• "Pourquoi le cacher ? Ce n'est pas une poésie facile. Ses difficultés sont à proportion, en nous, des vieilles habitudes de voir et de leur résistance : René Char ou la jeunesse des mots, du monde... Il faut le lire et le relire pour, peu à peu, sentir en soi la débâcle des vieilles digues, de l'imagination paresseuse... Poésie qui se gagne, comme la terre promise de la légende et de l'histoire : celui-là qui y plante sa tente, qu'il soit assuré de s'en trouver plus fort et plus juste."
    Yves Berger.

  • Hypnos saisit l'hiver et le vêtit de granit. L'hiver se fit sommeil et Hypnos devint feu. La suite appartient aux hommes.

  • Qu'il vive !

    Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

    La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

    Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

    Il n'y a pas d'ombre maligne sur la barque chavirée.

    Bonjour à peine, est inconnu dans mon pays.

    On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté.

    Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de n'avoir pas de fruits.

    On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

    Dans mon pays, on remercie.

    (in Les Matinaux)

  • Le nu perdu

    René Char

    Le nu perdu

    Porteront rameaux ceux dont l'endurance sait user la nuit noueuse qui précède et suit l'éclair. Leur parole reçoit existence du fruit intermittent qui la propage en se dilacérant. Ils sont les fils incestueux de l'entaille et du signe, qui élevèrent aux margelles le cercle en fleurs de la jarre du ralliement. La rage des vents les maintient encore dévêtus. Contre eux vole un duvet de nuit noire.

    René Char.

  • 'Je pense que si je n'avais écrit que Le Marteau sans maître, on me situerait quelque part dans le surréalisme, ce qui serait inexact. Quand j'ai écrit Arsenal, je n'avais que dix-sept ans et je ne savais même pas que le surréalisme existait. [...] J'ai toujours ignoré l'écriture automatique et tout ce que j'ai écrit était consciemment élaboré.' Publiée en 1990 dans l'ouvrage de Paul Veyne, cette déclaration de René Char résume son engagement pris dans un mouvement dont il ne fut que le 'locataire' durant quelques années.
    Le Marteau sans maître témoigne de cette proximité et de ce passage. Tous les poèmes ici regroupés par René Char, et dont il a plusieurs fois modifié les intitulés et l'ordre, proviennent de son fonds propre, c'est-à-dire de ce qui le singularise et confère à sa voix ce timbre irréductible qui n'appartient qu'à lui.
    D'emblée, il y a, en dépit du titre qui suggère une énergie sans frein, une volonté de maîtrise, un repérage dans le champ du réel, et une façon d'être au monde sans faiblesse.

  • "Soudain - à la suite de quelle maladresse ? - la tour de mes poèmes s'écroula au sol, se brisa comme verre. Sans doute, forçant l'allure et rencontrant le vide, avais-je voulu saisir, contre son gré, la main du Temps - le Temps qui choisit -, main qu'il n'était pas décidé à me donner encore. Le marteau sans maître, Placard pour un chemin des écoliers, Art bref, Dehors, la nuit est gouvernée, n'avaient plus du livre que le nom. Je ramassai trente-trois morceaux. Après un moment de désarroi, je constatai que je n'avais perdu dans cet accident que le sommet de mon visage."

  • "Base et sommet, pour peu que les hommes remuent et divergent, rapidement s'effritent. Mais il y a la tension de la recherche, la répugnance du sablier, l'itinéraire nonpareil, jusqu'à la folle faveur, une exigence de la conscience enfin à laquelle nous ne pouvons nous soustraire, avant de tomber au gouffre.
    Pourquoi me soucierais-je de l'histoire, vieille dame jadis blanche, maintenant flambante, énorme sous la lentille de notre siècle biseauté ? Elle nous gâche l'existence avec ses précieux voiles de deuil, ses passes magnétiques, ses dilatations, ses revers mensongers, ses folâtreries.
    Je m'inquiète de ce qui s'accomplit sur cette terre, dans la paresse de ses nuits, sous son soleil que nous avons délaissé. Je m'associe à son bouillonnement. Par la trêve des décisions s'ajourne quelque agonie."

  • Ce siècle a décidé de l'existence de nos deux espaces immémoriaux : le premier, l'espace intime où jouaient notre imagination et nos sentiments ; le second, l'espace circulaire, celui du monde concret. Les deux étaient inséparables. Subvertir l'un, c'était bouleverser l'autre. Les premiers effets de cette violence peuvent être surpris nettement. Mais quelles sont les lois qui corrigent et redressent ce que les lois qui infestent et ruinent ont laissé inachevé ? Et sont-ce des lois ? Y a-t-il des dérogations ? Comment s'opère le signal ? Est-il un troisième espace en chemin, hors du trajet des deux connus ? Révolution d'Orion resurgi parmi nous.

  • Parmi les sorties violentes d'étoiles, nos tutoyeuses, une qui pousse un cri contre nous puis meurt, d'autres qui brillent une soirée d'impatience puis s'opposent, comme si de rien n'était, d'elles à nous. Seront-elles toujours surplombantes dans la Voie où nous étouffons, où nous étranglons ? L'effrayante familiarité des matières célestes avec leur entourage rutilant, baisé au rouge des hommes, ceux-ci non encore composés, moins encore archivés, ou seulement dès que les désirs des forains divins les ont révélés à leur possible de malheur. La plus proche lune, l'assoiffée, se montrera au juste instant de nos eaux vives. 

    Prend fin le portrait de tant de nullité et de crimes fendant le vide et l'espérance autant que la nausée, en suspension dans le peu d'air restant. Nous ne sommes pas matière à douter devant le rituel sablonneux laissé au rivage exténué des Saintes.

  • Les matinaux

    René Char

    'Combien souffre ce monde, pour devenir celui de l'homme, d'être façonné entre les quatre murs d'un livre ! Qu'il soit ensuite remis aux mains de spéculateurs et d'extravagants qui le pressent d'avancer plus vite que son propre mouvement, comment ne pas voir là plus que de la malchance ? Combattre vaille que vaille cette fatalité à l'aide de sa magie, ouvrir dans l'aile de la route, de ce qui en tient lieu, d'insatiables randonnées, c'est la tâche des Matinaux. La mort n'est qu'un sommeil entier et pur avec le signe plus qui le pilote et l'aide à fendre le flot du devenir. Qu'as-tu à t'alarmer de ton état alluvial ? Cesse de prendre la branche pour le tronc et la racine pour le vide. C'est un petit commencement.'
    René Char.

  • 'Si l'on jugeait utile de ressaisir en peu de traits la force du poème tel qu'il s'éclaire dans l'oeuvre de René Char, l'on pourrait se contenter
    de dire qu'il est cette parole future, impersonnelle et toujours à venir où, dans la décision d'un langage commençant, il nous est cependant
    parlé intimement de ce qui se joue dans le destin qui nous est le plus proche et le plus immédiat. C'est, par excellence, le chant du pressentiment, de la promesse et de l'éveil, - non pas qu'il chante ce qui sera demain, ni qu'en lui un avenir, heureux ou malheureux, nous soit précisément révélé -, mais il lie fermement, dans l'espace que retient le pressentiment, la parole à l'essor et, par l'essor de la parole,
    II retient fermement l'avènement d'un horizon plus large, l'affirmation d'un jour premier. L'avenir est rare, et chaque jour qui vient n'est pas un jour qui commence. Plus rare encore est la parole qui, dans son silence, est réserve d'une parole à venir et nous tourne, fût-ce au plus près de notre fin, vers la force du commencement. Dans chacune des oeuvres de René Char, nous entendons la poésie prononcer le serment qui, dans l'anxiété et l'incertitude, l'unit à l'avenir d'elle-même, l'oblige à ne parler qu'à partir de cet avenir, pour donner, par avance, à cette venue, la fermeté et la promesse de sa parole.'
    Maurice Blanchot.

  • "Les premières rencontres de cet ouvrage suivent le rythme de ces "ruisseaux prodigues qui poussent leurs eaux dans des terres de plus en plus accablées" : Faire du chemin avec tente de rétablir l'espoir comme l'acte de s'orienter d'instinct dans le visible et dans l'invisible. Puis des compagnons de vindicte au beau visage averti, des peintres, des passantes chanceuses, aussi des inconnus aux mains glissantes d'ébauches délaissées, montrent diversement habitable notre monde tragique ou comique, mais qui recherche l'art. Compagnie aiguisante, parfois déambulation effacée, et partout l'inimitié des nations, des individus, des choses et des événements qui mènent au lieu extrême d'où la voix s'élèvera : "Au terme du tourbillon des marches, la porte n'a pas de verrou de sûreté : c'est le toit. Je suis pour ma joie au coeur de cette chose, ma douleur n'a plus d'emploi." Tous partis assemble pierre sur pierre la réalité utilisée à d'autres fins, tels les gradins taillés du théâtre d'Épidaure. Effilage du sac de jute, en dernier, est le chant indivisible, exposé à la juste hauteur, celle de l'érable à l'ouïe si fine."
    René Char.

  • "Soupçonnons que la poésie soit une situation entre les alliages de la vie, l'approche de la douleur, l'élection exhortée, et le baisement en ce moment même. Elle ne se séparerait de son vrai coeur que si le plein découvrait sa fatalité, le combat commencerait alors entre le vide et la communion. Dans ce monde transposé, il nous resterait à faire le court éloge d'une Soupçonnée, la seule qui garde force de mots jusqu'au bord des larmes. Sa jeune démence aux douze distances croyant enrichir ses lendemains s'illusionnerait sur la moins frêle aventure despotique qu'un vivant ait vécu en côtoyant les chaos qui passaient pour irrésistibles. Ils ne l'étaient qu'intrinsèquement mais sans une trace de caprice. Venus d'où ? D'un calendrier bouleversé bien qu'uni au Temps, sans qu'en soit ressentie l'usure.
    Verdeur d'une Soupçonnée..."
    René Char.

  • Retour amont

    René Char

    "Retour amont ne signifie pas retour aux sources. Il s'en faut. Mais saillie, revif, retour aux aliments non différés de la source, et à son oeil, amont, c'est-à-dire au pire lieu déshérité qui soit. La conclusion, nous la demanderons à Georges Bataille : 'Cette fuite se dirigeant vers le sommet (qu'est, dominant les empires eux-mêmes, la composition du savoir) n'est que l'un des parcours du labyrinthe. Mais ce parcours qu'il nous faut suivre de leurre en leurre, à la recherche de l'être, nous ne pouvons l'éviter d'aucune façon.'"
    René Char

  • Poèmes

    Rene Char

    Cette anthologie des poèmes de René Char est un document historique exceptionnel. Les poèmes choisis et lus par l'auteur en 1987, un an avant sa mort, sont tirés de ses principaux recueils : Fureur et Mystère, journal de guerre du résistant, Les Matinaux, temps du retour au pays natal, La Parole en archipel, Nu Perdu ou Aromates chasseurs, espaces du rayonnement de l'amour et de l'amitié en poésie. Avec la présence de René Char, l'énergie de la révolte, l'éveil des consciences et des corps à la vie s'imposent dans ce voyage au coeur de son oeuvre poétique.

    Au fil de 30 poèmes choisis et enregistrés par René Char dans son village natal de l'Isle-sur-la-Sorgue, la puissance de la voix musicale du provençal nous guide sur le chemin d'une «commune présence» en poésie.

  • "Ce recueil rassemble trente-cinq poèmes récents, composés de 1975 à 1977 (à l'exception d'un poème datant de 1926).
    Ces poèmes, souvent courts, décrivent les buis rougeoyants de la Genestière, la terre craquelée, les éToiles, la neige, l'hiver et ce sentiment de fin du monde qui traverse l'époque. Puis de grandes pages véhémentes sur les temps modernes : ses usines, ses sciences, ses guerres, ses déportations. Enfin de petits poèmes versifiés, souvent avec refrain, comme de courtes chansons." (Bulletin Gallimard, oct. 1977.)

  • Les oeuvres réunies dans Trois coups sous les arbres représentent l'ensemble du théâtre de René Char (1946-1952). La langue qu'on parle dans Sur les hauteurs, Claire et Le Soleil des Eaux est une langue simple et quotidienne, mais la poésie n'y est pas moins partout présente.
    "Je crois, écrit en effet René Char dans Le Soleil des Eaux, que la poésie, avant d'acquérir pour toujours, et grâce à un seul, sa dimension et ses pouvoirs, existe préliminairement en traits, en spectre et en vapeur dans le dialogue des êtres qui vivent en intelligence patente avec les ébauches autant qu'avec les grands ouvrages accomplis de la création." C'est d'un tel dialogue que Trois coups sous les arbres nous offre l'image, animant un monde à demi véridique, à demi imaginé, du théâtre sans en être tout à fait, "principalement quelque chose qui soit de la vie deux ou trois fois multipliée, pas plus".
    Le livre comprend également deux arguments de ballet et ce que René Char appelle une Sédition : L'Homme qui marchait dans un rayon de soleil.

  • "Nous sommes, ce jour, plus près du sinistre que le tocsin lui-même ; c'est pourquoi il est grand temps de nous composer une santé du malheur. Dût-elle avoir l'apparence de l'arrogance du miracle." Ainsi s'exprime René Char dans À une sérénité crispée.
    Ce recueil de notes, d'aphorismes, de réflexions poétiques est un ouvrage aussi essentiel que les Feuillets d'Hypnos. D'un laconisme souvent déchirant, il est, de plus, un manuel de courage témoignant que l'homme lucide et le poète clairvoyant ne font qu'un.

  • "Où passer nos jours à présent? Parmi les éclats incessants de la hache devenue folle à son tour? Demeurons dans la pluie giboyeuse et nouons notre souffle à elle. Là, nous ne souffrirons plus rupture, dessèchement ni agonie ; nous ne sèmerons plus devant nous notre contradiction renouvelée, nous ne sécréterons plus la vacance où s'engouffrait la pensée, mais nous maintiendrons ensemble sous l'orage à jamais habitué, nous offrirons à sa brouillonne fertilité, les puissants termes ennemis, afin que buvant à des sources grossies ils se fondent en un inexplicable limon."
    René Char, août 1968.

  • La Crillonne est une rivière du Comtat-Venaissin. Sur ses rives, le bourg de Saint-Laurent prospère. En 1904, époque à laquelle se situe l'action du Soleil des eaux, presque toute la population de Saint-Laurent vit de la pêche : la Crillonne est inépuisable en truites et en anguilles. Une usine vient s'installer à la source même, et c'est la mort des poissons - la mort aussi du village, si les paysans n'étaient pas des hommes résolus et braves. Sur ce fond âprement poétique se déroulent les amours de Francis et de Solange, amours qu'accompagneront les vicissitudes et l'espérance de l'action.
    Cette pièce de René Char, qui a plus d'une signification, est presque un roman en dialogues. En outre, sa poésie, sa densité et sa profondeur sont extrêmes. Cette oeuvre à demi véridique, à demi imaginée, lui a été indiquée par des amis, sans rapport ou presque avec la littérature, mais qui continuent entre la Sorgue et le Rhône la tradition orale des troubadours et des conteurs disséminés jadis sur le pourtour de la Méditerranée. Ces hommes sont des animateurs. Ils se font le soir la lecture à haute voix, lecture à laquelle, souvent, ils ajoutent, et en miment les péripéties. Entre eux, c'est 'se jouer la pièce'. C'est pour eux d'abord que Le Soleil des eaux fut écrit.

  • Cette pièce en dix tableaux, pour un Théâtre de verdure, a pour principal personnage une rivière, symbolisée par une jeune fille, Claire, fille de la nuée et du glacier. Cette rivière, c'est le rêve, le bonheur ou le déchirement, sans quoi l'existence n'a pas de prix : c'est en somme la Poésie.
    "L'aube, chaque jour, nous éveille avec une question insignifiante qui sonne parfois comme une boutade lugubre. Ainsi ce matin : "Trouveras-tu aujourd'hui quelqu'un à qui parler, aux côtés de qui te rafraîchir ?" Le monde contemporain nous a déjà retiré le dialogue, les jeux et le bonheur ; il s'apprête à descendre au centre même de notre vie pour éteindre le dernier foyer, celui de la Rencontre. Ici il va falloir s'opposer ou mourir, se faire casser la tête ou garder sa fierté. Nous jouons contre l'hostilité contemporaine la carte de Claire. Et si nous la perdons, nous jouerons encore la carte de Claire. Nos atouts sont perpétuels, comme l'orage et comme le baiser, comme les fontaines et les blessures qu'on y lave." René Char.

  • Poemes et prose choisis

    René Char

    L'essentiel de l'oeuvre de René Char, de 1935 à 1957, est présent dans ce choix. Les textes qui le composent s'insèrent donc dans vingt années d'existence et sont extraits de Moulin premier, Placard pour un chemin des écoliers, Dehors la nuit est gouvernée, Fureur et Mystère, Les Matinaux, À une sérénité crispée, La paroi et la prairie, Lettera amorosa, Recherche de la base et du sommet, Poèmes des deux années, La Bibliothèque est en feu et autres poèmes.
    L'ouvrage comprend deux parties : les poèmes en prose et en vers ; ensuite des textes pour la plupart aphoristiques.
    Le choix a été fait par René Char, qui lui a ajouté quelques poèmes inédits.

  • Avez-vous lu Char ? C'est la question qui domine la correspondance entretenue, de 1943 à 1988, entre le poète et son critique, Georges Mounin (de son vrai nom Louis Leboucher, 1910-1993). Question qui figure en couverture du célèbre essai que ce dernier lui consacre dès 1946 aux Éditions Gallimard, texte fondateur et représentatif de la reconnaissance exceptionnelle dont l'oeuvre de Char fait l'objet à la Libération.
    Le poète et le professeur se sont connus en 1938 à L'Isle-sur-Sorgue, où le jeune Leboucher, militant communiste, est nommé instituteur. Leur antinazisme puis le dégoût de Vichy les unissent. Ce n'est qu'en 1943 que s'ouvre leur conversation critique. Leboucher se décrit lui-même comme le ' correspondant inactuel ' de son ami poète, situant leur échange à l'écart des événements auxquels ils sont pourtant tous deux personnellement mêlés. Ce qu'est la poésie pour Char, les lettres de 1943 à 1947 l'expriment avec force, dans une quête commune de la vérité du langage poétique. René Char ne se substitue pas au travail patient d'élucidation que mène le professeur, mais il lui ouvre grand son atelier et le renseigne sur son ambition d'écrivain. Il apprécie et consacre la lucidité de son interlocuteur, ' lecteur toujours enchanté, toujours accordé '. Seule ombre au tableau : le communisme stalinien de Mounin, qui, dans le climat de l'après-guerre, devient insupportable à Char. À la belle complicité des débuts se substitue un dialogue de sourds, où se mêlent défiance et malentendus... jusqu'à la rupture, non sans retour, de 1957.
    Le critique se voit relégué par Char au rang des doctrinaires : grave déviance aux yeux du poète qui défend avant toute chose l'autonomie de la poésie créatrice à l'égard de toutes fins morales ou pratiques.
    La littérature, l'histoire et la vie des hommes sont au coeur de ce dialogue exigeant, dont les enjeux ne sont pas accessoires.

  • Début 1951, René Char fait la connaissance de Nicolas de Staël à Paris. De cette rencontre naît le projet d'un livre commun Poèmes accompagné de quatorze bois gravés. Une année durant, Staël délaisse ses pinceaux pour exécuter à coup de gouges ses gravures, et rend fidèlement compte à Char de ses avancées et de la passion qui l'anime. Neuve alliance, faite d'admiration et d'estime.Lors de ses voyages, Staël ne cesse de parler à son jumeau aux « sabots ailés » pour l'entretenir de sa quête artistique et de ses chocs visuels. En 1953 Staël et les siens s'installent dans le Sud à proximité du poète, dans son milieu intime et familier. Trois ans durant, les lettres et cartes échangées jalonnent leur chemin de créateurs et racontent à demi-mot leur magnifique histoire d'amitié.C'est cette correspondance que les éditions des Busclats présentent ici avec un avant-propos de Anne de Staël fille ainée du peintre et des notes établies par Marie Claude Char, épouse du poète.

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