• "Dès mon arrivée à Tôkyô, j'avais été frappé par la beauté exceptionnelle de sa lumière. La nuit tombant, des marchands de patates douces cuites à la braise avançaient leurs carrioles, éclairées de lanternes en papier, en chantonnant des mélopées lugubres comme des thrènes qui invitaient la clientèle. Dans la journée, d'autres voiturettes, elles modernes, collectaient les vieux journaux, elles aussi en faisant retentir des ritournelles, mais moins tristes."
    René de Ceccatty relate ici son lointain séjour au Japon et les années qu'il a consacrées à la littérature de ce pays. Dans cette évocation, il nous livre un autoportrait sans complaisance, puisant dans ses souvenirs comme dans certaines lettres envoyées et conservées par sa mère... Le Japon et la découverte d'une nouvelle forme de pensée et de rapport au monde l'auront marqué à jamais, comme une deuxième naissance, influençant son parcours artistique et sentimental.
    Avec beaucoup de détermination et d'énergie, René de Ceccatty réussit à s'arracher au temps présent en écrivant, et à ranimer non le passé comme passé, mais "le présent du passé".

  • "Pendant que j'écrivais sur mes premières années, maman vivait, à Montpellier, ses quatre dernières. Sa mémoire immédiate l'abandonnait, mais demeuraient intacts la force de sa personnalité et ses souvenirs lointains, du temps de mon enfance, précisément. En me souvenant, je luttais contre son amnésie.

    Sans doute, sa présence auprès de moi a-t-elle été décisive pour la construction de ce récit qui évoque notre vie en Tunisie, puis de ce côté-ci de la Méditerranée, et la conscience de n'avoir ni repères ni frontières. Mais c'est surtout aux sensations d'un paysage intérieur que je me suis attaché, m'arrêtant à l'orée de l'adolescence : quand tout était tracé de ce que j'allais être et que je n'ai pu m'empêcher d'anticiper ici. La mort de maman a arrêté cette remémoration écrite. Je ne pouvais pas aller plus loin. Le dernier chapitre avait été écrit."
    René de Ceccatty

  • Isabelle Adjani, décidant d'incarner à son tour Marguerite Gautier, a préféré qu'une nouvelle version théâtrale soit écrite. J'ai adapté non pas la pièce, mais le roman d'Alexandre Dumas fils. Les passions y sont présentes, à nu. L'intimité, l'urgence, la violence s'y expriment avec plus d'immédiateté. Eliminant l'aspect grivois ou moraliste de la pièce, j'ai pensé, ainsi, susciter une émotion à la fois plus vivante et plus réfléchie. Le nombre réduit de personnages, le rythme même de la narration, la construction en vingt tableaux, le choix des moments psychologiques m'ont paru permettre de représenter, de nos jours, cette histoire d'amour donnant lieu, depuis un siècle et demi, à un véritable culte. La mise en scène a été confiée à Alfredo Arias.
    /> R. de C.

  • « Vingt ans après la mort de Violette Leduc (1907-1972), j'écrivais, pour la collection que dirigeaient J-M-G. Le Clézio et sa femme Jemia, et qu'animait Philippe Rey, un hommage à cet écrivain dont la découverte a été déterminante pour moi. Le principe de cette collection éphémère était de proposer un texte qui soit à la fois un portrait et une confidence intime. Il ne s'agit donc pas d'une biographie, mais du récit très personnel de mon rapport avec l'oeuvre de Violette Leduc. J'y raconte l'influence qu'elle exerça sur ma vie personnelle et ma vie de lecteur et d'écrivain. J'y analyse ses livres, en les comparant à d'autres oeuvres qui ont également compté pour moi (Marguerite Duras, Jean Genet, Tony Duvert, Julien Green, Pasolini entre autres).
    Lorsque Martin Provost préparait son film Séraphine, je fis sa rencontre et lui appris que Violette Leduc était une grande admiratrice de cette artiste autodidacte et mystique. Martin se mit à lire Violette Leduc et, complètement conquis par son talent et sa personnalité, il décida de lui consacrer un film, en me demandant mon aide pour l'écriture du scénario, avec son ami Marc Abdelnour.
    Ce film que j'ai co-écrit évoque donc la vie de Violette entre 1942 et 1958, c'est-à-dire entre le moment où elle écrit son premier livre et celui où elle commence la rédaction de La Bâtarde et va donc connaître le succès. » R. de C.

  • Le narrateur a eu une relation tourmentée avec Raphaël dont il s'est séparé. Il est tenté de maintenir une amitié intense, abstraite. Il retrouve une amie perdue de vue depuis longtemps. Au cours d'une nuit blanche, elle lui raconte sa vie. Elle a aimé, elle aussi, un Raphaël qui l'a abandonnée. En écoutant ces confidences, l'auteur revoit son propre passé. Hanté par son enfance - d'où se détache le souvenir d'un pont de bois, symbole japonais de la fragilité de tout amour et du danger de le
    raconter -, il précise sa défiance à l'égard de la fiction, tout en affirmant son goût de l'imaginaire quand il est ancré dans l'expérience.

    Portrait de René de Ceccatty par Philippe Matsas © Flammarion

  • « Dans la rue on la reconnaît et la poursuit. En la voyant filer à grandes enjambées martiales, dans ses capes qui font claquer leurs ailes à chaque pas qui fuit, on dit de cette grande ombre au visage enseveli sous une pluie de cheveux, camouflé sous la visière d'un chapeau mou, derrière d'énormes lunettes noires, que sa beauté rayonne encore, que son style éclate. » En septembre 1949, Greta Garbo s'apprête à jouer dans La Duchesse de Langeais sous la direction de Max Ophuls. Le tournage est brutalement annulé. René de Ceccatty revient sur cet échec, symbole d'un renoncement qui aura marqué la vie et la carrière fabuleuse de l'actrice suédoise à la beauté miraculeuse. En se retirant de l'écran, Garbo a orchestré l'effacement auquel elle a toujours aspiré, au coeur de sa gloire et pendant un demi-siècle, jusqu'à sa mort en 1990. Avec finesse et élégance, ce récit éclaire le mythe de l'inoubliable Reine Christine à la lumière d'archives retrouvées.

    Couverture : Portrait de René de Ceccatty par Philippe Matsas © Flammarion

  • Une passion chaste, ainsi peut-on définir le lien qui unit Giacomo Leopardi et Antonio Ranieri dès leur rencontre. Le premier, philosophe et poète, avait à peine plus de trente ans. Mais son génie étouffait dans son environnement familial. Le second, révolutionnaire napolitain en cavale, avait une vingtaine d'années. Ils fuient Florence où pourtant Leopardi est admiré par un cercle d'intellectuels et s'installent ensemble à Naples où les attend le choléra. Le destin du plus grand écrivain romantique italien, mourant dans les bras d'un jeune homme dont, disait-il, « seule la foudre de Jupiter pourrait le séparer », a suivi un cours romanesque. J'ai voulu comprendre cet amour étrange, auquel se mêlent la création poétique, le combat politique et la maladie. Leur histoire est devenue une part de la mienne.

    R. de C.

  • Objet d'amour

    René de Ceccatty

    Juillet 1833. Xavier Sigalon arrive à Rome pour copier le Jugement dernier : une chance, pour ce peintre romantique, de s'imposer comme un héritier du génie de la Renaissance. Il s'installe dans le Palais Cavalieri où, un an auparavant, Stendhal avait aussi séjourné. Entre le copiste, l'écrivain et l'ombre de Michel-Ange, se joue un chassé-croisé de passions, de réflexions sur l'art et la mort. Que recherchait Michel-Ange dans la pierre et sur les murs du Vatican ? Quel est ce « digne objet d'amour » dont parle Stendhal ? En quatre années, Sigalon va relever le défi, entouré de ses amis, de ses rivaux, de ses admirateurs, de ses envieux.S'appuyant sur des documents rares reproduits ici, parmi lesquels la nouvelle inédite que Stendhal a consacrée à l'amour de Michel-Ange pour Tommaso Cavalieri, René de Ceccatty signe le roman de Sigalon, ce peintre méconnu qui fut le modèle de Joseph Bridau dans La Comédie humaine de Balzac.

  • Le tout récent numéro de la revue Les écrits est le premier numéro conçu sous la direction de Danielle Fournier. L'écrivain en résidence André Major y livre des pages inédites de ses carnets. Un dossier est consacré au thème de la lecture et de l'écriture, avec, entre autres, les contributions de Renée de Ceccatty, Benjamin Hoffmann et Denis Grozdanovitch. Le numéro comprend une vingtaine de textes d'auteurs d'ici et d'ailleurs, avec, notamment, une suite poétique de Jean-Paul Daoust sur l'idée de tolérance, un récit de Luc Bureau sur le thème de l'émasculation et un essai de Jean Désy sur les communautés du Nord. Le portfolio est consacré à l'artiste Stéphanie Béliveau, dont l'oeuvre, tendue entre l'idée de la ruine, du rebut, de la relique, et celle de la réparation, de la récupération, de la rédemption, pose un regard mélancolique et sur le monde et ses habitants, leurs blessures et leurs cicatrices, mais aussi leurs capacités de résilience et de régénération.

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