Grasset

  • Août 1914, il n'y a plus d'hommes à Paris. Les femmes s'organisent. Dans une jolie maison, à l'orée du bois de Boulogne, Colette, la romancière, la journaliste célèbre, fait venir ses amies les plus proches. Toutes appartiennent au monde de la littérature et du spectacle. Il y a Marguerite Moreno, la comédienne. Annie de Pène, la chroniqueuse et « presque soeur ». Musidora dite Musi, bientôt la première vamp du cinéma...
    Ces quatre femmes libres s'inventent une vie tendre, pleine de rêves et de douceur : les cheveux courts et sans corsets, elles n'oublient pas le ciel de Paris où passent les dirigeables, ni leur travail, ni les hommes. Elles vont vers l'être aimé, quel qu'il soit. Au coeur de l'histoire, sanglante et sauvage, elles affirment leur personnalité, leur tendresse et leur insoumission.
    Avec sensualité et talent, Dominique Bona raconte les passions de ces femmes libres, qui resteront amies jusqu'à la mort.
     

  • « Je rencontrais une écriture qui crevait la surface protectrice de la vie pour toucher l'âme, le corps qui souffre ce qu'un être humain ne doit pas souffrir. Les mots peuvent dire ce qu'il est à peine supportable de voir, et de concevoir. Et ils peuvent ramener l'amour que Charlotte Delbo avait eu pour toutes celles, ceux qu'elle avait vu souffrir. La lucidité, la capacité de dire et d'écrire était là. Une langue pouvait rendre ce qui avait eu lieu. Le trou que faisait dans notre humanité la catastrophe d'Auschwitz, un écrivain me donnait le moyen de le raccommoder avec une oeuvre qui en faisait le récit. Elle avait cherché la beauté de la langue dans le terrible des mots ciselés en arrêtes coupantes. Elle les disait avec la douceur qui prend quand l'au-delà de la douleur est atteint.
    Elle l'écrivait des années plus tard, ouvrait les images restées, elle interrogeait avec liberté les souvenirs au moment où elle les écrivait, elle découvrait la vie retrouvée ». G. D.collection littéraire dirigée par Martine Saada

  • « Il y a un mystère Zweig : j'ai écrit ce livre pour tenter de le percer. Comment un écrivain aussi secret et discret a-t-il été capable d'allumer un feu chez ses créatures romanesques et de le faire partager à ses lecteurs ? Ce sont les origines de ce feu que j'ai cherché à découvrir à travers les péripéties de sa vie. Je suis allée à Vienne et à Salzbourg, dans cette Autriche finissante avec laquelle Zweig a entretenu des rapports si complexes d'amour-haine, puisque ce pays a été sa véritable patrie et la source de tant de souffrances. Je suis allée au Brésil, à Petropolis, haut lieu de son suicide et de son désespoir. Homme de passion, sous son élégance MittelEuropa, c'est un écrivain qui se livre difficilement. Il faut partir à sa recherche, décrypter ses amours et ses amitiés. Ce parfait homme de lettres en apparence est un artiste qu'attire la foudre - les folies d'Amok ou les tabous de la vie des femmes, que celles-ci osent à peine s'avouer à elles-mêmes, leurs voluptés secrètes. Ami de Romain Rolland, d'Emile Verhaeren, de Thomas Mann, de Joseph Roth, tous grands Européens qui croyaient comme lui à la paix, à l'amitié, dans un monde ouvert et concilié, cet écrivain raffiné, choyé par les élites, aurait pu demeurer comme l'archétype d'une civilisation disparue. Son prodige est d'avoir réussi à conquérir aujourd'hui un si vaste public. Loin de rejoindre dans les bibliothèques les auteurs à demi oubliés de son temps, Zweig rayonne. Il continue de séduire. On aime son style, rapide et sûr. Sa compassion, inégalable. Sa sensibilité d'écorché vif. Peut-être aussi les lueurs sombres, les fumées délétères de son oeuvre, qui correspondent si bien à nos angoisses, à nos tourments contemporains. Zweig était lui-même biographe : auteur de livres qui sont des modèles du genre, Marie Stuart ou Marie-Antoinette. C'était pour moi une dette d'écrire à mon tour sa biographie : tenter de rendre vivant cet homme de passion dans une biographie passionnée. »

  • Février 1938, 11 rue de l'Assomption, Paris : devant la grille d'une maison cachée dans un jardin, un homme vieillissant s'apprête à rendre les armes. A soixante-six ans, écrivain et poète légendaire, professeur au Collège de France, père de famille et mari aimant, il est le grand personnage de la Troisième République. Pourtant, c'est un homme sans défense qui s'engage dans une bataille qu'il s'était juré de ne plus livrer : celle du coeur. Paul Valéry est amoureux, et Jeanne Voilier la plus terrible des guerrières.
    Avocate, éditrice, divorcée et libre de moeurs, courtisée par les plus grands, elle a pris sa revanche sur ses origines lorsqu'elle rencontre Paul Valéry. Lui aussi a connu d'autres femmes, mais jamais il n'a laissé l'amour briser la forteresse de son esprit ou nuire à sa famille et à son écriture. Le corps sculptural de Jeanne, son sourire, son charme mystérieux auront raison de lui : la passion va le submerger. C'est l'histoire d'un amour brûlant que nous raconte Dominique Bona. Biographie d'un couple hors du commun, talentueux, tendre, cruel, traversé par la littérature et par la grande histoire...

  • Ce livre ignore le bien. Pablo Escobar représente même son contraire : la figure achevée du mal. Le patron du cartel de Medellin a fait fortune en contrôlant la production de cocaïne dans le monde, usant de toutes les violences. Lorsqu'il fut abattu, en décembre 1993, on lui imputait plusieurs milliers de morts. Il faut pourtant se garder de lancer ce héros trop vite vers les poubelles de l'Histoire. Ce qu'il possède de monstrueux témoigne d'un désarroi de l'univers hispano-américain. Jean-François Fogel glisse ainsi de la saga d'un bandit vers l'économie politique, le récit de voyage, l'étude des relations internationales et de la littérature. Dans le destin d'un criminel hors pair apparaissent le poids du passé, l'ombre des Etats-Unis, les difficultés des plus pauvres, l'inertie de la violence, le romanesque des caudillos, l'Etat fiction. Escobar - voilà pourquoi ce livre ignore le bien - n'est dès lors qu'un homme qui raconte comme Bolivar, comme les héros de Gabriel Garcia Marquez, un continent éloigné du monde.

  • Elle a soigné les voix de Jeanne Moreau, Philippe Noiret et Anne Parillaud.  C'est grâce à elle que Guillaume Gallienne a trouvé le timbre juste et les intonations qui lui convenaient, cessant enfin de parler avec la voix de sa mère et découvrant, dans le même temps, sa vocation de comédien.
    Claude Fugain est phoniatre. Depuis cinquante ans, elle  enseigne à ses patients à utiliser cet instrument de pouvoir complexe et merveilleux  qu'est la voix.  Hommes politiques à bout de souffle, professeurs aphones, comédiens inaudibles,  avocats faussets, femmes dont les voix fluettes se perdent en réunion, aussitôt couvertes par celles de leurs confrères masculins, tous ont auprès de ce médecin exceptionnel enfin appris à se faire entendre.
    Ce livre unique raconte ces renaissances, mais aussi l'histoire de Claude Fugain, née dans une famille où la voix était un don  ; ses combats pour faire avancer sa discipline  ; les premiers pas de l'implant cochléaire  ; la joie et les larmes sur le visage de ses patients qui, pour certains sourds et muets depuis plusieurs années, tout à coup réentendent. Il évoque avec passion cette part émouvante et immatérielle de nous mêmes, la voix, qui séduit, irrite, bien souvent nous trahit. Il donne enfin des clés pour que chacun en fasse enfin bon usage  ; car combien sommes-nous à parler d'une voix qui, comme un vêtement trop étroit, au fond ne nous ressemble pas  ?

  • «  J'ai voulu raconter l'histoire d'un périple et d'une transcendance. L'histoire d'un jeune aristocrate d'origine Italienne, dandy amoureux fou des femmes et lettré un peu misanthrope qui, un jour de décembre 1936, décide de tout laisser derrière lui, sa famille, sa situation, l'Europe, ses amis pour s'en aller, pieds nus, vers l'Orient, à la rencontre de Gandhi...  »F.R. 
    Ce marcheur infatigable assoiffé d'idéal, c'est Lanza del Vasto. Disciple de Gandhi, il popularisa sa pensée en Occident dans un ouvrage légendaire, Le pèlerinage aux sources. Intellectuel engagé, il fut de tous les combats contre la guerre, la bombe nucléaire, la société de consommation, le scepticisme de ses contemporains  et, à sa façon, un des pionniers de l'écologie. Mystique pour certains, gourou pour d'autres, il fonda la communauté de l'Arche, dans le Larzac, pour mettre en pratique les enseignements du Mahatma.
     
    Voir Gandhi nous invite à redécouvrir, pas à pas, l'éveil spirituel de ce jeune homme, depuis le petit village des Pouilles où il naquit en 1901, jusque sur les contreforts hostiles de l'Himalaya où il comprit, en 1937, alors qu'il frôlait la mort, ce pour quoi il avait été créé.
     
    Plus qu'un récit d'apprentissage, un pèlerinage vers l'Absolu. 

  • "Mourir ou mentir", était-ce, pour Céline, le seul choix possible en ce siècle de drames et de sang ? Mais, en se précipitant jusqu'au bout de la nuit et en orchestrant cette nuit avec d'insoutenables pamphlets, Céline le voférant, Céline l'homme blessé et solitaire a-t-il vraiment choisi la vérité. C'est la question que Frédéric Vitoux adresse ici à la vie et à l'oeuvre d'un écrivain qui sut donner, d'un même souffle, une dimension biographique à son style et une forme littéraire à son existence. Dans cette enquête exhaustive et définitive, on y entendra, pour la première fois, la voix et les confidences de Lucette, son épouse silencieuse depuis si longtemps ; on y lira, surtout, parmi des centaines de documents, les lettres inédites de Céline en prison. Céline révolutionnaire ? réactionnaire ? raciste ? humain ? Céline bouc émissaire ? Frédéric Vitoux n'a pas voulu préférer l'un ou l'autre de ces destins également probables. Mais de cette loyale biographie, chacun tirera argument pour mieux aimer, ou pour mieux haïr, l'homme dont les romans hurlent leur désespoir et leur recherche d'une introuvable féerie et où notre temps s'observe - comme dans un miroir.

  • Jean-Michel Frank ? L'auteur de la « huitième merveille du monde ». C'est ainsi qu'Yves Saint Laurent qualifie sa décoration du fumoir de l'hôtel de Charles et Marie Laure de Noailles, que Frank avait imaginée au milieu des années 1920.  Avec quelques passionnés, le plus grand couturier du monde a ainsi contribué à faire redécouvrir dans les années 1970 celui dont on avait oublié l'importance primordiale dans l'histoire du goût. Fils de Juifs allemands installés en France avant la Première Guerre mondiale,  Jean-Michel Frank fait partie de la bourgeoisie « assimilée » de la IIIe République. Elève à Janson-de-Sailly, il s'y lie d'amitié avec René Crevel, qui lui présente Drieu la Rochelle. A côté de ces jeunes écrivains en devenir, Frank choisit la décoration. Très vite, il invente son style. Un style apuré, épuré, dépouillé, renversant la lourde esthétique qui triomphait jusque-là. Minimaliste avant l'heure, il traite la marqueterie de paille comme le parchemin ou le gypse d'une manière inédite; avec Jean-Michel Frank, c'est une révolution de l'art décoratif qui se joue. Des personnalités aussi diverses que Cole Porter, François Mauriac -qui l'appelle le "Dr Frank"-, Elsa Schiaparelli, ou Nelson Rockefeller font appel à son talent. Ses complices ont pour nom, Francis Poulenc, Christian Bérard, Alberto Giacometti.
    La vie de Frank est à l'image de ses créations : effacé, fantomatique, il cherche le silence comme il cherche la pureté: "il aimait l'invisible de la véritable élégance" écrira Jean Cocteau. Homosexuel dans une société où cela n'est admis que par certaines personnes, juif à une époque de montée du fascisme et de l'antisémitisme, Frank cherche un refuge dans la drogue. Paris occupé, il s'exile à New York en 1941 et s'y suicide. 

  • On a du mal à concevoir aujourd'hui que Gabriele D'Annunzio (1863-1938)   fut l'écrivain-personnage le plus entouré, le plus imité, le plus jalousé de son temps. Henry James, Shaw, Stefan George, Heinrich et Thomas Mann, Karl Kraus, Hofmannsthal, Kipling, Musil, Joyce,  Lawrence, Pound, Hemingway, Brecht, Borges et tous les Français - de Remy de Gourmont jusqu'à Cocteau, Morand, Yourcenar   - trois générations d'intellectuels l'ont lu, étudié et copié, quitte à le renier ou l'oublier par la suite.
    Une légende, noire et rose à la fois, a fleuri abusivement autour d'un homme hors norme, dont le talent protéiforme, l'exceptionnelle vitalité et le courage physique, le goût de se dépasser en tout domaine, évoquent irrésistiblement le Minotaure de Picasso. Ce livre se propose de le faire redécouvrir tel qu'il fut.
    D'Annunzio n'a pas été tour à tour poète, romancier, auteur dramatique, séducteur qui défraya la chronique de son temps, aviateur, héros de la guerre, condottiere, Comandante à Fiume, jusqu'aux dix-sept dernières années de repli volontaire dans son palais du Vittoriale sur le lac de Garde, souvent revêtu d'un froc de bure.  Il fut, du début à la fin, un poète de l'action, composé de tous ces éléments divers, un barde que   le mouvement soulève, que le repli paralyse et que l'inertie tue. Non pas un aventurier, mais un véritable prince de l'aventure, précurseur des Lawrence d'Arabie, Saint-Exupéry, Malraux, et Romain Gary, qui se sont inspirés de lui.
     

  • Pianiste talentueuse, Madeleine Lioux a aimé et épousé les deux frères Malraux : Roland, son grand amour, jeune et séduisant, résistant de la première heure, mort en déportation ; puis à la Libération, André,  l'écrivain-ministre-aventurier, le héros ombrageux, le mythe.
    Cette double Madame Malraux gardera longtemps le silence. Elle attendra ses 98 ans, pour lever un pan du voile qui fit de sa vie un long mystère.
    Aude Terray a tenté de répondre à la question centrale laissée en suspens : qui est vraiment la femme qui a vécu vingt ans avec une légende, et sur laquelle les biographes ne s'attardent jamais ? Qui se cache derrière l'image de la douce et pudique épouse ? Comment a-t-elle vécu la passion, les honneurs, le luxe - mais aussi les tragédies, les drames familiaux, les désillusions ? Pourquoi et comment, l'épouse bafouée deviendra-t-elle face à la postérité, et en l'emportant sur les autres compagnes de  l'auteur de  La Condition humaine, l'unique et légitime « Madame Malraux » ?
    A partir d'une série d'entretiens et d'une patiente recherche dans les archives et les confidences de quelques proches, Aude Terray révèle au grand public quelques secrets de celle qui fut aimée des frères Malraux, et qui les aima avant de se reconstruire sans nostalgie ni amertume.               
    L'histoire d'un fascinant imbroglio familial et amoureux.               
    La vie de Madame Malraux est un roman.

  • Voici le journal intime de Roger Stéphane entre 1939 et 1944. Malgré la tragédie des temps, Stéphane rencontre « tout le monde » dans la littérature, Cocteau, Julien Green, Gide, Malraux, ainsi que dans la politique. On fait des mots d'esprit : « Définition du général Gamelin par Baudelaire : "Je hais le mouvement qui déplace les lignes !" ». La drôle de guerre ne dure pas, et Roger Stéphane se retrouve à Vichy. S'ensuit un tableau aussi brillant que féroce de l'Etat français. Stéphane rejoint la Résistance. Emprisonné puis libéré, il entre dans la clandestinité.
    CInq années de l'histoire de France vécues par un jeune homme lettré, enthousiaste, parfois naïf, toujours courageux.

  • Les Hugo

    Henri Gourdin

    Encore un livre sur Victor Hugo ? Non, sur tous les Hugo. Ceux qui le précèdent, à partir de ses ancêtres lorrains, et ceux qui le suivent, jusqu'à la génération de Jean, le peintre, ami de Cocteau. Cinq générations en dix-huit portraits de personnalités fortes, pittoresques, émouvantes : le général Léopold-Sigisbert Hugo, héros des guerres napoléoniennes, père officiel de Victor ; Sophie Trébuchet, mère du poète et figure dominante de la saga ; le général Lahorie, amant de Sophie et père naturel présumé de Victor ; Adèle Foucher, épouse de Victor et mère de ses cinq enfants ; Léopold Hugo, le fils premier né, mort de maltraitance à moins d'un an ; Léopoldine, morte noyée à 19 ans dans des circonstances troublantes ; Charles Hugo, le fils prodigue, continuateur de la lignée ; François-Victor Hugo, l'héritier tendre et discret, éminent traducteur de Shakespeare ; Adèle Hugo « la misérable », « l'engloutie », « la mal-aimée », internée par son père à 42 ans ; Paul et Aline Ménard-Dorian, hautes figures de l'art, de l'industrie et de l'extrême-gauche républicaine ; Jean le peintre, époux de la fameuse Valentine Gross et père de huit Hugo ; Marguerite, manadière en Petite Camargue et bien sûr, celui sans qui cette histoire ne serait pas racontée, le grand Victor Hugo. 
    Dans cette approche inédite d'une immense figure littéraire, Henri Gourdin détecte et analyse d'étranges continuités dans les comportements sur ces cinq générations. Il relève les falsifications accumulées par deux siècles d'hagiographie et ouvre un débat sur la question de la célébrité. L'histoire d'une famille, l'histoire de la littérature, de la politique et des arts, une histoire de la France. 
     
     

  • Né en 1881 dans une famille aisée, Stefan Zweig publia son premier recueil de poèmes à l'âge de 19 ans. Quoi qu'il écrivît - essais, articles, nouvelles, romans, biographies -, il ne connut que le succès. A partir des années 1930, il devint l'auteur vivant le plus traduit à travers le monde. Il était, aimait-il à plaisanter, l'un des dix auteurs de langue allemande à pouvoir se permettre de fuir.
    Après l'arrivée au pouvoir d'Hitler, cet auteur célébré par tous, chantre de l'humanisme international, amoureux des arts et des lettres, se retrouva, en l'espace de quelques années, contraint à un exil solitaire qui l'éloigna peu à peu de tout ce qui avait guidé et fait sa vie. Il quitta l'Autriche pour s'installer à Londres, puis à Bath, avant de partir pour l'Amérique - New York, Ossining, Rio et enfin Petrópolis où, en 1942, il mit fin à ses jours.
    Dans cet essai brillant et très documenté, George Prochnik retrace le destin tragique de Stefan Zweig, et à travers lui, c'est tout un pan de l'histoire culturelle européenne et américaine que l'on découvre, mais aussi la lutte de ceux qui durent abandonner l'une pour embrasser l'autre. Zweig devient ainsi, par ses textes et sa pensée, le symbole de la fin d'une époque et de l'implosion de l'Europe en tant qu'idéal d'une civilisation occidentale éclairée.
     

  • Sous ce titre un peu énigmatique, c'est un portrait moral en profondeur du " bonhomme " La Fontaine que nous présente Jean Giraudoux. Ces " cinq tentations " furent celle de la vie provinciale et bourgeoise du maître des Eaux et Forêts de Château-Thierry ; celle des femmes, comme la Champmeslé ou la Béjart (peut-être) et d'autres qu'il ne connut guère qu'à la manière de Boccace ; celle du monde qui l'amènera à vendre sa plume au tout-puissant Fouquet, louer sa personne à la duchesse de Bouillon et à se faufiler à l'Académie française ; celle de la littérature qui le conduit du conte libertin à des pièces de théâtre où il est le premier à s'ennuyer, pour aboutir sur le tard aux chefs-d'oeuvre que sont ses fables ; la tentation, enfin, du " scepticisme et de la religion " qui incline le jeune oratorien jeté dans le siècle à flirter avec le jansénisme puis avec le protestantisme, une façon comme une autre ne pas croire à grand-chose.Dans ce portrait ironique et sympathique, Jean Giraudoux, à la faveur d'anecdotes et d'analyses savoureuses du comportement de La Fontaine, nous donne de cet auteur - le plus célèbre peut-être de notre littérature - une image qui n'a rien d'académique. C'était un homme " ondoyant et divers ", distrait, malhabile à se conduire dans la vie mais habile à se contredire, grand amateur de sommeil et doté d'une insouciance qui frôlait l'inconscience.Sans le vouloir, ne serait-ce pas à une sorte de psychanalyse en demi-teinte que se livre, ici, Jean Giraudoux ?

  • Frère cadet de Georges Simenon, Christian fut élevé à ses côtés par une mère bigote qui le chérissait et traitait son aîné d'incapable.
    Proie idéale pour le rexisme, parti d'extrême-droite fondé en Belgique par Léon Degrelle, braillard intarissable, Christian s'égara dans la collaboration et participa activement à une effroyable tuerie.
    De son côté, Georges menait la vie de château en Vendée. Livres à succès, femmes et films. Comment se défaire de ce frère encombrant qui allait salir sa réputation? 
    Christian, se sachant condamné à mort, s'engagea dans la Légion et disparut sans laisser de traces ...
    Portrait croisé de deux êtres au destin opposé, L'autre Simenon est un roman à double face, où la mise en lumière de l'un révèle la part d'ombre de l'autre. C'est aussi le portrait d'une époque. Un tableau de faits troublant, porté par une langue implacable, qui parle du passé pour mieux dire le présent.

  • On raconte qu'au concile de Mâcon en 585, les Pères se seraient demandé si les femmes avaient une âme. Comme toutes les légendes, celle-là a un fond de vérité. L'Eglise ne traite pas les femmes en égale des hommes. Confession d'une femme qui parle librement du sexe comme de l'âme, des femmes d'aujourd'hui pour qui l'accès au pouvoir est encore difficile, même si elles ont acquis depuis cinquante ans des droits considérables ; ce livre est aussi un pamphlet contre une Eglise patriarcale qui ne propose aux femmes comme idéal que la maternité ou la virginité, qui proscrit la contraception, refuse le sacrement aux divorcés remariés, interdit le sacerdoce féminin... Alors, pourquoi rester chrétienne, catholique ? A cause de Jésus-Christ qui aimait et respectait les femmes, comme en témoignent les Evangiles, à cause de personnages obscurs et magnifiques, comme la petite Thérèse de Lisieux.

  • C'est à Casablanca, au petit matin, dans une salle de jeu enfumée, et au milieu des éclats de rire des amazones qui juraient dans un arabe savoureux, que ce livre a jailli de ma mémoire. J'ai soudain imaginé le passé de cette ville où était née Tsippy, ma mère, et ce fut pour moi le début d'un long voyage dans le passé...
    « Dis-moi qui je suis », ai-je demandé à Tsippy.
    Elle a souri. Et je n'ai eu qu'à la suivre dans ses errances, qui furent aussi les miennes. À travers elle, j'ai été ainsi de Casablanca à Haïfa, en passant par Paris et Marseille. Et j'ai revécu, au fil de son histoire, l'épopée sioniste, l'espérance de sa génération, ses défis et ses désarrois...
    Au début des années 1960, j'ai atterri avec Tsippy à Paris et, quelque temps plus tard, c'est dans cette ville que je fis mon apprentissage de la liberté en compagnie de quelques âmes généreuses : un éminent écrivain français, un cinéaste anarchisant de l'après-68, un acteur qui jouait encore la comédie même quand il cessait d'être un acteur, un dramaturge venu de l'autre hémisphère et qui fit de ses vices une comédie à répétition...
    Tous - et tant d'autres - furent mes éclaireurs sur le chemin de la vie. Ce livre veut leur dire ma gratitude. C'est à eux, et à Tsippy, que je dois, pour le meilleur et le pire, d'être ce que je suis.

  • « Elle mentait aux journalistes. Le département publicité de la Paramount s'en était vite aperçu. Ça avait commencé par des détails, parce que ça commence toujours ainsi... Elle mentait sur sa couleur préférée : rouge, répondait-elle à l'un, violet, à un autre. Enfin, ils réalisèrent qu'elle se faisait passer pour ce qu'elle n'était pas. Elle disait que sa famille était aristocrate, que ses ancêtres étaient anglais, qu'elle avait vécu en Suisse, qu'elle était née dans une rivière... »
     
    Quel secret cache Nicole Smith dite Nikkie dite Veronica, star de l'âge d'or hollywoodien ? Pourquoi semble-t-elle fuir sa mère, les hommes, jusqu'à ses enfants ? Et que révèlent ses mémoires inquiétants, retrouvés près de son corps sans vie ?
    Cinquante ans après la disparition de Veronica, une journaliste française se penche sur cette affaire irrésolue, comme une photographie ou une séquence légendaire en fourreau noir. Mais ce Los Angeles de cinéma ne livre pas facilement ses secrets.
    Nelly Kaprièlian nous offre une plongée fascinante dans le destin d'une star oubliée, victime de sa mère, de ses mauvais amis, du Moloch cinéma, cruelle aussi...

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