Sciences humaines & sociales


  • Fassbinder pratique un cinéma âpre et cruel qui révèle sans concession les blessures individuelles et collectives de la nation allemande. Ses films décrivent la dureté des rapports humains, l'exploitation des minorités, la difficulté à vivre et à aimer et montrent l'échec de l'individu face à la brutalité du monde. Révélant l'envers du miracle économique ouest allemand, le cinéaste dépeint les exclus, les faibles et les marginaux. Cet ouvrage aborde l'oeuvre de Fassbinder par le biais de la crise de l'identité du sujet contemporain et de ses répercussions sur le langage cinématographique lui-même. Quelles sont les modalités de cette crise, replacée dans le contexte historique, socio-politique et intellectuel de l'époque? Comment cette crise est-elle mise en scène? Quel est l'impact de la violence diagnostiquée par Fassbinder sur sa façon de filmer? Comment invente-t-il un langage cinématographique qui rende compte de la déroute de l'individu et nous touche encore aujourd'hui? C'est à ces questions que répond cet ouvrage, en analysant l'ensemble des 43 films réalisés par le cinéaste.

  • Bordeaux a toujours joué un rôle important dans les relations entre la France et l'Espagne. Il allait en être de même lors de la guerre civile espagnole, d'autant qu'une communauté espagnole nombreuse et politisée était intégrée à la population de la ville.
    Le présent ouvrage s'est attaché à étudier les moments où la ville s'est trouvée confrontée de très près à cette guerre : bataille d'Irun sur la frontière, menées des services secrets espagnols, recrutement des volontaires des Brigades internationales, vifs débats dans la presse, arrivée dans le port de l'aide soviétique, accueil des vagues successives de réfugiés.
    Le conflit eut aussi des conséquences très directes dans les années qui suivirent avec les difficultés d'intégration des Espagnols, la politique discriminatoire à leur égard de l'occupant et de Vichy, leur participation à la Résistance et à la Libération.
    Les sources utilisées sont celles de la presse bordelaise, de grande diffusion ou plus restreinte dans le cas des partis politiques, et surtout un travail systématique en archives à Bordeaux et dans la région mais aussi en Espagne.

  • Ce numéro interroge à la fois le concept de "simulacre" et son usage au XVIIIe siècle, particulièrement mais non uniquement, chez Diderot. En effet, le mot, rendu péjoratif par la critique de l'idolâtrie (conçue comme l'adoration des simulacres) au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, avec des auteurs comme Bayle ou Fontenelle, subit une revalorisation et une re-sémantisation au cours du XVIIIe siècle : le simulacre n'est plus alors une idole trompeuse mais bien une image, une forme, d'un type particulier qui vaut par sa présence et non parce qu'elle représente. C'est en ce sens que Diderot le théorise dans son court texte Mystification et c'est dans cette perspective, celle d'une figuration sensible et d'une expérience de pensée, que les différentes contributions de ce volume explorent et questionnent l'éventail extraordinaire de simulacres ayant figure humaine présent dans l'oeuvre diderotienne : des mannequins, des pantins, des automates, des marionnettes, des statues, des fantômes... et peut-être même des thermomètres.

  • La fin du xixe siécle, marquée par une vie politique chaotique et rythmée par les scandales, voit fleurir des "fictions autoritaires", qui entendent renouer avec un objectif éthique, tout en d'épassant et en renouvelant le genre du roman à thèse : elles ambitionnent, par la voie de la fiction, de fonder les prémices de communautés nouvelles et de supplanter les visions déceptives du monde.
    Des écrivains engagés, souscrivant à des idéologies diverses (Zola, Barrès, Bourget) proposent audacieusement des formes romanesques inédites et construisent des contre-mondes, instituant ainsi l'oeuvre littéraire comme un rempart contre la dégradation morale, spirituelle et politique de la nation.
    Le romanesque débridé, la fantaisie, l'écriture de l'émotion, la réflexion sur les pouvoirs de la langue, l'ethos de ces écrivains, éclairent d'un jour nouveau un genre dont on a trop longtemps méconnu l'intérêt et les enjeux véritables.
    Envisager à nouveau frais ces oeuvres, qui furent des événements marquants de la vie intellectuelle de la fin du siècle, permet de repréciser le paysage littéraire du temps, mais aussi d'interroger la fabrique des discours politiques (nationaliste, socialiste, humaniste) que le roman, laboratoire des expériences possibles, permet de reconfigurer et dont les échos, les images, les structures organisent, peut-être à notre insu, la pensée politique d'aujourd'hui.

  • Écrire l'histoire d'un crû classé du Bordelais, n'est-ce pas se contenter de voler au secours d'une victoire déjà assurée ? Sans doute. Mais quand cette histoire est exemplaire des continuités et des transformations séculaires du vignoble des Gravas de Bordeu, cet « espace matriciel de la viticulture bordelaise » pour reprendre les mots de Sandrine Lavaud, pourquoi la dédaignerait-on ? D'autant que les monographies sur les grands domaines de Graves ne sont pas légion. Des tenanciers médiévaux de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux dans cette paroisse Notre-Dame de Martillac, jusqu'à la renaissance des vingt dernières années sous la direction de Florence et Daniel Cathiard, le livre retrace l'évolution du bourdieu de Maujan, devenu maison de campagne des Douzon de Bourran à l'Époque moderne, puis propriété du sage et truculent personnage que fut Dufour Dubergier, maire de Bordeaux, « Roi d'Aquitaine », inventeur du classement de 1855 et véritable créateur du vignoble actuel. Exemplaire des continuités et des transformations séculaires du vignoble de Graves, avons-nous dit, cette histoire ne saurait se passer de son contexte. Privilège des vins de Bordeaux, hiver terrible de 1709, oïdium, occasion ratée du classement de 1855, phylloxéra, etc. Heurs et malheurs des Graves de Bordeaux, qui n'ont rien à envier dans leurs plus belles réussites à la gloire médocaine. Smith Haut Lafitte en est une démonstration.

  • Si les écrits occidentaux sur l'Autre, Arabe ou Oriental, sont pléthoriques, qu'en est-il de ceux produits par le monde arabo-musulman ? De quels types de représentations l'Autre a-t-il fait l'objet dans les textes arabo-musulmans ? Enfin quelles sont en somme nos connaissances actuelles au sujet des représentations arabo-musulmanes de l'Autre ? C'est à ces questions que tentent de répondre les différents articles qui composent cet ouvrage ; car à l'instar des autres cultures, celle du monde arabo-musulman, à travers ses hommes de lettres, ses historiens et ses artistes, a développé ses propres représentations de l'Autre. Cet Autre, selon les époques, l'espace géographique, les sensibilités, et le lieu d'où l'on parle, s'avère variable, incarnant tantôt une « altérité proche » tantôt une autre, foncièrement lointaine.
    L'ouvrage est organisé en trois parties :
    Dans la première sont abordées des questions liées à l'altérité et ses représentations dans le monde arabo-musulman de manière générale. Certaines contributions s'attardent sur quelques notions et terminologies arabes qui ont servi et servent encore à appréhender l'Autre ; d'autres tentent de dévoiler les multiples regards portés sur les autres, qu'ils soient des « Autres proches » à l'image des Berbères ou des chrétiens d'Orient ou des Autres lointains comme les Japonais. La deuxième partie est consacrée à l'art et à la littérature d'expression arabe. Les contributeurs analysent, à partir du prisme de l'altérité, différentes oeuvres modernes de quelques auteurs des plus marquants de la scène littéraire arabe (al-ayib li, Hud Barakt, Tawfq al-akm...). La troisième partie, quant à elle, permet de mettre en lumière d'autres sensibilités et d'autres manières d'aborder l'altérité dans le monde arabo-musulman car ce sont les oeuvres littéraires écrites par des écrivains arabes francophones (Fouad Laroui, Driss Chraïbi, Boualem Sansal) qui font l'objet d'analyses et d'investigations.


  • La spiritualité, comprise ici dans un sens très large, incluant les discours de sagesse, les références aux religions et les schèmes de pensée que celles-ci ont diffusés, mais aussi les quêtes mystiques, semble bien être l'une des grandes affaires de notre temps. Ce n'est pas tout à fait ce qu'avaient laissé prévoir les messianismes essentiellement profanes qui avaient présidé naguère à l'anticolonialisme militant ; mais c'est néanmoins une des dimensions irrécusables des tensions identitaires et politiques contemporaines. Les littératures africaines, elles aussi entendues au sens large dans ce volume, en témoignent dans leur diversité. Les analyses réunies ici s'intéressent à la dimension religieuse, non seulement des réalités sociales représentées, où se concurrencent parfois plusieurs traditions religieuses, mais aussi de l'écriture littéraire elle-même, à la fois réceptable de savoirs culturels, lieu de négociation et d'adaptation identitaire, et creuset, aussi, de quêtes personnelles face à l'absolu.

  • Cet ouvrage collectif, partiellement issu d'un colloque organisé à l'Université de Paris-Nanterre, entend rendre justice à l'écrivain guinéen Williams Sassine (1944-1997), qui n'a sans doute pas bénéficié jusqu'à présent de toute l'attention qu'il méritait. Par ce titre en forme de clin d'oeil à l'un de ses romans, il s'agit de rappeler que son oeuvre, riche, diverse et surprenante par ses changements de ton, de genre, de registres et de thèmes, fait de lui l'un des auteurs majeurs de la littérature africaine francophone d'après les Indépendances. L'ouvrage aborde l'ensemble de sa création littéraire, inaugurant ainsi l'analyse de ses oeuvres dramatiques. Ses textes sont soumis à des éclairages variés qui mettent en lumière certains aspects de son esthétique romanesque, soulignent le caractère novateur et postcolonial de son écriture théâtrale ou encore révèlent les enjeux éthiques, politiques et philosophiques qui sous-tendent et déterminent en profondeur l'évolution de l'ensemble de l'oeuvre - romans, pièces de théâtre, nouvelles ou chroniques - depuis la première parution (1973) jusqu'à l'ultime publication, posthume (1998). Complétant l'apport des contributions universitaires, le volume propose enfin d'autres regards sur l'écrivain et son oeuvre : celui de sa biographe, des écrivains Tierno Monénembo et Alioum Fantouré, ses compatriotes, et de comédiens qui ont choisi de mettre en scène les textes de W. Sassine.

  • En 1730, une première loge maçonnique voit le jour au Bengale à Fort William, le comptoir fortifié à partir duquel opère la Compagnie anglaise des Indes orientales. Dès lors, les loges coloniales se multiplient si bien qu'en l'espace d'une décennie, la franc-maçonnerie britannique trouve un ancrage permanent sur le sous-continent indien. Sa rhétorique universaliste vise à promouvoir une véritable fraternité entre les hommes. Pourtant, les premières loges sont composées essentiellement de coloniaux et se font rapidement le relais de l'impérialisme britannique, qui postulait la supériorité naturelle du peuple colonisateur. Cette contradiction apparente entre rhétorique universaliste et participation à l'entreprise coloniale soulève un certain nombre de questions. Comment la franc-maçonnerie s'implante-t-elle et se diffuse-t-elle dans l'Inde britannique ? Accepte-t-elle d'initier les autochtones ? Quels liens entretient-elle avec l'impérialisme britannique ? Enfin, comment parvint-elle à s'accommoder des tensions générées par la contradiction entre son idéal d'universalisme et d'égalité, et son adhésion à l'impérialisme britannique ? L'Inde coloniale, de par son mode d'administration et la grande diversité de ses populations locales, constitue un terrain d'étude privilégié pour examiner les interactions entre la franc-maçonnerie et le pouvoir colonial. Cet ouvrage tente d'offrir de nouveaux éclairages sur le fonctionnement de la franc-maçonnerie tout en proposant une façon originale de penser l'impérialisme britannique, axée sur le rôle des institutions culturelles.

  • À l'heure où les idées démocratiques sont contestées dans plusieurs parties du monde, il n'est pas inutile de s'interroger sur la manière dont celles-ci se sont diffusées. Cette question, qui est sous-tendue par celle de la traduction des textes de la philosophie politique moderne, est un champ largement inexploré en Asie, notamment au sujet de Jean-Jacques Rousseau. Ce numéro entend explorer la circulation des textes politiques du Citoyen de Genève dans une Asie comprise au sens le plus large, comprenant aussi bien la Chine et le Japon que les mondes arabe et turc, en passant par le Vietnam.
    Dans tous les cas, l'objectif a été d'analyser la présence des textes politiques de Rousseau non pas comme le produit d'une réception, dans lequel la traduction serait un phénomène évident et mécanique, où les Asiatiques ne joueraient aucun rôle, mais bien comme celui d'une circulation, dans laquelle les intéressés prennent l'initiative et utilisent les textes dans des buts que le décalage entre texte original et traduction contribue à révéler. Ainsi, la circulation des textes politiques de Rousseau s'inscrit dans le phénomène de "transfert culturel", avec l'objectif de démocratisation.


  • Les articles réunis dans ce numéro abordent de différentes manières les relations qui ont existé et qui existent encore entre le théâtre arabe et la culture occidentale ainsi que l'influence exercée par cette dernière sur les arts spectaculaires arabes. Certaines contributions revêtent un caractère historique puisqu'elles retracent de manière générale l'histoire du théâtre arabe en lien bien sûr avec l'art dramatique occidental, d'autres abordent la question en étudiant des pièces adaptées ou inspirées d'après le répertoire occidental et enfin d'autres articles sont consacrés à des dramaturges aussi bien arabes tels Slimane Ben Aïssa, qu'européens comme Philippe Berlin, qui ont réussi à produire un théâtre métissé alliant esprit arabe et forme occidentale.

  • La métamorphose semble revenue au premier plan dans les littératures d'enfance et d'adolescence, comme dans la culture populaire. Les vampires, loups-garous, hybrides et anges déchus sont les héros cathartiques des narrations contemporaines. Cet essor d'un imaginaire qui reprend des figures anciennes suscite de nombreuses questions.
    Ce livre offre une réflexion panoramique et historique sur le champ de la littérature pour la jeunesse comme sur ses déclinaisons en images (mangas, films) et ses modes de réception particuliers (fan-fictions). Comme dans Pinocchio et dans les aventures d'Alice, le mythe contemporain continue à mettre en scène des questions cruciales en figurant des êtres qui changent, image de la croissance mais aussi de l'inscription dans une identité sexuée. Mais quels sont les enjeux de ce mythe en ce début de millénaire ? Jusqu'à quel point se transforme-t-il ?
    De prime abord, le plus frappant est que la métamorphose devient une chance, l'horizon à atteindre d'une adaptation merveilleuse. L'être métamorphosé n'est plus l'autre que l'on regarde mais un miroir de celui que l'on pourrait devenir. Au prisme de ce thème, sont interrogés les rapports entre féminin et masculin, humain et non-humain, vie et mort, essence et artifice. Des classiques de la métamorphose aux figures et pratiques singulières de la période actuelle - de la culture sérielle au domaine littéraire -, les objets et questions envisagés ici mettent en lumière des mutations cruciales pour la compréhension d'un imaginaire contemporain.


  • "Perdants" de l'Histoire, et, à ce titre, longtemps maltraités dans l'historiographie française, les dévots sont généralement ravalés à des clichés : catholiques fanatiques pendant les guerres de Religion, suppôts de l'Espagne sous le règne d'Henri IV, comploteurs invétérés sous celui de Louis XIII... Ils sortent enfin de l'ombre avec ce livre, fruit de rencontres organisées à l'Université Paul-Valéry Montpellier III par le Pr Serge Brunet. Les treize contributions retenues couvrent la majeure partie de la période moderne, de la fin du XVI

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    siècle au temps des Lumières. Elles reconstituent, tout d'abord, les affinités et les modes d'association des dévots, dans l'orbite de l'Oratoire, de Saint-Sulpice et de la Compagnie de Jésus. Elles approfondissent, ensuite, la question de leur engagement politique, à travers leur implication dans la querelle janséniste, leurs activités dans les provinces françaises, leurs liens avec l'Espagne, leur positionnement à l'égard de la monarchie absolue... Elles restituent, pour finir, leurs oeuvres spirituelles et charitables, en s'attachant à refléter la diversité de ces dernières : dons de reliques, missions rurales, assistance aux pauvres, évangélisation de la Chine.

  • Adaptation, arabisation, marocanisation ou simple traduction : toutes ces formes d'emprunt au texte étranger furent massivement pratiquées par les dramaturges marocains. Cet ouvrage retrace la généalogie de la pratique de ces emprunts en analysant les processus intertextuels et interculturels à l'oeuvre dans les pièces et les spectacles adaptés les plus marquants du répertoire marocain.
    Défrichant des pans jusque-là inexplorés de l'histoire du théâtre au Maroc, l'auteur analyse cinq moments charnières dans l'évolution de cette pratique interculturelle : les premiers contacts avec le théâtre étranger ; l'implantation et l'adaptation ; la marocanisation et l'expérimentation ; la transplantation ; les nouvelles dramaturgies.
    L'emprunt au théâtre étranger au Maroc reste forcément lié à des hommes et des femmes de théâtre qui se sont illustrés dans une pratique particulière de la traduction ou de l'adaptation et/ou ont inventé de nouvelles approches du texte occidental. Une partie importante de cet ouvrage est donc aussi consacrée à quelques-uns de ces faiseurs de théâtre, comme Mehdi Mn, André Voisin, Abdessamad Kenfaoui, Ahmad Tayeb Al-Alj, Tayeb Saddiki, Mohamed Kaouti, Abdalmajid Elhaouasse, Asmaa Houri.

  • Cet ouvrage propose une exploration inédite du cinéma français pendant l'Occupation (220 films de fiction produits entre 1940 et 1944) au prisme de ses représentations de la jeunesse. À travers cinq études de cas (quatre jeunes premières - Marie Déa, Odette Joyeux, Micheline Presle, Madeleine Sologne - et un jeune premier - Jean Marais - ayant en commun de devenir des vedettes au cours de la période), l'ouvrage analyse la construction symbolique et culturelle des identités et des rapports de genre et de génération durant cette période. S'inspirant des théories et des méthodes issues des gender studies, des cultural studies, des star studies et de l'histoire culturelle, ce travail s'appuie sur l'analyse des films et de leur réception critique, ainsi que sur l'image des jeunes premier-e-s dans la presse populaire de l'époque. La mise en perspective de ces représentations par rapport au contexte sociopolitique fortement bouleversé de l'Occupation révèle l'ambivalence constitutive des valeurs véhiculées par ces vedettes, travaillées par la tension entre une idéologie réactionnaire qui met en avant les femmes et les jeunes comme pivots du redressement national et un questionnement sur les places et les rôles dévolus aux femmes et aux hommes, aux jeunes et aux adultes, aux enfants et aux parents. Chacune de ces figures est en effet construite sur un tiraillement entre subversion et maintien de l'ordre (social, sexuel ou générationnel), contribuant tout autant à réaffirmer les frontières du genre et de l'âge qu'à les redéfinir. Les jeunes premier-e-s de l'Occupation séduisent ainsi un public large aux intérêts et aux sensibilités politiques divergents, à une époque où la répression politique et morale côtoie un certain relâchement des contraintes sociales et familiales.


  • Fruit d'une recherche de terrain méthodiquement conduite, le travail de Raphaël Thierry analyse une somme impressionnante de données, ce qui lui confère une incontestable dimension documentaire. [...] Étude holistique d'un objet manifestement ardu, Le Marché du livre africain représente, au bout du compte, une contribution de tout premier ordre à la connaissance et la compréhension des logiques qui sont à l'oeuvre dans le marché éditorial africain contemporain. Par les informations rassemblées, par les analyses amorcées ou même seulement esquissées en notes, l'ouvrage [...] est tout aussi incontestablement une exploration décisive d'un objet de toute première importance symbolique mais aussi économique, pour l'Afrique, voire pour nombre de pays de l'hémisphère Sud que la globalisation dans sa configuration actuelle menace de laisser sur le bord de la route. Pierre Fandio (Extrait de la préface)

  • À partir de plusieurs approches disciplinaires (sciences de l'éducation, histoire, philosophie, sociologie), ce livre entend faire le point de l'état actuel des différentes pratiques d'enseignement de la philosophie en France. Ces pratiques confrontées à des expériences européennes (Belgique, Grande-Bretagne, Italie), à celles des différents acteurs en France, sont mises en perspectives et interrogées. Leur diversité fait sens et permet de comprendre les enjeux actuels d'un enseignement renouvelé de la philosophie dans le secondaire et à l'Université.
    L'originalité scientifique de l'ouvrage est d'essayer d'articuler ces différentes perspectives afin de montrer comment l'enseignement de la philosophie dans les classes ou dans les amphithéâtres peut s'enrichir et se renouveler par des pratiques éprouvées depuis une vingtaine d'années : enseignement dans le primaire, en lycée professionnel, dans les UFR de médecine, par exemple. La confrontation à la pratique réelle des élèves et des étudiants, à la formation des enseignants, aux techniques d'enseignement et aux programmes permet d'envisager de façon sereine des évolutions et l'ouverture vers de nouveaux territoires où il serait possible de philosopher de façon solide et argumentée. La demande de la société civile en la matière est importante : les apports de la tradition éprouvée et les renouvellements en cours ont été l'objet d'un examen attentif dont cet ouvrage est l'expression.

  • Résolument ouvert aux études pluridisciplinaires et comparatives, cet ouvrage a pour ambition première d'offrir à ses lecteurs l'occasion de subsumer la Cuba coloniale et révolutionnaire à l'échelle du continent américain, en revisitant, à la lumière des derniers progrès scientifiques, l'oeuvre polygraphique de l'intellectuel et homme d'action José Martí (1853-1895). Richement documenté et doté d'analyses inédites, cet ouvrage n'est pas destiné aux seuls civilisationnistes, historiens ou politistes, mais s'adresse à tous ceux qui souhaitent saisir la richesse et la transcendance de la pensée politique d'un des plus illustres écrivains latino-américains. De l'aveu du Professeur Jean Lamore, membre du Comité mondial de solidarité José Martí de l'UNESCO : « Ce livre répond à un besoin, à la fois culturel et géopolitique, et sa pertinence en cette deuxième décennie du siècle ne souffre aucun doute. C'est ainsi que plusieurs auteurs montrent que les analyses de José Martí ont franchi plus d'un siècle sans prendre une ride : au contraire, en ce début du XXI e siècle, beaucoup de Latino-américains les découvrent. »

  • Comment se forme le savoir cartographique sur un territoire national et de quels usages sociaux et politiques ce travail scientifique devient-il l'enjeu ? C'est à cette double question centrale que cet ouvrage s'attache à répondre. L'auteur prend pour terrain de recherche la Tunisie du XIXe siècle : elle y suit d'abord l'activité pionnière de voyageurs cartographes pour donner à voir comment s'opère le passage de l'itinéraire à la carte. Elle étudie aussi le processus d'adoption de la carte par les autorités civiles et militaires, pour la formation des officiers à l'École polytechnique du Bardo, pour la représentation des villes ou lors de négociations qui visent à fixer la frontière avec l'Algérie voisine, devenue colonie française. Fruit d'un savoir scientifique, la carte est également porteuse de nouveaux modes de gestion politique du territoire.
    Cette analyse historique, fondée sur une documentation de première main, s'est enrichie des ressources de la géographie, de la science politique et de la sémiologie. Son originalité tient aussi à la capacité qu'a l'auteur de restituer les conditions matérielles et les effets institutionnels de l'activité des cartographes, rendue tangible et vivante. Le lecteur est ainsi invité à mettre ses pas dans ceux de ces arpenteurs de l'espace tunisien, qui ont su engager des rapports de réciprocité sous forme d'échanges interculturels de savoirs et de savoir-faire


  • Comme leurs aînés, les jeunes lecteurs apprécient les fictions historiques, les romans, les BD, les albums qui les plongent dans un univers révolu. Les collections en édition jeunesse se multiplient pour donner à lire le passé, comprendre le présent ou parfois simplement proposer des histoires dans lesquelles l'Histoire constitue un décor aux couleurs attrayantes. Fictions historiques pour la jeunesse en France et au Québec s'attache à décrire ce phénomène éditorial, littéraire et culturel. En s'appuyant sur des travaux portant sur la France et sur le Québec, cet ouvrage montre que la littérature jeunesse n'échappe pas aux conséquences économiques et culturelles de la mondialisation et qu'il existe bien des formes de fictions historiques communes. Pour autant, le contexte sociopolitique de production rend plus ou moins aisée l'évocation de certains pans du passé. Or, l'histoire et la mémoire participent, de manière particulièrement sensible, des constituants des consciences nationales. Ce livre s'inscrit au croisement de plusieurs domaines : littérature, histoire, histoire des arts, ou études culturelles. De l'Antiquité à Octobre 1970, des trappeurs aux héroïnes du Grand Siècle, de la mémoire de l'esclavage à celle de la guerre d'Algérie, les questionnements variés permettent d'appréhender les fictions historiques pour la jeunesse dans leur diversité.

  • Cet ouvrage s'inscrit dans le cadre de GENERATIO, programme quinquennal de recherche de la Maison des Sciences de l'Homme d'Aquitaine qui étudie la construction des jeunes générations en Europe du XIXe siècle à nos jours. Il fait suite à un premier volume portant sur les livres pour enfants publiés en France depuis 1945.
    Il s'agit ici d'interroger les représentations du genre à travers un éventail de contributions consacrées aux livres pour la jeunesse dans différents pays d'Europe depuis deux siècles. Cette contextualisation élargie invite à considérer la dimension paradoxale d'une littérature qui ambitionne d'abolir les frontières - de la "république de l'enfance" de Paul Hazard à IBBY - alors même que les contextes nationaux conditionnent fortement la production et la réception des livres, partant les représentations du masculin et du féminin.
    L'organisation de l'ouvrage ne se fonde ni sur une chronologie ni sur une répartition géographique, mais s'articule autour de trois axes pour aborder la question du genre : la mise en valeur du féminin, le poids des contextes, les phénomènes de sérialité. Il s'agit soit de porter un regard rétrospectif sur une production ancienne, parfois enfouie, et de la revisiter à la lumière des travaux récents sur le genre, soit de considérer les livres publiés aujourd'hui et le miroir qu'ils tendent au jeune lecteur. Qui sont les héros emblématiques : garçons et/ou filles ? Que disent-ils des sociétés dans lesquelles ils s'inscrivent, de leur vision de l'enfance et de la construction d'une jeunesse ?

  • Utiliser les réseaux comme outil d'analyse en histoire est aujourd'hui devenu incontournable. Les sociétés humaines, conçues en tant qu'espaces relationnels de coopération ou de confrontation, concernent en effet toutes les périodes historiques. En outre, les outils actuellement disponibles afin de représenter graphiquement les réseaux sociaux permettent d'apporter un regard plus aiguisé sur la densité des liens, voire leur nature, ainsi que le degré d'intégration des individus dans ces réseaux. Parallèlement, les recherches sur le genre ont également connu un formidable essor, mais elles ne croisent que de manière extrêmement marginale la thématique des réseaux.
    La spécificité de cet ouvrage collectif, dû à l'initiative d'une équipe d'historien·ne·s des universités de Bordeaux Montaigne et de Rennes 2, est de proposer une approche au carrefour de l'histoire des réseaux et des gender studies.
    Sur un temps long - du XVIe siècle à nos jours -, cet ouvrage s'intéresse à la place et au rôle des femmes dans les réseaux, qu'il s'agisse de la formation de réseaux exclusivement féminins ou de la participation des femmes à des réseaux mixtes. L'approche envisagée est résolument transdisciplinaire, afin d'enrichir la réflexion historique des apports et de la comparaison avec d'autres disciplines telles que la sociologie, discipline pionnière dans l'analyse des réseaux, l'anthropologie, la géographie ou bien encore le droit.


  • Cet ouvrage, issu des travaux du groupe TIC-IS de la Société Française des Sciences de l'Information et de la Communication, a pour objectif de mettre en évidence de nouvelles approches avec les théories des systèmes, de la non-linéarité et de la complexité, afin d'appréhender plus facilement le développement d'Internet et des réseaux numériques. En effet, l'extraordinaire développement de ces réseaux est marqué par un double mouvement d'expansion et de fragmentation. Les relations entre acteurs évoluent, et s'il est aujourd'hui facile et rapide d'accéder à un large ensemble d'informations, le niveau de qualité des données « disponibles » est inégal. L'ambition de ce volume est d'approfondir la réflexion autour de plusieurs perspectives : comment les informations naissent-elles et circulent-elles ? Comment les réseaux évoluentils ? Quelles interactions pour favoriser les stratégies économiques, territoriales et/ou professionnelles ? Quelles pratiques et/ou usages pour favoriser l'émergence de projets durables ? Comment mettre en place une construction collective des connaissances ? Les textes réunis témoignent des enjeux de la recherche sur le numérique en sciences de l'information et de la communication : quelles directions ? quelles significations ? Le Web a-t-il un sens ?

  • Depuis peu, l'apparition du terme d'ethnopragmatique exprime l'intérêt croissant pour les questions qu'elle soulève, et surtout, pour les manières dont elle les résout. L'expression a été utilisée pour la première fois dès 1993 - semble-t-il - par Alessandro Durante qui a formé un "mot valise" pour réunir deux traditions antérieurement séparées : d'un côté, l'anthropologie, discipline à laquelle il se rattachait par ses enquêtes, et de l'autre, la pragmatique du langage, type de linguistique développée à la suite de Wittgenstein et d'Austin. L'importance accordée aux discours enregistrés permet, pour sortir des thèmes canoniques de l'anthropologie, d'examiner n'importe quel objet à partir des propos tenus sur les pratiques par les acteurs et les témoins. Pour cela, l'ethnopragmatique, rendue possible par l'usage du magnétophone, utilise les instruments que nous fournit la pragmatique du langage appliquée à l'analyse des paroles recueillies lors des enquêtes, propos que l'anthropologue présente à son lecteur. Ces procédures s'appuient sur de nouveaux paradigmes (continuité entre discours naturel et discours sérieux, pluralité des points de vue, interaction, sources de première main, critique des informations, microanalyse) et font du processus d'enquête un instrument de connaissance.Ce livre retrace la démarche ethnopragmatique qui désigne, depuis une quinzaine d'années, les moyens utilisés pour surmonter les obstacles rencontrés à chaque étape des recherches.

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