• Le revenant

    René Belletto

    Le destin met la main sur Marc à Barcelone, le tourne dans la direction des enfers et pousse un bon coup. Marc, docile, suit le mouvement jusqu'à Lyon, sa ville natale. Le piège (infernal) s'est mis en place. La mort lui ravit des êtres chers. Et voilà qu'on veut à toute force lui arracher un secret dont il ne connaît pas un traître mot. Et il a beau se débarrasser des revolvers que le destin lui fourre entre les mains, d'autres les remplacent aussitôt. De sorte que malgré qu'il en ait les cadavres se mettent à fleurir le long de sa route. (Il arrive qu'il prenne le temps de les enterrer, à minuit, avec l'aide de son ami Miguel.) Lui-même meurt plusieurs fois, ou peu s'en faut. À Nice, il s'accroche à Mado, le temps d'une halte amoureuse. (Reconnaissons qu'il s'accroche bien : à l'aube, note-t-il du fond de sa détresse, le lit clapotait comme un gué franchi au grand galop par un troupeau d'éléphants). Après Nice, l'Italie, terre de ses ancêtres. Long, long voyage de retour. Sera-ce un retour simple, commence-t-on sérieusement à se demander. Car le destin se réjouit : croyant s'éloigner des mâchoires du piège prêtes à se refermer dans un claquement de tonnerre, Marc se précipite dedans, il fonce vers la Sicile! D'ailleurs il est toujours le premier là où il ne devrait pas être. Et c'est un as du volant. Même avec une voiture loqueteuse, il ne craint personne (sauf, précise-t-il honnêtement, un conducteur de Porshe ancien pilote de course portant d'urgence un médicament à sa mère mourante, là il faudrait voir.) Étrange engrenage. Si étrange et terrible que finalement c'est le lecteur qui n'en revient pas.

  • David Aurphet est un musicien heureux. Il a trouvé des leçons de guitare à donner dans une riche famille lyonnaise. La maison de l'élève borde le parc de la Tête d'Or. L'élève elle-même est belle à ravir et très musicienne. Sa mère, Julia Tombsthay, est une femme sensuelle et mystérieuse qui ne tarde pas à s'offrir à David. Le père, Graham, est un gros industriel et une personnalité distinguée de la ville. À côté de leur maison emménage Edwige Ledieu, une splendide créature elle aussi, mais dont la moitié du visage a été terriblement abîmée. Aussi passionnée de cinéma que David, elle le retrouve dans les salles de projection, et son magnétoscope filmera de curieuses scènes dans le jardin voisin. Sous les fenêtres de son élève, dans le parc, se promène souvent un homme élégant, Daniel Forest, que David retrouvera dans un café de Lyon. Est-ce bien un hasard? Comment Albéniz et Villa-Lobos conduisent David au meurtre : c'est l'étrange engrenage que décrit Belletto. Chaque personnage devient suspect. Il y a un tueur. Mais est-ce bien celui qui s'est déclaré? Le destin est capricieux, les amours torrides et contrariées, l'humour fait résonner l'ensemble avec une gravité surprenante.

  • Donato, pressé par le danger, ne voit pas d'autre issue que de remettre la cassette à Marie en lui mentant. ('Un cadeau pour ton fils, un film policier.') Marie donne la cassette à David, six ans. Quand le danger la presse à son tour, elle comprend, et, avant d'être torturée et assassinée, elle a le temps de téléphoner à son fils. ('Va à la police avec la cassette.') David et Michel Rey se rencontrent devant le commissariat de la rue Sully. Tel est pour Michel le début d'une enquête extraordinaire qui l'amène à rencontrer sa future compagne, à élucider (ou à obscurcir) ses rapports avec sa soeur Nadia, à prendre la décision de quitter la police pour se consacrer à la lutherie, et à tuer.

  • Créature

    René Belletto

    Michel Rey s'est installé à Paris. Il vit désormais de son activité de luthier (guitares classiques). Soucis matériels, familiaux, conjugaux... Le temps des énigmes et des exploits semble passé. Or, un coup cruel du destin l'oblige à redevenir l'enquêteur qu'il était auparavant. Et pour quelle enquête! Une aventure incomparable l'entraîne loin de son atelier - très loin : à vingt-quatre milliards d'années-lumière de la Terre. L'aventure est finie. Elle demeure secrète. Apparemment, le monde n'a pas changé. Mais le lecteur sait maintenant qu'il doit la vie au héros de Créature.

  • Hors la loi

    René Belletto

    Une intrigue multiple (et pourtant une) consumée par un suspense de chaque phrase (de chaque mot) offre au lecteur en pâture et à foison de l'action («J'entendis alors une détonation sèche, pas très forte, et une petite parcelle de carrosserie vola en éclats tout près de ma tête : quelqu'un venait de me tirer dessus avec une arme à feu, j'en eus la certitude immédiate»), du mystère («Persone ne l'a approchée. Elle a disparu, elle était là et l'instant d'après elle n'était plus là»), du sexe («À cette fantasmagorie d'Irène se laisse aisément rattacher l'envie qu'elle eut alors que j'inondasse ses jolis seins de ma vénérienne expatriation»), du dépaysement («Il survolait les paysages roses et rouges de Nomen, la planète-geôlière, proie d'une tourmente immobile qui tenait la végétation courbée et figeait la mer écarlate et ses courants noirs, et où régnait un jour perpétuel»), diverses considérations sur le sens de la vie («On ne sait jamais ce que le passé nous réserve»), l'amitié complice du narrateur («La place de livraisons était libre, tentante, j'e m'y mis (oui, je m'y mis, je verrai plus tard si je conserve ce m'y mis, là maintenant je suis trop agité par ce que je vais raconter pour m'arrêter et réfléchir»), du sexe encore (Le lit à une place, ch. 19), en un mot on peut faire confiance à Luis Archer (le narrateur) lorsqu'il affirme cinq lignes avant la fin de son incroyable aventure : «Je pense avoir tout dit».

  • Régis Mille est un tueur de femmes qui a programmé une série d'assassinats à Lyon. Michel Rey, un jeune inspecteur de police peu conforme, guitariste et luthier, va tenter d'arrêter le mécanisme fatal. Michel Rey, Régis Mille... C'est en 51 chapitres brefs et haletants que René Belletto dispose les pièces de son puzzle, mortel jeu de reflets où s'échangent le bien et le mal, forêt de doubles où chacun, parti à la recherche de sa vérité, ira jusqu'au bout de son destin.

  • Remarques

    René Belletto

    Pendant qu'il écrivait La Machine, René Beletto a pris des notes annexes. Ce n'était pas des réflexions sur le travail en cours, sur les difficultés rencontrées, ou sur la littérature en général. Plutôt des aphorismes, des «pensers», ou encore des moralités énigmatiques, des fragments rapides d'un journal intime lacunaire. Sa lecture continue provoque, insidieusement, un trouble comme si les habituels repères moraux, sensibles, intellectuels venaient à nous manquer.

  • être

    René Belletto

    Héros et narrateur de l'aventure, je n'ai pas voulu (comme le lecteur l'apprendra et comme il en apprendra les raisons) que mon nom figurât sur la couverture du livre.
    Ah oui, « aventure » : je ne parle pas de ces prestigieuses aventures de jadis, comme écrites d'avance, ni de ces aventures sans lendemain errant à jamais entre les murs du désespoir, non, mon désir était plus ambitieux, je voulais me concevoir au coeur d'une aventure sans aujourd'hui, comme si le grand livre du Destin avait brûlé dans l'incendie de quelque bibliothèque.
    Mais alors, pourquoi m'inquiéter à ce point quand Nathalie me téléphona en pleine nuit et m'annonça qu'elle craignait pour sa vie ? Je lui dis que j'arrivais au plus vite. Je traversai la ville en voiture. Toute sa maison était éclairée, la porte du rez-de-chaussée entrebâillée. J'entrai. Personne en bas. J'appelai. Nulle réponse. Je montai au premier, le coeur battant.
    Qu'allais-je découvrir ? Le spectacle qui m'attendait dans sa chambre dépassait mes craintes les plus inimaginables.

  • Mourir

    René Belletto

    Un homme, avec une somme d'argent volée, paie la rançon réclamée par les ravisseurs d'une femme qui n'est pas la sienne, qu'il n'a vue qu'en photo. Un autre homme met en scène sa propre mort pour échapper à une femme dont l'amour l'angoisse. Deux histoires mêlent leurs mots, leurs images et leur humour désespéré pour qu'un seul roman les rassemble, et éloigne la mort.

  • Film noir

    René Belletto

    Lèvres fermées, mon sourire était seul visible dans l'obscurité de la pièce. Il l'aurait presque percée. À parler pour parler, ce qui était et ce qui n'était pas déjà se déformait selon les mots bredouillés, perdu dans le noir sans mélange, et la limite seule, déchirure brûlante de ce qui se répandrait ici et là, se laissait voir, blessure de naissance, éclair figé sans force d'être émis en chacun de ses points et de courbes capricieuses au moindre souffle qui l'aurait attisé, fente infinie enfin que la mort criarde feignait d'agiter sans la franchir jamais du côté où pourtant je me disais être, durement préservé de l'éclat.

  • Ce volume fait suite à Remarques et à Histoires d'une vie. Il s'agit donc des Remarques III. Petit traité de la vie et de la mort est un de ces livres énigmatiques qui ponctuent l'oeuvre de René Belletto, comme s'il s'agissait de faire le point et de relancer les dés d'une partie perdue d'avance. On retrouvera ici un humour corrosif et désespéré, irrésistible, qui s'acharne sur la même matière qui n'est autre que la vie. On retrouvera la même mise en page sophistiquée, provocatrice et profondément justifiée - à tous les sens du terme. On retrouvera poussé à son comble le même sens de la formule qui frappe ou qui dérègle les repères de la sensibilité et de la pensée. Chef-d'oeuvre de concision lapidaire ce 'Petit traité' exprime une douleur sans limites, celle d'être né et de ne pas vivre, celle de mourir avant même d'être né.

  • L'enfer

    René Belletto

    Parfois, on se sent comme loin de sa vie. Si loin qu'on pense même à... Michel Soler, seul dans une ville déserte et terrassée par l'été, en est à ce point d'éloignement. Désespérément disponible, et prêt à tout... Et soudain TOUT lui arrive. Un destin mauvais fait apparaître sur sa route des hommes et des femmes également fatals - et un enfant, diabolique et adorable... Et ce destin mauvais le jette au coeur d'un mystère humain et inhumain, au coeur d'une machination de terreurs, de violences, de morts et d'amours qui sont de ce monde, et qui n'en sont pas. C'est pour Michel Soler l'occasion d'une renaissance, pense-t-on. L'énergie de son désespoir, sa force et sa fragilité redoutables, son indifférence et sa tendresse désarmantes, sa folie et son humour à périr dans les ricanements le font échapper aux pièges infernaux. À moins qu'ils ne l'y précipitent...

  • Pratiquement à chaque fois qu'il écrit un roman, René Belletto éprouve ensuite le besoin d'une oeuvre plus secrète, plus celée en quelque sorte et toujours manifestement inscrite dans les profondeurs de la langue. C'est le cas de cet étrange ensemble de poèmes, 144 sizains, donc, qui racontent de strophe en strophe, à leur manière sophistiquée, drôle et angoissante à la fois, une histoire énigmatique dont on voit bien qu'elle entretient avec celui qui l'a écrite des rapports d'intimité intenses. Attiré, par une forme incroyablement inventive, rejeté par l'impossibilité qu'elle lui oppose, le lecteur se laisse mener de page en page, littéralement ravi.

  • Livre d'histoire

    René Belletto

    Ce qui se trouve, redit, dans l'ouvrage, si on l'ouvre, avec rage, de trous si nombreux qu'ils se touchent : interrogation d'une profondeur jamais atteinte, vacarme à peine audible né de la lutte entre insignifiant et insignifié - sans parler de ce qui se trouve, redit, dans le livre ainsi incis, héros, intrigues, voyages dans l'espace et dans le temps, amours, combats, naissances et morts. Et c'est là-dedans qu'on se débat en riant aux éclats, quitte à n'en concevoir qu'une douleur pénétrante - sans parler, s'entend, de ce qui serait une autre histoire.

  • «Jadis ai fait mon trou d'un style anatomique En un joli logis je m'enfouis aïe aïe aïe C'est mal d'enfentement je récris je pinaille Et mourus (mais je rue) sous le pénétré bic Étrange étron merditatif et zombilic À ma ville rendu le fruit de mes entailles Ce qui se forme fond si la rime ne vaille Que vaille et du Rhône est tari le flot mystique je me souviens percé le siège des insi Gnifientes pensées l'amoureux ouvrage ainsi Incis j'ouvre avec rage espérant que je naisse Pécheur par omnission le songe est creux je dors Revenant transhistoire et trou du cul sans fesses Du livre et de Lyon où je me remets mort»

  • Le temps mort

    René Belletto

    Selon Jorge Luis Borges, le temps est un «problème inquiétant, exigeant, le plus vital peut-être de la métaphysique». Le temps où la vie est ruse de la mort, rêve agité où l'on n'étreint que soi-même, illusion à laquelle chacun, de méprise en méprise, s'efforce de croire. Et si, une fois pour toutes, le temps était mort? À jamais mort? Si le temps ne court plus, la réalité bascule et l'homme, voyageur égaré, s'avance dans l'inconnu, ce no man's land inquiétant... Ainsi ce dormeur éveillé qui, fou de solitude, parcourt une ville morte dans l'espoir de retrouver Myriam, une jeune fille entr'aperçue, un soir... Ainsi ce passager, qui monte par hasard dans un train fantôme sur une ligne désaffectée, et est irrémédiablement emporté. Vers quelle destination? Instant fragile où l'amour unit les corps : Cyril oublie la maladie qui le conduit en cure pour se griser de Thérèse et de ses appas. Tandis qu'au dehors, la guerre frappe sans répit, perverse et foudroyante... Rêve, envers du décor? René Belletto nous conduit ici de l'autre côté du miroir, en des lieux où le temps ne compte plus mais se conte...

  • Coda

    René Belletto

    Tout au long de ce récit d'apparition et de dispariton un certain nombre d'indices annoncent et développent le thème de la confusion de la vie et du livre : de plus en plus, le héros-narrateur «passe» dans les mots, devient les mots eux-mêmes. D'ailleurs, la première phrase de Coda, l'exergue, est aussi la dernière du livre qui, de la sorte, se referme sur lui-même, s'engloutit en lui-même. Quant à l'écriture de Coda, conte fantastique, elle a la perfection de la transparence. Son rôle n'est pas de s'interposer entre le lecteur et le «fond» de l'histoire, son rôle est d'absorber le lecteur et de le faire disparaître lui aussi dans les mots... Coda est un récit de suspense, et ce suspense est de plus en plus prenant au fil des pages, de plus en plus angoissant, dans la mesure où l'enjeu, d'une manière ou d'une autre, consciemment ou non, est l'existence même du lecteur...

  • Contraint d'écrire un roman pour sauver son journal, All the Year Round, dont les ventes baissaient, Dickens se hâte de rédiger et de publier par livraisons hebdomadaires Les Grandes Espérances. Aussi, comme pris par surprise, en revient-il spontanément à la forme si désirée et si redoutée par lui de l'autobiographie, aussi est-il plus près que jamais, dans le plus génial de ses livres, d'exprimer le secret qui le consume depuis l'heure de sa naissance - et réclame-t-il à son lecteur, plus instamment que jamais, d'alléger son fardeau en parlant pour lui, en s'expliquant à sa place.

  • La machine

    René Belletto

    Léonard attendrait que sa mère soit couchée pour la tuer. Il la tuerait dans son lit. Bientôt...

  • Ce sont des pensées et des pensers, des aphorismes, ou encore des remarques, tout simplement, certaines reprises du premier volume. Ce sont de brefs romans d'une ligne ou deux, de furtives sagas, des épopées lapidaires. Des traités de philosophie autodétruits desquels il reste le coeur énigmatique et souffrant, un malheur épouvantable, ses traces souriantes, presque gaies, l'histoire d'une vie, donc.

  • Le livre

    René Belletto

    Ce qui arriva alors... J'ai prononcé les mots de surprise sans limites à propos d'autres événements. Dire maintenant que ma surprise fut sans limites donnerait non une pâle idée (ni même blafarde ou livide) de ce que je ressentis, mais n'en donnerait aucune, tant le désastre dont je fus le témoin, et l'acteur...
    Je renonce. Je me borne pour l'heure à rapporter les faits sans détour ni commentaire, avec le plus de précision et de vérité possible, dans l'espoir qu'une telle exigence (j'ai déjà exprimé un espoir analogue), si j'ai la force de m'y tenir (mais l'aurai-je?), m'aidera à survivre mieux au récit des minutes et des heures qui suivirent, les plus épouvantables de mon histoire.

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