• Bruno, l'"Agrume", est un esthète d'aujourd'hui : il fait sécher des citrons et des oranges chez lui pour en observer leur pourrissement multicolore, il s'extasie devant un champ de navets du Val d'Oise et s'émeut de la beauté d'un bouchon de lavabo durci et craquelé. Ensemble, Valérie et l'Agrume essayent de vivre quelque chose qui ressemble à une histoire d'amour.

  • Son arrivée, tout à fait annoncée, reste une surprise jusqu'au dernier moment. Contrairement à l'image assez répandue du petit rôti, il ne fait pas de doute qu'il s'agit déjà d'une personne. Après les premiers jours dans une chambre exiguë, il est temps de sortir pour retrouver le vaste monde.

  • "Mon grand-père amenait ses maîtresses chez lui et faisait l'amour avec elles en couchant ma mère dans le même lit.Ma grand-mère, dont c'était le deuxième mari, demanda le divorce. Après avoir fait mine de vouloir se tuer avec un couteau de cuisine, il accepta gentiment.Ma grand-mère se remaria avec un gigolo, et mon grand-père épousa sa secrétaire qui avait trente ans de moins que lui. Comme voyage de noces, il l'envoya en vacances avec ma mère, car ses affaires le retenaient à Paris et qu'il ne pouvait se permettre de prendre du bon temps comme ça."Ces notes autobiographiques relèvent des gestes, des expressions, des éléments de décor, des choses observées, entendues, des souvenirs d'enfance, des histoires de famille, des réminiscences consignées comme elles venaient dans un ordre arbitraire.

  • Eau sauvage se présente sous la forme d'un "dialogue" à sens unique entre un père et sa fille, dont seules nous parviennent les répliques de ce père envahissant, démonstratif, préoccupé jusqu'à l'angoisse par le bonheur de sa fille, alternant les excès d'attentions et de reproches, et dont la maladresse se révèle en définitive profondément touchante. Dans cette suite de fragments plus ou moins brefs (un simple message sur le répondeur pour les plus courts), Valérie Mréjen donne la pleine mesure de ses qualités : une virtuosité étourdissante pour capter et restituer le langage familier dans ses clichés, ses rythmes et ses nuances de ton, une attention aiguë aux détails de la vie quotidienne, un détachement apparent sous lequel on devine constamment l'émotion. D'une drôlerie constante, Eau sauvage n'en traite pas moins profondément du grand thème qui sous-tend tous les livres de Valérie Mréjen, la difficulté du dialogue entre les êtres. C'est aussi - et de façon extrêmement originale, et peut-être unique, puisque jamais l'auteur ne dit "je" - un autoportrait en creux de l'auteur elle-même, et de toute une génération.

  • Forêt noire

    Valérie Mréjen

    Cela vous fait penser à quoi? Aux fantômes. Mais encore? À des cerises sur un gâteau. Oui. Un gâteau d'anniversaire, qui porterait le nom d'une forêt épaisse et peuplée de fantômes. Et puis? À des couleurs, comme dans un conte : noir comme l'ébène, rouge comme le sang, blanc comme la neige.

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