• Un livre, selon le mot de Kafka, doit être comme la hache qui brise la mer gelée en nous. C'est à une pareille exigence que répond cet essai, coup porté à notre pensée endormie, à notre chair morte, viande sans plus d'affect. L'auteur ne s'épargne lui-même jamais, dans une volonté d'ébranler toujours à la fois sa pensée et son écriture. À partir d'oeuvres - littéraires, picturales, cinématographiques, musicales - dont la cruauté et la violence rendent possible, chez le lecteur-spectateur, une prise de conscience critique, Martin Tailly développe ici une théorie esthétique de la chair, qui, en sa constellation d'éléments même, cherche à conserver de la chair mortelle le mouvement inquiet. Fidèle à l'exigence esthétique et critique des premiers romantiques allemands, son écriture privilégie, par la pratique du montage et de la digression, à la fois le heurt et l'expression des mots et des idées, et participe ainsi formellement - charnellement - de sa propre esthétique, arrachant le langage à la sclérose de l'habitude et lui redonnant ce pouvoir d'ouvrir, de la pensée, re-suscités, les yeux de chair.

  • Dirigé par Clara Dupuis-Morency et Gabrielle Giasson-Dulude, l'édition automnale de la revue Moebius « Cet animal m'a donné la vie » (Le feu de mon père, Michael Delisle) propose des textes d'Anne-Marie Alonzo (rubrique du fonds Moebius), Simon Brousseau (résidence d'écriture), Anne-Renée Caillé, Jean-Philippe Chabot, Marie-Hélène Constant, Marilou Craft (lettre à une écrivaine vivante), Marie-Ève Fleury, Kristina G. Landry, Catherine Lemieux, Catherine Morency, Camille Readman Prud'homme et Martin Tailly. « Ce pourrait être un animal impossible à reconnaître. [...] Ce pourrait être une colère, ou une joie, dont on survivrait, à répétition. [...] Ce pourrait être une personne venue de nulle part qui aurait échappé à l'une ou à l'autre de ses prisons de chair. Ou encore, un être qui doucement ou dangereusement s'approcherait. Peut-être, plusieurs fois dans une vie, l'étrangeté même et le miracle de vivre ou de revivre, peaux de serpent ou peaux d'âne, membranes, parures, tout ce que l'on emprunte pour fuir ou pour survivre. » (extrait de la présentation)

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