Imago

  • En avril 1664, éclate en Gascogne l'une des plus grandes insurrections antifiscales de l'histoire de France. Au nom du roi, financiers et nouveaux fermiers prétendent établir la gabelle, impôt sur le sel abhorré, et dont jusque-là cette province est exemptée. Le pays s'embrase alors sous la menée d'un petit noble pugnace, Bernard Audijos.
    Certes, la révolte n'est pas dirigée contre Louis XVI - ce qui serait crime de lèse-majesté - mais contre ces « gabeleurs » considérés comme iniques et rapaces. L'affrontement, fait d'embuscades meurtrières pour les dragons du roi, durera plus de dix ans.

  • Le 29 octobre 1728, alors qu'il rentrait chez lui, Jean Boiveau, « Sieur de Volesvres », est assassiné sur la route. Son épouse, Magdelaine, est accusée du crime - perpétré par tueur à gages - et condamnée, un an plus tard, à la question puis à la décapitation. L'affaire Boiveau, qui défraya alors la chronique, amènera la déposition de cent cinquante témoins. Relatant les faits avec talent, Benoît Garnot s'attache surtout à reconstituer le cadre social et les modes de pensée en oeuvre dans ce fait divers, ceux de la victime et de son entourage, ceux des juges, et enfin ceux du clergé, qui tentera de réhabiliter la « dame de Volesvres » après sa mort. Par les passions qu'elle implique, par la richesse exceptionnelle du dossier judiciaire dont nous disposons, cette affaire criminelle forme un témoignage précieux pour mieux connaître les mentalités au XVIIIe siècle.

  • À partir d'archives judiciaires et policières, Jean-André Tournerie, historien du droit, retrace et analyse des faits divers survenus en Touraine au XVIIIe siècle. Mendiants, déserteurs, officiers, artisans, comédiens, hommes et femmes originaires des lieux les plus divers, aux prises avec la justice ou témoins de drames, s'expriment comme ils s'exprimèrent jadis et nous plongent - pour des crimes de sang ou de simples peccadilles - au sein de la société contrastée qui précède la Révolution française. Nous suivons les démêlés des accusés avec une machine judiciaire complexe, parfois implacable, qui les condamnera à la pendaison, aux galères, au bannissement ou, au contraire, les innocentera.

  • Aux XVIIe et XVIIIe siècles, plus qu'aux siècles précédents, le pouvoir grandissant de l'État impose à la population des villes, puis des campagnes, des institutions judiciaires efficaces et structurées. Inventant la « police », s'appuyant sur des spectacles de supplices et un usage plus prononcé de l'incarcération, l'époque moderne voit s'affirmer la criminalisation de l'individu, ainsi encadré et contrôlé.

  • Dominer et dresser : tel est, au XVIIIe siècle, le projet politique, social et religieux des élites face au peuple. Conjuguant leurs efforts, l'Église et l'État vont tout faire pour modifier en profondeur les mentalités populaires, entreprenant ainsi une immense oeuvre de remodelage des esprits et des corps. Mais le peuple ne renoncera pas à ses manières d'être et de penser...

  • Instruire les filles ? À quoi bon ? Certes, les filles de la « société » méritent quelques égards, mais les filles pauvres restent quantité négligeable et le « giron maternel » leur suffit bien. Dès le début du XVIIe siècle, cependant, les pratiques vont au-delà de ces discours. De nombreuses initiatives prennent en charge - d'abord à la ville, puis à la campagne - l'alphabétisation des petites filles issues des milieux populaires. Les élèves sont tantôt réunies par une femme dans le coin d'une maison, sous un préau, dans un jardin, au bord de l'eau, tantôt regroupées dans l'enceinte d'un couvent. Angèle de Merici, Françoise de Bermont, Louise de Marillac, Alix Le Clerc... Michel Fiévet brosse ici le portrait de ces grandes figures à l'origine de ces mouvements spontanés qui, pendant plus d'un siècle, se donnèrent pour tâche - contre l'opinion dominante - d'enseigner toutes les filles.

empty