• - « Je parle à voix basse, je parle lentement. Je parle sans effort mais je ménage mes efforts, me disant que l'oeuvre de Thomas Bernhard le requiert, car quand on la lit longtemps, on finit par avoir peur de s'essouffler, de mourir asphyxié avant d'avoir pu vider son sac. On ressent, comme l'auteur, l'urgence de dénoncer les travers du monde, les scandales de la vie. L'urgence vindicative de Bernhard avait des spécificités biographiques : il a connu la Seconde Guerre mondiale enfant dans une Autriche qu'il détestait, a aimé la musique avec passion, voyagé beaucoup avant de se cloîtrer dans sa ferme, à Ohlsdorf. Cet homme-là a passé sa vie à chercher à respirer, à retrouver son souffle - au sens propre comme au sens figuré -, d'où son style si particulier qui coule comme une rivière, en un déploiement de phrases qui n'en finissent pas, se séparent en ruisseaux ou s'enroulent sur elles-mêmes tels des serpents de mer. Et cette rivière charrie inlassablement ses déchets : la petitesse des esprits, le système éducatif et politique, les bourgeois, la maladie, la mort... C'est pourquoi lire Bernhard ne peut que se faire avec lenteur ; en parler, que dans un souffle. Le souffle de Bernhard lui-même. »
    C'est ainsi que Simon Harel ouvre cet essai intimiste sur Thomas Bernhard. Au lecteur d'y entrer.

  • Les études composant ce numéro se donnent comme terrain de jeux les textes narratifs et les films qui, depuis une trentaine d'années, ont traité de trois villes particulières : Montréal, Paris et Marseille. Le but de l'ensemble est de mieux comprendre comment les textes et les productions cinématographiques donnent sens aux profondes mutations en cours, comment ils interagissent avec l'imaginaire social contemporain, comment ils lisent le devenir de ces trois villes et, quelques fois, parviennent à leur inventer des réserves d'avenir. Au terme de ce volume, le lecteur pourra se faire une idée de la façon dont ces trois villes abordent l'idée du « vivre-ensemble » à l'heure contemporaine. Et c'est bien à la fois le rôle de l'art et de la critique que de faire miroiter cette possibilité.

  • Le zombie contemporain, mort-vivant mangeur de chair humaine, apparaît dans un grand nombre de productions esthétiques depuis le début des années 2000, contaminant une variété de supports (du livre au film, du jeu vidéo à la série télévisée) et différents genres, à commencer par celui de l'horreur.
    Comprenant une préface de Sarah Juliet Lauro, l'ouvrage collectif La mort intranquille se veut un espace de réflexion savante où chercheuses et chercheurs de plusieurs disciplines se donnent pour objectif d'étudier le zombie, de l'autopsier, d'en explorer les incarnations, du mort-vivant romérien au monstre réhumanisé, en passant par la figure de l'infecté.
    Les différents chapitres présentent des analyses formelles ou de corpus et abordent une pluralité d'enjeux par le biais de la figure du zombie, notamment l'imaginaire de la fin, le rapport au temps, les dérives éthiques de la science, le corps et l'érotisme.

  • Vies et fictions d'exils Nouv.

    Vies et fictions d'exils certes, mais au risque de la création et des récits qui ne proposent pas une image stéréotypée des réfugiés et des déplacés. Si la « crise » des réfugiés a retenu l'attention des médias au cours des dernières années, l'art et la littérature sont des espaces où l'exil a droit de cité. Les lectures présentées par les auteurs de cet ouvrage collectif témoignent à la fois de cette tradition et du renouvellement des récits littéraires, photographiques et médiatiques où abondent les représentations des exils. À propos de la réalité de la migration forcée, les auteurs font place à la parole subjective du migrant et aux représentations de l'imaginaire collectif qui le déshumanisent.

  • Au tournant de l'An 2000 apparaît l'idée de créer, dans l'est du centre-ville de Montréal, un quartier des spectacles. Pendant plus de 10 ans, ce projet mobilise la classe politique montréalaise, l'administration municipale, les élites culturelles, le monde de l'immobilier et celui du design. Son importance n'échappe à personne : le Quartier des spectacles sera, à Montréal, le grand projet urbain des années 2000.
    Le projet du Quartier des spectacles donne lieu à une discrète mais féroce bataille autour de l'imaginaire montréalais. Il transforme et renomme un espace mythique, tout à la fois ancien faubourg, Red Light, Quartier latin et pendant francophone du centre des affaires, et annonce une nouvelle manière de construire et d'occuper l'espace. Le Quartier des spectacles redéfinit la montréalité au XXIe siècle.
    Ce premier ouvrage consacré au Quartier des spectacles pose les bases d'une histoire du projet et propose une lecture multidisciplinaire de l'espace qu'il a produit. On y retrouve notamment des recherches inédites sur l'histoire de la mise en oeuvre de projet, sur la place des artistes dans le quartier et sur la vie quotidienne de ses résidants. L'ensemble, hétérogène comme le Quartier des spectacles lui-même, offre une lecture polyphonique et cet espace voué à la représentation, mais dont la représentation reste encore à inventer.

  • Le hobo, c'est une figure fantasmée des années 1960. Une figure obsessionnelle qui hante le narrateur dès son enfance dans la banlieue de Saint-Léonard : une voie ferrée, des convois de trains, des hommes qui sautent dedans à la recherche d'aventures. C'était l'été 1965 de l'insouciance, des rêves de souveraineté, des désirs d'indépendance pour un petit gars de huit ans. Devenu adulte, Simon Harel a voulu comprendre comment la littérature américaine a construit ce fantasme. Comment le Québec s'est singularisé, avec l'étonnant Journal d'un hobo (1965) de Jean-Jules Richard. Comment La route (2006) de Cormac McCarthy prolonge ce fantasme. Mais Simon Harel a aussi eu envie d'offrir une compréhension plus intime de son sujet : ainsi sont nées les fictions du Hobo.

  • Longtemps, Simon Harel a vécu et travaillé à côté de la place Émilie-Gamelin, Il a parcouru ce zoo humain pour enfants orphelins, ce lieu de l'itinérance identitaire, cet envers tragique de la scène festive montréalaise. D'où ce livre doux-amer sur une place mal aimée, invitant à une série de méditations urbaines. L'entreprise n'est pas faite que de mots: l'artiste Boris Chukhovich propose une série de photographies sur les lieux stratégiques de notre univers citadin. Son regard extérieur sur les enjeux de pouvoir et de dépossession accompagne ainsi la pensée intérieure de l'auteur qui a refusé tout compromis pour penser le lieu et son mauvais génie. Et grâce à ce dialogue, nous pourrons peut-être commencer à mieux vivre la place Émilie-Gamelin. Enfin.

  • Du conflit armé à la barricade symbolique, les modalités du siège sont diverses : en font foi les célébrations du 500e anniversaire des Amériques, la crise d'Oka, les audiences publiques de la Commission Bouchard-Taylor, les manifestations numériques dans les jeux vidéos massivement multijoueurs, ainsi que la figuration de l'isolement et de la précarité dans la poésie et la littérature (Émile Ollivier, Milton Acorn, Victor Lévy Beaulieu). À partir de différents domaines disciplinaires (des sciences politiques aux études littéraires), les collaborateurs interrogent les tensions à l'oeuvre entre marginalité et centralité, concertation et dissension, liberté et contrainte, droit d'asile et exil. À l'encontre des discours convenus sur les flux de la postmodernité et la déterritorialisation, nous mettons ici l'accent sur les usages du pouvoir dans l'espace. De diverses manières, la représentation du conflit et de la concertation mise en jeu lors du siège contribue à mieux cerner les modes de relation et de symbolisation qui se construisent au sein d'espaces contraints.

  • L'écriture n'est jamais neutre. Les écrivains méchants nous font éprouver la violence, la cruauté du monde, les traumatismes communautaires ou personnels. Ils crient, éructent, déforment le monde, lui crachent dessus. C'est terrible, mais est-ce bénéfique ? L'écriture de la méchanceté, assurément, nous réveille, nous fait sortir de la torpeur d'une époque où la confusion règne et où la violence guerrière - par les mots, par les actes - est à l'ordre du jour.

  • Au coeur de cet essai, une question toute simple prédomine: nous est-il possible d'habiter des lieux précaires, des espaces qui nous condamnent à une mort lente? Cette inquiétude est motivée par la perception anxieuse d'un espace illimité que les expressions mondialisme ou décolisation qualifient avec difficulté. Cette investigation n'est pas métaphorique. De manière concrète, qu'arrive-t-il aux sujets qui n'ont plus de lieux d'être, à peine des espaces de survie? Est-il possible de créer une nouvelle « invention du quotidien », cet « art de faire » que Michel de Certeau décrivait il y a plus de vingt-cinq ans, auquel nous voulons ici rendre hommage. Si cet essai a un dessein, c'est de braconner au coeur d'une forêt de signes, de faire son chemin pour mieux entendre les « voix » des individus reclus, mis aux arrêts. Le roulier des récits d'Anton Tchekhov vaut bien la silhouette d'Artaud qui marche sans relâche dans la cour de l'asile de Rodez. Les imprécations d'Artaud, qui ont autant de protrations hallucinées, peuvent être entendues aujourd'hui: les naufragés de La Nouvelle-Orélans, les orphelins d'une ville abandonnée par les « pouvoirs publics », tout cela dit la détresse des sans-voix. Avec une certaine ambition, cet essai veut faire entendre la parole révoltée des petites gens qui peinent à vivre. Des Meatpacking Plants de Chicago aux vastes champs de coton du Sud, la vie est dure et vous impose d'être un beast of burden, ce moins-que-rien de l'esclavagisme industriel. Les images de pauvreté du blues de Robert Johnson et Blind Willie McTell ont à peine vieilli. Notre monde est toujours cruel.

  • L'essayiste visite les lieux précaires des hôtels réels (Westin Bonaventure Hotel de Los Angeles) ou fictifs (chez Naipaul), part au Mexique avec Artaud, en Russie avec Tchekhov, en Asie avec Volodine. Il revient à Montréal aussi, avec le projet de Casino de Loto-Québec et du Cirque du Soleil, dont il perçoit la violence faite aux lieux (le Bassin Peel) et aux humains (jetables). Tout pour refuser la déréalisation du monde. Car, finalement, Simon Harel part en guerre contre les pouvoirs institués du langage. L'auteur enseigne à l'UQAM.

  • En retournant la terre de mes mains, j'ai trouvé maintes pépites de la littérature des Premières Nations. Révélées au grand jour, elles ont beaucoup de choses à nous apprendre sur la qualité de ce sol québécois, sur sa composition
    également. C'est toute la fondation symbolique du Québec, aujourd'hui dans une impasse, qu'elles nous invitent à réexaminer.
    Enfin, un parcours critique des littératures
    autochtones ! Retour à l'intérieur de nous-mêmes sur les fondations du territoire et des récits d'origine.

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