• Les mots nous manquent pour dire le plus banal des paysages. Vite à court de phrases, nous sommes incapables de faire le portrait d'une orée. Un pré, déjà, nous met à la peine, que grêlent l'aigremoine, le cirse et l'ancolie. Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi. Au temps de Goethe et de Humboldt, le rêve d'une " histoire naturelle " attentive à tous les êtres, sans restriction ni distinction aucune, s'autorisait des forces combinées de la science et de la littérature pour élever la " peinture de paysage " au rang d'un savoir crucial. La galaxie et le lichen, l'enfant et le papillon voisinaient alors en paix dans un même récit. Ce n'est pas que l'homme comptait peu : c'est que tout comptait infiniment. Des croquis d'Alfred Wallace aux " proêmes " de Francis Ponge, des bestiaires de William Swainson aux sonnets de Rainer Maria Rilke, ce livre donne à entendre le chant, aussi tenace que ténu, d'un très ancien savoir sur le monde – un savoir qui répertorie les êtres par concordances de teintes et de textures, compose avec leurs lueurs des dictionnaires éphémères, s'abîme et s'apaise dans le spectacle de leurs métamorphoses.
    Romain Bertrand, directeur de recherche au CERI (Sciences Po-CNRS), est notamment l'auteur de L'Histoire à parts égales. Récits d'une rencontre Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle) (2011, Grand Prix des Rendez-vous de l'histoire de Blois 2012).

  • Manille, 1577, un enfant comparaît devant le gouverneur Francisco de Sande dans le cadre d'un procès d'Inquisition. De quoi le jeune Diego de Avila s'est-il rendu coupable pour inquiéter à ce point le représentant du roi d'Espagne? Ensorcelé peut-être par des servantes indigènes, l'enfant qui vit avec son oncle dans le couvent des Augustins a rêvé qu'aux Enfers un siège était réservé pour le gouverneur... Colportée par les soldats et les colons, la rumeur circule à Manille dans les arrière-cours et les cuisines et jusqu'au cœur du gouvernement municipal. Francisco de Sande ne peut le supporter.
    À travers cette histoire extraordinaire, dont tous les détails sont romanesques et qui agit à la façon de ces traceurs chimiques qui défient l'opacité des chairs, Romain Bertrand dévoile le paysagedérobé de la Conquête et défait, chemin faisant, la fiction de l'irrésistible expansion occidentale.
    Car qu'est-ce que la Conquête, sinon des commencements incertains qui voient les Espagnols, en lutte les uns contre les autres et taraudés déjà par le remords, ignorant tout d'un univers cosmopolite dont le cœur bat plus loin, être conquis plus qu'ils ne le conquièrent par le monde philippin et ses magies ?
    Romain Bertrand, directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), est notamment l'auteur, au Seuil, de L'Histoire à parts égales. Récits d'une rencontre, Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle) (Seuil, 2011, "Points Histoire", 2014 ; Grand Prix des Rendez-vous de l'histoire de Blois 2012).

  • S´il n´a jamais été autant question d´« histoire-monde », c´est souvent la même histoire du monde qui s´écrit : celle de l´Europe et de son « expansion » en Afrique, en Asie et aux Amériques.
    Pour Romain Bertrand, il n´est d´autre remède à cet européocentrisme obstiné qu´une histoire à parts égales, tramée avec des sources qui ne soient pas seulement celles des Européens.
    C´est ce qu´il propose dans ce texte, en offrant le récit détaillé des premiers contacts entre Hollandais, Malais et Javanais au tournant du XVIIe siècle. Il montre que l´Europe ne détenait alors aucun avantage sur les sociétés du monde insulindien, que ce soit en matière de compétences nautiques et cartographiques, de grand négoce ou de technologies militaires. Lorsque les vaisseaux de la Première Navigation de Cornelis de Houtman jettent l´ancre en juin 1596 dans la rade de Banten, à Java, ce n´est pas à un monde « primitif » qu´ils ont affaire. Le lecteur découvre au contraire une société complexe et cosmopolite, insérée depuis des décennies dans des réseaux de commerce à grande distance, maillée de lieux de débats politique et religieux intenses et sophistiqués, qui font étrangement écho à ceux qui ont alors cours en Europe.
    Un livre qui propose une manière radicalement nouvelle de faire de l´histoire globale.

  • L'invisible est omniprésent dans l'Indonésie de la Réformasi. Mais le répertoire mystique du politique est un langage secret, marqué du sceau de l'insinuation et du sous-entendu. En le décodant, en décrivant les manières spécifiques de vivre et de dire le pouvoir à Java, cet essai propose une lecture originale de la Réforme indonésienne, à un moment où l'actualité internationale fait se tourner les regards vers l'archipel. Il revêt aussi une portée comparative en fournissant une méthode de substitution à la "transitologie", cette science décriée des transitions démocratiques

  • Voici une histoire par dates du VIIe au XXe siècle, riche en surprises, qui rend compte des profonds renouvellements qui ont transformé notre vision de ce qu'on appelait autrefois les " Grandes Découvertes ". Les dates " canoniques ", revisitées à l'aune d'une réflexion critique sur les raisons de leur élection par les chronologies officielles, alternent avec les dates " décalées " qui font surgir des paysages et des personnages méconnus. Il est ici question de détricoter le discours qui, associant exploration du monde et " entrée dans la modernité ", en réserve le privilège et le bénéfice à l'Europe, et, pour ce faire, de documenter d'autres voyages au long cours – extra-européens. Il est également question, prenant le contre-pied d'une histoire héroïque des expéditions lointaines qui en attribue le mérite à quelques singularités, de rappeler qu'il faut beaucoup d'illusions, et plus encore d'intérêts, pour faire un " rêve ", et que Christophe Colomb n'aurait jamais appareillé sans les vaisseaux des frères Pinzón.
    Il s'agit ainsi de substituer des lieux, des instants et des visages aux cultures en carton-pâte et aux croyances en papier mâché ; de donner à voir les échecs autant que les réussites, les naufrages dans les estuaires de la même façon que les entrées triomphales dans les cités soumises ; d'inclure amiraux ottomans, navigateurs chinois, interprètes nahuatls et pilotes arabes dans le musée imaginaire de l'histoire globale ; de mettre en lumière tout un petit peuple d'assistants et d'auxiliaires, de sherpas et de supplétifs (que serait Magellan sans le Malais Enrique ? ou Cortés sans la Malinche ?) ; de passer outre une histoire au masculin en rendant droit de cité aux voyageuses et aux exploratrices ; et enfin de prêter une égale attention aux êtres et aux choses, sachant que, s'il faut une nef pour traverser un océan, une vague ou un bacille suffisent à la vider de ses occupants.
    Ce sont donc à la fois une autre histoire du monde et une autre histoire de l'Europe qui se dévoilent au fil des 90 récits d'aventures proposés par 80 des meilleurs historiennes et historiens de ces questions.
    Directeur d'ouvrage : Romain Bertrand est directeur de recherche au CERI (Sciences Po-CNRS).
    ​Coordination : Hélène Blais est professeure d'histoire contemporaine à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm ; Guillaume Calafat est maître de conférences en histoire moderne à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (IHMC) ; Isabelle Heullant-Donat est professeure d'histoire du Moyen Âge à l'Université de Reims Champagne-Ardenne.

  • Vous rêvez d'indépendance dans votre vie professionnelle et vous envisagez de vous lancer en tant que freelance? Vous êtes déjà freelance et vous souhaitez booster votre activité?Ce guide est fait pour vous!Conçu pour répondre à toutes vos questions, ce livre simple et concret vous aidera à faire le point avec humour et à vous lancer sans complexe: - Quels sont les avantages et les inconvénients d'une vie de freelance? - Comment éviter les pièges et surmonter les difficultés du quotidien?- Quel statut juridique choisir?- Comment développer son réseau?À partir de leur propre parcours en tant qu'entrepreneurs, les auteurs proposent des stratégies, conseils et astuces essentiels à la réussite d'un projet. Ils ont interviewé de nombreux freelances aux parcours variés et recueilli les conseils d'avocats et d'experts-comptables.De la fixation des objectifs à leur réalisation, ce guide vous fournira tous les outils indispensables.

  • Au fil de onze études de cas conduites dans des sociétés d'Afrique de l'Ouest, d'Asie du Sud-Est, du Maghreb et d'Océanie, entre les XVIIe et XXe siècles, cet ouvrage invite à redéfinir les cultures d'empires comme des formations historiques produites par une diversité d'acteurs occupant des positions sociales très différentes.

  • Vous rêvez d'indépendance et de liberté dans votre vie professionnelle et souhaitez vous lancer dans l'aventure freelance ?
    Ce petit guide a été conçu pour répondre à toutes les questions que vous pouvez vous poser : la vie de freelance est-elle vraiment faite pour moi ?
    Quels sont ses avantages et ses inconvénients ? Comment éviter les pièges, surmonter les difficultés ?
    De la fixation de vos objectifs à leur réalisation, ce guide vous fournira tous les outils nécessaires pour faire les bons choix et parvenir au succès !

  • La formation de l'Etat à Java, du XVIIe au XXe siècle, est inséparable de celle de la noblesse de robe des priyayi. L'exercice de l'autorité en est venu à se dire et à se vivre dans les termes propres à la façon priyayi de se penser et de penser le monde social. La relation de domination s'est énoncée selon un langage mystique. Celui-ci pose l'existence d'un envers invisible du réel, et donc d'une manière spécifique d'acquérir et de mettre en oeuvre, par la pratique de l'ascèse, un pouvoir sur soi et sur autrui. Les scribes des palais ont élaboré une "vision" de Java comme ordre social idéal, comme domaine moral inaltérable. Ils ont affirmé l'existence d'une "façon javanaise" de (bien) faire les choses: une "tradition parfaite" enserrant la vie sociale dans une litanie de règles de conduite, porteuses d'un rapport particulier de soi à soi. C'est sur cette " vision " de Java que les premiers hérauts du nationalisme anticolonial, en majorité issus du milieu priyayi, ont pris appui pour doter la nation à naître d'une théorie antidémocratique de l'Etat. Mais pour que le Java éternel des poètes de cour devienne la condition du discours nationaliste, il fallait que le langage de la "tradition parfaite" cesse d'être une illusion collective et soit passible d'usages proprement instrumentaux. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'Etat colonial néerlandais en Insulinde était devenu producteur et certificateur d'un " savoir sur Java ". Concurrençant l'imaginaire de la "tradition parfaite", ce dernier avait permis aux priyayi de développer un rapport réflexif et stratégique à leur propre trajectoire identitaire. Cherchant à lutter contre cette représentation coloniale de Java, mais aussi à se la réapproprier, les priyayi se sont alors assujettis à leur règle morale sur un mode inédit. Auparavant, il n'était possible que d'être priyayi. Il était maintenant possible de le paraître, de jouer à l'être. A travers l'histoire de la constitution morale de la noblesse de robe des priyayi, et bien au-delà du seul cas javanais, cette somme magistrale renouvelle la recherche sur la situation coloniale, l'historicité de l'Etat, la contingence du nationalisme et la subjectivité politique. Romain Bertrand est chargé de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques (CERI). Après avoir consacré ses premières recherches à l'historicité de l'Etat colonial à Java et à la société politique indonésienne, il a étendu ses travaux à la Malaisie. Il a publié Indonésie: la démocratie invisible (Karthala, 2002) et co-dirigé (avec Emmanuelle Saada) un numéro spécial de la revue Politix sur " L'Etat colonial " (2004). Il prépare actuellement un ouvrage sur Islam et politique en Indonésie (à paraître chez Perrin) et co-dirige, en collaboration avec Christian Lechervy, une Histoire politique de l'Asie du Sud-Est (à paraître chez Fayard). Membre du comité de rédaction de Politix, il est co-responsable du Groupe d'analyse des trajectoires du politique au CERI.

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