• Le métis avec qui Serge Gruzinski dialogue par-delà les siècles est l'exact contemporain de Montaigne. Fils d'un conquistador et d'une Indienne, il est devenu à la fois interprète et homme d'affaires. Il a pris le temps de répondre au vaste questionnaire lancé par la couronne espagnole pour connaître ses nouveaux territoires. Avec un visible plaisir, il s'improvise tour à tour historien et journaliste  : il évoque l'histoire de son pays, parle de ses traditions et de ses croyances tout autant que de ses inquiétudes sur le présent, même si il n'adhère pas à l'idée   alors commune  que la fin du monde est proche.
    Ce document exceptionnel est un témoignage de première main sur la construction de la première société coloniale des temps modernes   le Mexique  mais aussi sur l'essor de la mondialisation ibérique. Serge Gruzinski y puise la matière d'un vrai dialogue, posant à cet homme de la Renaissance des questions que chacun affronte aujourd'hui  : quels repères se forger quand tout change autour de soi et que le passé sombre dans l'oubli  ? Comment s'adapter à un monde qui se globalise  ?
     
    Historien de renommée internationale, Serge Gruzinski enseigne l'histoire en France (EHESS), aux États-Unis (Princeton) et au Brésil (université du Para, Belem). Il est spécialiste de la mondialisation ibérique au xvie  siècle et l'auteur de nombreux ouvrages, parmi lesquels Les Quatre Parties du monde  : histoire d'une mondialisation (La Martinière, 2004), La Pensée métisse (Fayard-Pluriel, 2012), L'Aigle et le Dragon (Fayard, 2012), L'Histoire pour quoi faire  ? (Fayard, 2015) ou encore La Machine à remonter le temps (Fayard, 2017).

  • Le métissage explose sous nos yeux. Les migrations comme les exportations favorisent son développement. L'incroyable essor de ce phénomène soulève des interrogations sur la pérennité des cultures et leur façon d'évoluer. Serge Gruzinski propose des modèles historiques pour analyser la situation nouvelle créée par la mondialisation. Il nous plonge dans le Mexique du XVIe siècle, quand les Espagnols et les « Indiens » se rencontrèrent pour la première fois. A travers les chants, les fresques ou les récits, il montre comment les cultures se mêlent et finissent par devenir indissociables. Ainsi émerge une « pensée métisse » dont Serge Gruzinski entreprend une magistrale exploration. En passant des sierras du Mexique à la Florence des Médicis, des films de Peter Greenaway au cinéma de Hong Kong, son livre démontre que la circulation, par-delà les frontières, des idées, des arts et des manières d'être est un formidable ressort de créativité.

  • En 1517, il y a cinq cents ans, la réforme de Luther fracture l'Europe. La même année, les conquistadores espagnols s'en prennent au Mexique, qu'ils colonisent et christianisent. Ils y introduisent aussi notre façon d'écrire l'histoire.
      Les vainqueurs ignorent tout des sociétés indigènes. Or pour imposer leur loi, ils doivent impérativement connaître les coutumes et donc le passé des vaincus. Mais que sont l'histoire et le temps dans l'esprit des Indiens  ? Le temps n'est pas encore une valeur universelle. Comment les Espagnols formatés dans une Europe chrétienne où l'histoire est chronologique et orientée auraient-ils pu concevoir et accepter la cosmologie méso-américaine  ?
    Civilisés contre barbares  ? En quelques décennies, la machine à remonter le temps des envahisseurs s'emploie à capturer les mémoires des sociétés amérindiennes pour leur fabriquer un passé qui puisse être rattaché au patrimoine antique de la chrétienté. Du côté des Indiens, le souvenir de leur monde au sein duquel les êtres, les choses et les dieux étaient liés se dilue avec le passage des générations même si, dans les codex ou dans les mystérieux cantares, subsistent quelques pans secrets de leur mémoire.
    Serge Gruzinski propose ici une exploration inédite des débuts de l'expansion coloniale et nous explique comment, sur le terrain, religieux et Indiens se mettent à écrire l'histoire du monde.

  • Depuis le XVIe siècle le destin des hommes- qu'ils le 
    veuillent ou non- se déploie sur une scène planétaire. 
    Au début des années 1520, alors que Magellan fait voile 
    vers l'Asie par la route de l'Ouest, Cortés s'empare 
    de Mexico, et des Portugais, installés à Malacca, rêvent de 
    coloniser la Chine. L'Aigle aztèque se laisse anéantir, mais le 
    Dragon chinois élimine les intrus - non sans avoir récupéré 
    leurs canons. 
    Ces deux épisodes marquent une étape déterminante dans 
    notre histoire. Pour la première fois, des êtres originaires de 
    trois continents se rencontrent, s'affrontent ou se métissent. 
    Le Nouveau Monde devient inséparable des Européens qui 
    vont le conquérir. Et l'Empire céleste s'impose, pour 
    longtemps, comme une proie inaccessible. 
    Serge Gruzinski raconte ce face-à-face avec des 
    civilisations que tout séparait, mais qui, il y a cinq siècles, fascinaient déjà les 
    contemporains. Dans cette nouvelle et superbe exploration des 
    mondes de la Renaissance, il démonte les rouages de la mon-
    dialisation ibérique qui a fait de l'Amérique et de la Chine 
    des partenaires obligés pour les Européens.Serge Gruzinski, historien de renommée internationale (directeur 
    de recherche au CNRS, il enseigne en France, à l'EHESS, 
    et aux-Etats-Unis, à l'université de Princeton), est l'auteur de 
    nombreux ouvrages dont La Pensée métisse (Fayard, 1999) et 
    Les Quatre Parties du monde (La Martinière,2004).

  • Comment intéresser les nouvelles générations à l'histoire ? Le récit de notre épopée nationale ne dit pas grand-chose sur les racines de notre monde globalisé. Pas plus que les produits dérivés de l'histoire fabriqués par des industries culturelles : des jeux vidéo aux reconstructions historiques à grand spectacle, le passé recyclé donne rarement des clefs pour comprendre le présent. Quant aux diverses commémorations orchestrées ici ou là, elles privilégient trop souvent la scène nationale, sans apporter de réponses aux préoccupations d'aujourd'hui. Alors quelle histoire enseigner ? Comment construire une mémoire critique face à tous ces passés reconstruits selon les intérêts des uns et des autres, voire face à l'histoire virtuelle ?
    « L'avenir est un miroir où se reflète le passé. » Serge Gruzinski se fait ici l'avocat d'une histoire qui permet de faire dialoguer le passé et le présent. Une histoire globale donc, qui décentre notre regard et se focalise sur une étape cruciale pour l'humanité : la Renaissance. Avec la conquête des océans, l'Europe découvre qu'il existe des mondes différents et prend ainsi conscience d'elle-même. Soudain, tout change d'échelle. Les horizons s'élargissent, des sociétés qui s'ignoraient entrent en contact, parfois au prix d'affrontements d'une extrême violence. Mais les hommes et les idées commencent à circuler, voire à se mêler, tandis que les premiers réseaux commerciaux se tissent autour du globe. Un immense bouleversement pour les contemporains dont l'histoire éclaire, par bien des situations concrètes, les mondes mêlés dans lesquels nous vivons.Serge Gruzinski enseigne l'histoire en France, aux États-Unis et au Brésil. Ses derniers ouvrages sont La Pensée métisse (Fayard, Pluriel, 2012), Les Quatre Parties du monde (Points Seuil, 2006), Quelle heure est-il là-bas ? (Seuil, 2008), L'Aigle et le Dragon (Fayard, 2012).

  • À l'échelle du globe, qu'est-ce qui circule, ou ne circule pas, entre les cultures ? Nous en faisons l'expérience à travers la mondialisation : nous vivons dans le flux immédiat des nouvelles du monde, cependant que, paradoxalement, nos vieilles façons de sentir persistent. Le démantèlement progressif d'univers cloisonnés n'est pas nouveau et il a notamment connu une prodigieuse accélération à l'orée des Temps modernes.
    On en trouve ici une illustration dans la confrontation de deux textes quasi contemporains: une chronique du Nouveau Monde rédigée à Istambul en 1580, et un Répertoire des temps écrit à Mexico en 1606, qui s'attarde longuement sur l'Empire des Turcs. Pourquoi et comment les Turcs étaient-ils en mesure d'en savoir autant sur l'Amérique ? Pourquoi les lecteurs de Mexico se posaient-ils des questions sur les ottomans ? Pratiquant l'art du montage cinématographique, Serge Gruzinski fait dialoguer ces textes pour souligner les singularités de deux visions, celle de l'islam et celle de l'Amérique, déjà attentives l'une à l'autre et pourtant irréductiblement différentes. Avec, à l'horizon, une question : que voulait dire " penser le monde " à la fin de la Renaissance ?
    Serge Gruzinski est directeur de recherche au CNRS et directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Il est l'auteur de nombreux ouvrages, dont Histoire du Nouveau Monde (Fayard, 1991-1993), Histoire de Mexico (Fayard, 1996), La Pensée métisse (Fayard, 1999) et Les Quatre Parties du monde (La Martinière, 2004, Points-essais, 2006).

  • Anglais The Conquest of Mexico

    Serge Gruzinski

    • Polity
    • 20 Février 2014

    The Conquest of Mexico is a brilliant account of the Spanish conquest of Mexico, written from a new and unfamiliar angle. Gruzinski analyses the process of colonization that took place in native Indian societies over three centuries, focusing on disruptions to the Indian's memory, changes in their perception of reality, the spread of the European idea of the supernatural and the Spanish colonists' introduction of alphabetical script which the Indians had to combine with their own traditional - oral and pictorial - forms of communication. Gruzinski discusses the Indians' often awkward initiation into writing, their assimilation of Spanish culture, and their subsequent reinterpretation of their own past and recovers the changing Indian perceptions of the sacred and their 'absorption' of elements from the Christian tradition. The Conquest of Mexico is a major work of cultural history which reconstructs a crucial episode in the European colonization of the New World. It is also an important contribution to the study of the relationship between memory, orality, images and writing in history.

  • Anglais The Eagle and the Dragon

    Serge Gruzinski

    • Polity
    • 13 Janvier 2015

    In this important new book the renowned historian Serge Gruzinski returns to two episodes in the sixteenth century which mark a decisive stage in global history and show how China and Mexico experienced the expansion of Europe.
    In the early 1520s, Magellan set sail for Asia by the Western route, Cortes seized Mexico and some Portuguese based in Malacca dreamed of colonizing China. The Aztec Eagle was destroyed but the Chinese Dragon held strong and repelled the invaders - after first seizing their cannon. For the first time, people from three continents encountered one other, confronted one other and their lives became entangled. These events were of great interest to contemporaries and many people at the time grasped the magnitude of what was going on around them. The Iberians succeeded in America and failed in China. The New World became inseparable from the Europeans who were to conquer it, while the Celestial Empire became, for a long time to come, an unattainable goal.
    Gruzinski explores this encounter between civilizations that were different from one another but that already fascinated contemporaries, and he shows that our world today bears the mark of this distant age. For it was in the sixteenth century that human history began to be played out on a global stage. It was then that connections between different parts of the world began to accelerate, not only between Europe and the Americas but also between Europe and China. This is what is revealed by a global history of the sixteenth century, conceived as another way of reading the Renaissance, less Eurocentric and more in tune with our age.

  • Une fille, un garçon, nés dans l'immédiat après-guerre, voisins, amis, retracent leur parcours  : l'origine de leurs familles, le poids de l'histoire dans leurs jeunes vies, dans une Europe qui pour la première fois cessait d'être à feu et à sang, et les apports progressifs de ce qu'on n'appelait pas encore la société de consommation (la voiture des parents, la télévision, les disques et la musique pop).
    L'écriture de leur expérience, singulière et commune à une génération, ancrée dans un paysage (Tourcoing et le nord de la France), constitue pour Serge un document tel que l'historien qu'il est rêve d'en découvrir. Pour Corinne, il s'agit d'un devoir de mémoire et de transmission à ses enfants et petits-enfants.
    Écrire à deux, mais chacun de son côté. Quitte parfois à écrire à quatre mains, mais en maintenant d'un bout à l'autre la stéréophonie  : une même réalité avec des points de vue alternatifs, qui se recoupent, se chevauchent et parfois divergent. On peut avoir vécu la même chose ou presque (et devenir, au gré des bouleversements des familles, quasi frère et soeur) et en garder des traces différentes, voire contradictoires. Dans les deux je et le nous de ce témoignage pourront se projeter bien des contemporains des auteurs, et les plus jeunes lire un roman d'apprentissage.
     
    Corinne Vandewalle, diplômée de l'École supérieure de Commerce de Lille, fut emportée par le mouvement hippie. Après de nombreux séjours en Orient, au Maroc et aux États-Unis, elle pratique et enseigne le yoga en Vendée.
    Serge Gruzinski est historien, spécialiste de l'Amérique latine. Il a publié entre autres chez Fayard La Guerre des images (de Christophe Colomb à Blade Runner - 1492-2019) et La Machine à remonter le temps.
     

  • Carmen Bernand a longtemps enseigné à l'Université de Paris X - Nanterre et à l'Institut Universitaire de France. Ethnologue, historienne, sociologue, elle est l'auteur d'une oeuvre exemplaire qui ne cesse d'explorer le passé et le présent, l'Europe et l'Amérique latine. Tous les textes que l'on découvrira dans ce volume font écho à la démarche novatrice de cette universitaire.

  • Après avoir proposé des ouvertures théoriques dans son premier volume, la collection Fabrica Mundi cherche maintenant à poursuivre son enquête sur les voies de l'américanisation. Renversant dès l'introduction le sinocentrisme, actuelle monnaie courante, il s'agit d'approfondir l'idée centrale selon laquelle, à partir du dévoilement de l'Amérique, l'histoire (celle des Occidentaux mais aussi celle des autres ?) s'édifie dans le cadre d'une inscription de l'espace de l'Amérique dans un espace mondial. Ce volume étudie les mécanismes de l'américanisation comme des dynamiques de constructions géographiques et politiques, religieuses ou juridiques : les questions nouvelles d'implantation et de conversion posées par l'Amérique se confrontent en permanence à une série de résonances mondialisées, au niveau des espaces géographiques (la question des portes, des passages, des voies qui opèrent un ensemble de connexions, des projections cartographiques avec l'Asie en permanence dans la mire) et culturels (parcourus par des porteurs d'américanisation comme l'Inca Garcilaso), et au niveau de l'écriture du droit (le rejeu des catégories juridiques entre Ancien et Nouveau Monde) et de l'histoire (celle d'une américanisation préparée dès le Moyen Âge). Dans tous les cas, cela suppose de concevoir l'Amérique comme un laboratoire pour l'Occident : les processus d'américanisation en oeuvre sont autant de raccordements, de filiations, de symétries des temps et des espaces.

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