez large, avec un double liséré d'arbres, peut-être nationale ? peut-être départementale ? Il marcha encore quelques instants.
    Il entendit tout près de lui un grand cri, un cri de femme, un cri de peur.

  • On est en 1916, et au Havre : camps anglais, travailleurs chinois et kabyles, premiers Charlot. Depuis treize ans, toutes les saisons ont été rudes au coeur de Bernard Lehameau, encerclé par un malheur qu'il n'a pu dépasser. La guerre offre de nouveaux thèmes à sa haine, dirigée contre tout ce qui l'entoure...

  • La vérité scientifique se détache de la conscience qui l'a élaborée puisque, à un certain degré d'approximation, elle vaut éternellement. En va-t-il de même pour la reconstitution historique ? La science historique, comme les sciences de la nature, se développe-t-elle selon un rythme d'accumulation et de progrès ou, au contraire, chaque société récrit-elle son histoire parce qu'elle se choisit et recrée son passé ?
    Cette analyse devenue classique de l'historicité conduit Raymond Aron à une philosophie historique qui, s'opposant aux synthèses spéculatives en même temps qu'au positivisme, est aussi une philosophie de l'histoire. "La philosophie de l'histoire, écrit-il, est une partie essentielle de la philosophie, elle en est à la fois l'introduction et la conclusion. Introduction, puisqu'il faut comprendre l'histoire pour penser la destinée humaine, d'un temps et de toujours, conclusion, puisqu'il n'y a pas de compréhension du devenir humain sans une doctrine de l'homme. Double caractère qui serait contradictoire si l'on se représentait la philosophie selon le schéma des théories déductives, mais qui devient intelligible dès qu'on la rattache à la dialectique de la vie et de l'esprit, qui s'achève dans la conscience de soi de l'être qui se situe dans l'histoire et se mesure à la vérité."

  • Odile

    Raymond Queneau

    Roland Travy, qui se croit doué pour les mathématiques, fréquente à la fois une bande de truands (dans l'entourage de laquelle il rencontre Odile) et un groupement littéraire sur lequel règne Anglarès. Il perd tour à tour ses illusions sur sa vocation de mathématicien, sa foi dans les méthodes d'Anglarès - et Odile. 'Ce n'est que beaucoup plus tard, et en dehors de tout, que se dévoilera le véritable amour... Odile est une pure histoire d'amour.' R. Q.

  • Loin de Rueil est le roman de la 'rêverie éveillée'. Jacques l'Aumône, qui en est le héros, rêvasse, tout en vivant sa vie, cent vies possibles. Quelques lignes lues au hasard, une rencontre, un propos saisi au vol, suffisent à provoquer le démarrage grâce auquel il se quitte lui-même, et devient boxeur, général, évêque ou grand seigneur. Il vit à côté de sa vie avec application et constance ; et le passage du réel au rêve est si naturel chez lui que, sans doute, il ne sait plus exactement qui il est. Il deviendra, enfin, acteur à Hollywood, et point de départ lui-même d'infinies rêveries. Ce Jacques l'Aumône a - comme les personnages qui l'entourent - cette sorte de consistance à la fois obsédante et fluide qu'ont les personnages de nos rêves. La rêverie, ici, se matérialise par le détour de l'humour, un humour tantôt léger tantôt cruel, et aussi par une technique d'écriture qui se rapproche de celle du cinéma.

  • Soleils ambulants, Chambernac et Purpulan se promenaient dans la campagne, l'un lent et lourd, l'autre sifflant l'air d'une baguette et décapitant les fleurs. Le sentier filait le long d'une pente, entre champs, jusqu'à la route nationale. Là le proviseur s'assit dans un petit abri érigé par les soins de la compagnie des Autocars de la Région Mourméchienne. Purpulan mit son pied sur une borne, s'accouda sur son genou et regarda les autos qui gazaient sur la belle ligne droite qui leur était offerte.
    - Le soleil, dit Chambernac, le soleil ce sera le point central. C'est le centre du système. Excrémentiel, satanique - qui donc a jamais pu concevoir cela ? Qu'en pensez-vous, Purpulan ?
    Purpulan ne daigna répondre.
    - Enfin, dit Chambernac, vous devez bien en savoir quelque chose.
    Purpulan mima l'ignorance, comme décidé à laisser l'autre monologuer.
    - Comment, reprit Chambernac soudain résigné à l'ignorance sur ce chapitre peut-être prétendu de la démonologie, cette opinion a-t-elle pu naître ?
    Purpulan témoigna par un geste qu'il s'en foutait royalement.

  • «C'est en juillet 1942 que j'ai commencé d'écrire ce que je voulais intituler, en m'inspirant de Desargues : Brouillon projet d'une atteinte à une science absolue de l'histoire
    Si je publie aujourd'hui ce texte bien qu'inachevé (et dont je n'ai changé que le titre), c'est, d'une part, parce qu'il me semble fournir un supplément d'information aux personnes qui ont bien voulu s'intéresser aux Fleurs bleues, de l'autre parce que, même si l'on estime nulle sa contribution à l'histoire quantitative, on pourra toujours le considérer au moins comme un journal intime.»

    Cet essai de Raymond Queneau, écrit sous l'Occupation, est une méditation d'allure mathématique sur l'Histoire. L'auteur livre ici une réflexion sur les malheurs de ce temps, donnant ainsi une résonance toute particulière à cette première phrase : «L'Histoire est la science du malheur des hommes.»

  • "Mais, tout de même, quand vient la fin, c'est là qu'on mesure à quel point tant et tant de perceptions, de visions, d'émotions, de sensations restèrent étrangères à mon père. Il s'est ruiné la santé, il s'est tué de travail, il a toujours vécu comme un malheureux, comme un paria, comme un esclave, et tout cela pour aboutir à quoi ? à cette faillite totale, à cette chute dans le trou sans fond d'une atroce maladie mortelle ! Oh ! je tiens compte des circonstances parfois pénibles dans lesquelles il dut se débattre. On ne peut pas juger avec les mêmes règles la vie de l'enfant riche et la vie de l'enfant pauvre. Il fallait que mon père se batte avec la vie avant de songer à en jouir."

    "Quand vient la fin n'a visé qu'à atteindre une certaine crédibilité par dessus les principes et les conventions. Je ne prétends pas que l'art doive uniquement enfanter des oeuvres d'entomologiste ou de clinicien, et j'admets un art de la fiction où l'auteur tiendrait compte des illusions qui permettent aux faits nus d'avoir aussi leur climat fabuleux. C'est ce que j'ai appelé la mythologie de la réalité. Chaque écrivain pouvant créer la sienne, selon son tempérament."
    Raymond Guérin.

  • Monsieur Hermès, le héros de L'apprenti, se retrouve à vingt-trois ans dans la déprimante atmosphère de Portville (en laquelle il est facile de reconnaître Bordeaux). Cherchant à échapper à la tyrannie mesquine de ses parents, il se mêle à l'ancienne bande de ses amis d'enfance, participe à leurs jeux et aventures, fonde une revue littéraire qui échoue et passe, sans s'en apercevoir, à côté de l'amour que lui porte en secret la charmante Delphine.

    Introduit chez les Poujastruc, il goûte le confort, la sérénité et l'apparente sagesse d'une famille bourgeoise, épouse Caroline Poujastruc, lui révèle l'amour sensuel, s'efforce d'atteindre un idéal, devient veuf. À la fois désolé et soulagé, il se lance dans les affaires, écrit un roman et prend pour maîtresse la femme de son associé. Puis, lassé, il rompt au moment où son roman est accepté par un éditeur, gagne Paris où il retrouve huit ans après l'avoir quittée, Delphine. Tous deux comprennent enfin qu'ils s'aiment et vont commencer une vie nouvelle.

    Dans cette chasse éperdue au bonheur, dans cet étrange foisonnement de rêves et d'aspirations qu'est Parmi tant d'autres feux..., bien sûr, c'est l'Amour qui prédomine, entrecroisant ses thèmes, du chevaleresque au vénal et du passionnel à l'élégiaque, mais apportera-t-il la paix de l'esprit à notre héros ?

  • "J'ai lu De la guerre pour la première fois il y a une vingtaine d'années, puis je l'ai cité comme tout le monde. En 1971-1972, j'étudiais l'ensemble des écrits militaires, politiques, personnels de Clausewitz et crus constater que la pensée du plus célèbre des stratèges restait à découvrir et à comprendre", écrit Raymond Aron en 1976.
    La pensée de Carl von Clausewitz retrouve ici sa dimension essentielle : être une théorie en devenir, qui jamais ne trouva sa forme définitive, puisque le général prussien, né en 1780, mourut en 1831, victime du choléra.

    Dans ce premier tome, Raymond Aron reconstruit, avec la rigueur qu'on lui connaît, le système intellectuel de celui qui voulut mettre à jour l'esprit, c'est-à-dire la nature et l'essence, de la guerre, "véritable caméléon". Formation du système, tendances divergentes, synthèse finale, équivoque irréductible, rapport à Montesquieu, à Kant ou à Hegel - sur tous ces sujets Aron formule ses analyses qu'il confronte aux jugements des critiques allemands.

    Grand prix de la Fondation de France 1976
    Prix Paul-Valéry 1976

empty