• Le Grenoblois Stendhal est aussi un peu provençal par sa mère, ce qu'on ignore le plus souvent. Son regard comme ses itinéraires témoignent de cette dualité. Il a tendance à rejeter le Dauphiné, son pays natal, où pourtant il finit toujours par revenir, à exalter la Provence « ce pays de poussière et de lumière éblouissante », où il ne fait que passer. De même, il oppose le caractère tatillon, borné, finassier des Dauphinois à la gaieté méridionale, à la franchise et au naturel du caractère des Provençaux. Tout Stendhal est là : profondément subjectif, il aime ou il n'aime pas. Ainsi ses pas nous conduisent de Grenoble - d'abord haï - à ces belles montagnes interdites où « le rebelle » va parfois se promener : Vercors, Grande Chartreuse, Taillefer. Il voit en elle la terre promise. Les grands cols, il les imagine ouverts sur l'aventure, la liberté : ce sera l'Italie et la Provence. Ses voyages, il les fait à dos de mulet, à cheval ou encore sur un bateau à vapeur pour descendre le Rhône de Valence à Avignon. Il vit un grand amour à Marseille et puise son inspiration de romancier dans des villages du Bas-Dauphiné : Thuellin, Brangues ou du Grésivaudan : Allevard, Saint-Ismier. À la fin de sa vie, il fait du « tourisme » sous les traits d'un négociant et observe « ses » pays d'un oeil à la fois ironique et passionné. Puis retrouve avec émotion Grenoble et son Jardin de Ville. « Des gens d'esprit, une ville embellie. » Par une fenêtre du musée qui donne en plein midi, il voit «... au-dessus des délicieux coteaux d'Échirolles couverts par leurs châtaigniers si frais, la plaine du Pont de Claix ; tout près les rochers et les précipices de Comboire. Cet ensemble est bien voisin de la perfection. J'étais ravi au point de me demander comme à Naples : Que pourrais-je ajouter à ceci si j'étais le Père Éternel ? » La nostalgie des climats ensoleillés... et des Alpes éternelles. Stendhal réconcilié.

  • Intellectuelle, artiste peintre, progressiste, féministe, républicaine, révolutionnaire..., c'est beaucoup pour une seule femme, même au plus fort du siècle des Lumières. La vie de Sophie de Grouchy, marquise de Condorcet, fut en effet. pleine de risques et de passions. Occultée pour la postérité par l'ombre de son célèbre mari, Sophie fut de celles dont on dit qu'elles ont connu un destin exceptionnel.
    Chanoinesse issue d'une famille d'aristocrates éclairés, Mlle de Grouchy est, dès l'adolescence, devenue athée par amour pour un oncle voltairien. Elle a vingt-deux ans lorsqu'elle épouse Condorcet.
    Non contente de s'engager dans le combat philosophique et politique, Sophie pratique avec brio l'art du portrait qu'elle a appris chez Mme Vigée-Lebrun. Ce talent lui sera d'un grand secours personnel et financier sous la Terreur, notamment lors de la clandestinité de Condorcet, lorsqu'elle se retrouvera seule pour élever sa fille.

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