Littérature générale

  • « Du haut de ce grand mur rigoriste, dont la dalle usée et tiède rend la promenade agréable sous le pied, je prends plaisir à regarder les toits pointus, légers, sombres, hypnotiques et presque ondoyants, puisque vue d'ici la ville intérieure ressemble à une petite mer du Nord sous force quatre, qu'un simple mouvement de bras d'un Moïse bouddhiste suffirait à écarter ou à faire disparaître.
    Disparaître. Toujours ce sentiment à peine voilé, cette impression que rien n'existe vraiment, que tout ce qui enferme d'habitude, un temple, cette muraille, la ville entière, certains de ses habitants, pourrait fort bien se faire effacer par la première brume venue, ou qu'il suffirait de se retourner trop vite pour ne plus trouver qu'un désert de sable derrière soi. »

  • En août 1960, seize ans après la conférence de Brazzaville, la Côte d'Ivoire accède à l'indépendance. Le colonisateur cède alors sa place à l'expatrié. Le premier s'était installé sur des terres qui n'étaient pas les siennes. Le second, depuis, les surexploite avec entêtement, à coups de machines efficientes et de cargos souverains. Les relations qu'entretient la France avec ses anciennes colonies sont d'une ambiguïté exemplaire. En 1978, la famille du narrateur âgé de huit ans s'installe à Abidjan. L'enfant découvre la vie en entrant dans le monde africain : les lumières, les paysages, les saisons sèches et celles des pluies ; le bouillonnement des rues ; l'amour et l'affection très forte qu'éprouve pour lui le jeune couple de domestiques au service de sa famille ; l'humour et les drames... Il s'y sent bien, presque tout lui plaît et il comprend naturellement, intuitivement, que les différences culturelles révèlent un « exotisme » essentiel et bienveillant.

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