Seuil

  • Comment l'élan démocratique de 1789 a-t-il pu donner naissance à la violence terroriste de 1793 ? Cette question obsédait déjà les contemporains, qui y voyaient non seulement un défi politique et une épreuve morale mais aussi un scandale logique. " Ce qui sera à jamais incompréhensible, c'est le contraste inouï de nos principes et de nos folies ", écrit le révolutionnaire Dominique-Joseph Garat dès 1795.
    Timothy Tackett n'instruit pas le procès de la Révolution, il décrit le processus révolutionnaire. Dans un livre très neuf, s'appuyant sur les correspondances, pour la plupart inédites des acteurs des journées révolutionnaires, le grand historien américain restitue le sens des événements et des engagements, au plus près de la manière dont ils furent vécus, et des émotions politiques qui s'y exprimèrent. Après avoir expliqué dans Par la volonté du peuple (1997) comment l'on devenait révolutionnaire, l'auteur montre ici avec brio comment l'on peut devenir terroriste.
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Serge Chassagne
    Professeur à l'université de Californie, Timothy Tackett est spécialiste de la Révolution française. Plusieurs de ses livres ont été traduits en français, dont Par la volonté du peuple. Comment les députés de 1789 sont devenus révolutionnaires (Albin Michel, 1997) et Le roi s'enfuit. Varennes et l'origine de la Terreur (La Découverte, 2004 et 2007).

  • Notre monde devient chaque jour plus global et, pourtant, il n'est pas doté d'une langue universelle. Traduire est donc une nécessité pour que les destins partagés ne soient pas, en réalité, des histoires cloisonnées. L'étude des traductions permet de dissiper les illusions anachroniques qui oublient la très grande inégalité entre les langues qui sont traduites et celles qui traduisent. Elle met en lumière les translations des modèles esthétiques et des normes culturelles. Elle s'écrit dans la tension entre l'hospitalité langagière, qui accueille l'autre, et la violence qui le prive de ses propres mots.

    Or cette étude peut être menée à plusieurs échelles. Dans ce livre voué à la première modernité, entre XVIe et XVIIe siècle, est d'abord privilégiée celle qui s'attache aux mots : ainsi, les premiers vers du monologue d'Hamlet dans les traductions françaises et espagnoles du XVIIIe siècle, ou encore les différentes traductions du mot qu'emploie Aristote pour désigner les « preuves » qu'il tient pour essentielles dans l'art rhétorique.

    Cependant les processus de traduction ne se limitent pas au passage des textes d'une langue dans une autre. Ils s'emparent également des oeuvres dont la langue n'est pas changée mais qui sont transformées par les formes de leur publication. C'est en ce sens que l'édition peut être considérée comme une modalité de la « traduction ». En donnant aux « mêmes » oeuvres, dans une même langue, des textes qui différent dans leur littéralité et leur matérialité, les éditions successives produisent des publics, des usages et des sens nouveaux.
    Comment comprendre la relation qui lie les oeuvres et leurs textes ? Les oeuvres paraissent défier le temps et demeurer toujours identiques à elles-mêmes. Pourtant, disséminées dans de multiples textes, elles ont migré entre la voix et l'écrit, entre différents modes de publication, entre les genres et les langues. En nouant traduction et édition, ce livre se veut une contribution à l'étude de la mobilité des écrits et de leurs significations.

  • Comment expliquer à un enfant ce formidable bouleversement que fut la Révolution française ?
    Ce petit livre est tout à la fois une synthèse et une approche profonde de dix années cruciales pour l'avenir de la France (1789-1799), écrite par un des plus grands spécialistes de la période qui répond aux questions de sa petite-fille : qu'est-ce qui a conduit à la Révolution ? Qu'est-ce qu'un sans-culotte ? Pourquoi la Terreur ?...
    L'ouvrage éclaire les grandes phases et les grands moments de la Révolution française et permettra, aux enfants comme aux adultes, de s'y retrouver dans ce labyrinthe si riche, mais parfois complexe.

  • Peter Burke n'est pas un peintre de la Renaissance. Et pourtant son est celui d'un artiste. Portrait de la Renaissance en mouvement.
    Au loin, en arrière-plan, les frontières de l'islam qui lui aussi connaît un réveil ; un peu plus loin, ce qui reste de Byzance qui jouera un rôle capital dans la transmission de l'Antique et, en ligne de fuite, les vieux inspirateurs Platon, Cicéron et Virgile. Au second plan, les plus jeunes, parmi lesquels Pétrarque, Boccace et Giotto. Ils sont dans les décors urbains – Avignon, Florence, plus tard viendront les villes des Flandres, celle de France et d'Angleterre – mais aussi dans la nature regorgeant de formes, de sons et de couleurs. Du tableau, les limites sont vastes, de l'Europe du Nord aux pays slaves, et sa lumière touche chaque objet animé par une vie renaissante devenue règle générale.
    Au premier plan, bien sûr, le printemps de l'Italie avec les deux sœurs en gloire, Rome et Florence.
    La Renaissance invente l'Europe ou un rêve d'Europe. Elle est toujours devant nous par ce qui fait d'elle un dynamisme incessant d'imitation et de création.

  • Marcus Rediker est le grand historien des hors-la-loi de l'Atlantique.
    Il explore ici le monde fascinant de l'aventure maritime du point de vue des pirates, flibustiers, travailleurs forcés en révolte, esclaves marrons, fuyards et autres mutins, qui ont défié l'autorité depuis le pont inférieur des navires.
    Il nous fait entrer dans leur univers de récits et de contes de marins, retrouver la signification de leurs tatouages, comprendre les formes d'organisation égalitaire au sein de la piraterie et les rebellions de différentes catégories de travailleurs de la mer asservis – européens et africains – de ces " équipages bigarrés ", pénétrés d'esprit révolutionnaire et défendant leur liberté par le feu et par les armes.
    Il montre à quel point, entre le xviie et début du xixe siècle, ces hommes ont façonné l'histoire du monde contemporain – trop longtemps focalisée sur le national, le rôle des élites politiques et l'histoire " terrestre ".
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Aurélien Blanchard.
    Marcus Rediker est professeur d'histoire atlantique à l'université de Pittsburg. Historien, écrivain et militant des droits de l'homme, il est spécialiste de l'histoire maritime et notamment de l'Atlantique. Il a publié neuf livres, parmi lesquels À bord du négrier. Une histoire atlantique de la traite (Seuil, 2013, George Washington Book Prize) et Les Révoltés de l'Amistad. Une odyssée atlantique (Seuil, 2015).

  • Comment classer, trier, choisir quand il apparaît évident que l'accroissement de la production des connaissances et la capacité de les faire circuler débordent de beaucoup notre capacité à l'appréhender ?
    Cette question, qui angoisse nombre de nos contemporains, n'est pas nouvelle. Il fut un temps, au xvie siècle, où les humanistes ont ressenti avec acuité cette accélération du temps qui les mettait en demeure d'assimiler une masse incontrôlable de connaissances. Aux formes scolastiques d'organisation des informations présentes dans l'encyclopédisme médiéval s'ajoutèrent alors des méthodes inédites de traitement de l'information en lien avec la diffusion de l'imprimerie. C'est à l'histoire matérielle et sociale de ces nouvelles techniques de tri, d'indexation et de consultation qu'invite le livre d'Ann Blair.
    Regorgeant d'histoires, de personnages, de situations, Tant de choses à savoir peut se lire comme un catalogue foisonnant et vivant de récits d'aventuriers du savoir. Ann Blair mène ainsi une véritable histoire matérielle de la culture, au ras des documents qui sont en somme les vestiges de l'activité de pensée de ces découvreurs de l'humanisme de la Renaissance.
    Élève d'Anthony Grafton, avec lequel elle a soutenu une thèse très remarquée sur Jean Bodin et son Universae Naturae Theatrum (1596), Ann Blair est depuis 1996 professeur d'histoire à Harvard.

  • Comment disait-on le droit sur les mers à l'époque moderne ? Par quels dispositifs les pouvoirs politiques dotés d'une façade maritime tentaient-ils de faire respecter un pouvoir de " juridiction ", entendu comme un " droit de dire le droit ", sur un espace liquide particulier ? Ces questions sur la liberté, la communauté et l'empire des mers ont donné lieu à une grande controverse juridique livrée à l'échelle du globe. Une mer jalousée propose d'en faire l'histoire à partir de l'observatoire méditerranéen. De la mer Adriatique aux mers du Levant, du golfe du Lion aux littoraux nord-africains, l'enquête décline à différentes échelles, depuis les bureaux des juristes jusqu'aux ponts des navires, un large éventail de conceptions concurrentes des limites maritimes et des eaux " territoriales ". Ce faisant, l'ouvrage revient, au carrefour de l'histoire, du droit et de la philosophie, sur des notions juridiques cardinales de la pensée politique moderne, telles que la " propriété ", l'" occupation ", la " possession " et la " souveraineté ". Guillaume Calafat les inscrit dans une généalogie de longue durée embrassant l'histoire antique et médiévale, les textes du droit romain et leurs commentaires médiévaux, les lois byzantines comme la normativité musulmane. Une mer jalousée s'appuie ainsi sur une centaine de textes imprimés à propos de la domination des mers, en les croisant avec des libelles manuscrits, des atlas, des cartes, des traités, des gravures, afin de brosser le portrait d'une mer au statut disputé et incertain.
    Guillaume Calafat est maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne (Institut d'histoire moderne et contemporaine). Ses recherches portent sur la Méditerranée de l'époque moderne, et notamment sur les échanges marchands et maritimes entre Europe occidentale et monde ottoman.

  • " Il y a quelque vertige à imaginer qu'au XVIe siècle, un morceau de corail rouge de Méditerranée, pêché en plein été au large de la Corse ou de la Sardaigne, ait pu achever sa course sur les contreforts enneigés de l'Himalaya, dans un atelier de taille cachemiri réservant ses plus belles pièces aux princes de la cour moghole. Telle est pourtant la réalité de ces réseaux de négoce à longue distance qui, dès l'aube de l'époque moderne, relient la Méditerranée orientale aux comptoirs de l'Asie portugaise via Lisbonne ou Alep.
    L'ouvrage de Francesca Trivellato retrace l'histoire au long cours des marchands sépharades de Livourne en Toscane qui ont bâti au XVIIe siècle, au prix d'alliances toujours précaires et de transactions souvent risquées, de vastes réseaux de "commerce interculturel' courant de la péninsule Ibérique au sous-continent indien. "Une histoire globale à échelle réduite' : il n'est pas sûr que les historiens aient pris, à l'époque de la parution de l'ouvrage, en 2009, toute la mesure de l'ambition novatrice de son auteure. Car ce dont il est ici réellement question, c'est d'un tour de force méthodologique, avec pour visée une réconciliation sans reniement entre "micro-histoire' et "histoire globale'.
    En restant au plus près des sources, Francesca Trivellato rend à la "première mondialisation' ses méandres et ses visages. "
    Extrait de la préface de Romain Bertrand (CERI-Sciences Po)
    Traduit de l'anglais par Guillaume Calafat
    L'auteur
    Francesca Trivellato est professeur d'histoire économique et sociale de la Méditerranée moderne à l'université de Yale. Corail contre diamants a été couronné à sa publication aux États-Unis par le Prix 2010 Leo Gershoy de l'American Historical Association et le Jordan Schnitzer Book Award de l'Association of Jewish Studies.

  • Manille, 1577, un enfant comparaît devant le gouverneur Francisco de Sande dans le cadre d'un procès d'Inquisition. De quoi le jeune Diego de Avila s'est-il rendu coupable pour inquiéter à ce point le représentant du roi d'Espagne? Ensorcelé peut-être par des servantes indigènes, l'enfant qui vit avec son oncle dans le couvent des Augustins a rêvé qu'aux Enfers un siège était réservé pour le gouverneur... Colportée par les soldats et les colons, la rumeur circule à Manille dans les arrière-cours et les cuisines et jusqu'au cœur du gouvernement municipal. Francisco de Sande ne peut le supporter.
    À travers cette histoire extraordinaire, dont tous les détails sont romanesques et qui agit à la façon de ces traceurs chimiques qui défient l'opacité des chairs, Romain Bertrand dévoile le paysagedérobé de la Conquête et défait, chemin faisant, la fiction de l'irrésistible expansion occidentale.
    Car qu'est-ce que la Conquête, sinon des commencements incertains qui voient les Espagnols, en lutte les uns contre les autres et taraudés déjà par le remords, ignorant tout d'un univers cosmopolite dont le cœur bat plus loin, être conquis plus qu'ils ne le conquièrent par le monde philippin et ses magies ?
    Romain Bertrand, directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales (CERI), est notamment l'auteur, au Seuil, de L'Histoire à parts égales. Récits d'une rencontre, Orient-Occident (XVIe-XVIIe siècle) (Seuil, 2011, "Points Histoire", 2014 ; Grand Prix des Rendez-vous de l'histoire de Blois 2012).

  • Le pèlerinage est très ancien. Il n'a pas cessé d'être actuel. Depuis une trentaine d'années, la fréquentation croissante des chemins de Compostelle a redonné une visibilité au phénomène pèlerin dont on avait trop vite annoncé la disparition.
    Ce livre s'attache à retracer, au sein d'une Europe désormais divisée en confessions, les élans, les éclipses et les recharges d'une pratique religieuse que l'institution ecclésiastique s'est toujours efforcée de discipliner sans jamais y parvenir. Tout à la fois singulière et collective, la marche vers un lieu saint n'est pas vagabondage. Elle est tendue vers un terme, lieu de rencontre avec l'archange, l'apôtre ou le saint intercesseur, dont le pèlerin attend le secours.
    À travers gestes et paroles, il s'agit ici de retrouver et de comprendre une expérience spirituelle qui a déplacé des foules, qui les a rassemblées auprès des sanctuaires, mais dont les acteurs n'ont fait que rarement confidence.
    Directeur de recherche au CNRS dont il a reçu la Médaille d'argent en 1999 pour l'ensemble de ses travaux, Dominique Julia a été professeur à l'Institut universitaire européen de Florence (1989-1993) puis codirecteur, avec Philippe Boutry, du Centre d'anthropologie religieuse européenne de l'École des hautes études en sciences sociales.
    " Hautes Études " est une collection de l'École des hautes études en sciences sociales, des Éditions Gallimard et des Éditions du Seuil.
    Prix Guizot de l'Académie française 2017.

  • Dans la France d'entre XVIe et XVIIIe siècle, les normes et les pratiques culturelles changent en profondeur. L'œuvre de christianisation des pensées et des conduites, la diffusion de nouvelles règles de comportement, d'abord élaborées à la Cour, puis imposées à l'entière société, le déplacement des frontières et contrastes culturels transforment les manières de vivre et de mourir, les façons d'être en société. L'imprimé, en toutes ses formes, tient une place centrale dans cette mutation, parce qu'il propose à des lecteurs plus nombreux des modèles inédits, parce qu'il s'inscrit au cœur de rituels et d'apprentissages qui longtemps n'étaient que gestes et paroles, parce qu'il permet des usages multiples et des appropriations plurielles. C'est son rôle que ce livre examine, en portant attention à certains genres essentiels (les traités de civilité, les préparations à la mort, les livres des Bibliothèques bleues) et en tentant de nouer deux histoires : celle des manières de lire et celle des objets lus.
    Roger Chartier, né à Lyon en 1945, est directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales et professeur au Collège de France. Historien de l'éducation, du livre, de la lecture, il consacre ses recherches aux pratiques culturelles dans les sociétés de l'Ancien Régime.

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