Septentrion

  • Dans Aristote au Mont-Saint-Michel, Sylvain Gouguenheim prétend réfuter ce qu'il nomme une vulgate : le rôle des Arabes dans la formation de l'Europe latine. Celle-ci aurait reçu la pensée grecque de chrétiens orientaux puis des traducteurs gréco-latins. Ce livre amène les médiévistes à s'interroger sur la méthode historique et la déontologie des historiens, en adoptant différents points de vue : histoire de la philosophie et des sciences, histoire sociale, codicologie (Jacques de Venise)... Al-Kindi et al-Farabi sont de remarquables connaisseurs d'Aristote ; Avicenne a accompli une percée décisive en métaphysique par la distinction de l'essence et de l'existence ; en mathématiques et sciences physiques, la créativité des auteurs arabophones est, pour les spécialistes, incontestable. Quant au rôle d'intermédiaire attribue au Mont-Saint-Michel, il relève de la fable : Gouguenheim ignore tout de la production et de la circulation des manuscrits. Qu'un éditeur prestigieux ait fait paraitre un pareil livre conduit les médiévistes à s'interroger sur la formation et la diffusion de leur savoir : eux dont les recherches sont financées par des fonds publics, doivent se faire entendre des qu'un dès leur divague. Le présent ouvrage introduit de la rationalité et de la sérénité dans les débats interculturels. Il s'adresse à ceux qu'intéressent le dialogue des cultures, aux professeurs du secondaire qui, charges d'un enseignement sur ce thème, ont été déconcertés.

  • Comment les grandes unités territoriales se sont-elles consolidées au cours du Moyen Âge ? La définition des frontières fut-elle du seul ressort du pouvoir ? Les études de cas analysent des entités représentatives supra-locales depuis la péninsule ibérique jusqu'à Byzance, en passant par le nord de l'Europe et la Méditerranée italienne. Les diocèses et principautés apparaissent ici non comme de simples limites, mais aussi comme des confins socio-culturels, interrogeant identités et altérités sur un territoire donné.

  • Fêtes de précepte, fêtes civiques, jours fériés, autant de réalités qui, dès le Moyen Âge, à l'époque moderne et jusqu'à nos jours, rythmèrent le temps des sociétés occidentales. Ces fêtes sous-tendent une adhésion à des valeurs - qu'elles relèvent du temps sacré ou du temps profane -, mais aussi un rapport au travail - proscrit à ces occasions. Sont ainsi envisagés l'origine des fêtes chrétiennes, leur développement, les obligations liées et, en corollaire, les comportements qu'elles suscitent, qu'ils s'inscrivent ou non dans la norme. En lien intervient la question de l'attitude des autorités ecclésiastiques et civiles face à d'éventuelles déviances, en prenant en compte les ruptures confessionnelles (protestantisme), l'évolution des sociétés et les critiques formulées sur la base de motifs sociaux, économiques ou philosophiques. Le xixe siècle marquera un tournant fondamental qui, tout en établissant de nouvelles fêtes, liées à la laïcisation en vigueur, conservera un statut privilégié à nombre de moments religieux.

  • Partout en Europe, c'est dans le cadre des « pays » primitifs (comtés, duchés, principautés) que les noblesses ont affirmé leur vocation politique. L'absorption de ces « pays » dans des ensembles plus vastes n'a pas aboli les structures de représentation (assemblées d'états, diètes, cortès) dans lesquelles les corps nobiliaires se sont épanouis comme « représentants-nés » de territoires en voie de provincialisation. Cet ouvrage étudie le rôle que les noblesses européennes ont joué dans les phénomènes de résistance et de renouvellement des pouvoirs intermédiaires sous les anciens régimes. Il prolonge la réflexion au-delà de 1789 pour comprendre comment, en France, la noblesse s'est adaptée à la mutation des cadres territoriaux et à la centralisation du pouvoir.

  • Malgré une prospérité remarquable au Moyen Âge, Douai conserve peu de vestiges architecturaux de cette période, en dehors du beffroi et de quelques portions des fortifications, et il ne subsiste rien des constructions privées. Le dynamisme et la précocité de la recherche archéologique à Douai ont permis, à l'occasion de quelques chantiers menés en centre ville, de reconnaître l'emplacement de certaines d'entre elles mais surtout de révéler l'existence de vastes caves encore conservées dans les sous-sols de la ville. La nécessité d'un recensement global s'est donc imposée, étendu à l'ensemble de la paroisse Saint-Pierre qui reprend le noyau médiéval de la ville. Ce sont près de 50 caves anciennes, maçonnées en grès d'extraction locale, très souvent extrêmement bien conservées et parfois sur deux niveaux, qui ont été recensées au cours de cette étude. Leur analyse détaillée permet non seulement de mieux connaître les techniques de construction en milieu urbain au Moyen Âge, mais offre aussi un catalogue typologique de premier ordre par la variété, l'élégance et la longévité des architectures mises en oeuvre et des supports utilisés, pour les plus vastes d'entre elles. Locaux de commerce, spécifiquement tournés vers le stockage et la conservation du vin, leur position dans le parcellaire autorise la reconstitution de grands domaines médiévaux, de certaines portions de la voirie, et permet d'échafauder des hypothèses intéressantes sur l'existence de bâtiments civils aujourd'hui disparus. C'est donc un patrimoine de premier ordre, le plus ancien de la ville, qui est conservé sous nos pieds, livre ouvert sur le Moyen Âge urbain qui ne demande qu'à être feuilleté.

  • À lépoque de la Nouvelle-France, les de Lanaudière, seigneurs et militaires, ont fait fortune. La Conquête britannique de 1760 force lélite de la colonie à faire un choix : rentrer en France ou sadapter. Les Tarieu de Lanaudière choisissent de rester. Favorisés par le gouverneur Carleton, ils récolteront privilèges et honneur, multiplieront et cumuleront les postes.Pourtant, navaient-ils pas perdus le patronage du roi de France ? Nétaient-ils pas privés de leurs émoluments dofficiers et des revenus tirés du commerce des fourrures ? De plus, une nouvelle élite se mettait en place. La noblesse canadienne a-t-elle accepté de sallier à lélite anglaise ?La société canadienne de 1760 était une société normale composée de gens dotés de linstinct de survie et de capacités dadaptation dont les Tarieu de Lanaudière sont un bel exemple.

  • Les études réunies sous le titre générique Le choc des cultures traduisent le questionnement scientifique de Michel Rouche qui effectua un travail de pionnier dans le champ de l'histoire du Haut Moyen Âge. La permanence de l'Antiquité dans les noms de lieux et la voirie s'étend à travers les cartulaires et les polyptyques depuis le sud de la France jusqu'aux régions du Nord. Cela se traduit par la rencontre de deux civilisations, celle de l'huile et du vin et celle de la bière et du beurre. Cette concrétisation se marque au quotidien par la nature des repas mais aussi des types de maladies. Les sociétés « barbares » se frottent et s'inspirent du modèle impérial romain, de là, naissent les grands ports de la mer du Nord mais aussi la privatisation par Dagobert des terres publiques confiées aux églises. À l'État unitaire se substitue, dans le courant du viie siècle, les régionalismes, notamment celui de l'Aquitaine. La déstructuration des repères sociaux conduit le christianisme à redéfinir un ensemble de valeurs autour de l'engagement, non dans la perspective de l'accumulation de l'Avoir par la conquête du pouvoir mais comme une libération de l'Être qui se fond dans l'Un, à l'instar des ermites. Le mariage et le célibat consacré participent d'une démarche identique dans une quête fidèle de l'Autre et dans le respect réciproque jusqu'à l'accomplissement final dans la mort, prévue et organisée. Du choc des cultures naquit ainsi un nouveau modèle social qui allait façonner la civilisation occidentale.

  • Les treize contributions ici rassemblées constituent un « état des lieux » des travaux français et britanniques les plus récents sur la guerre de Cent ans. Deux champs thématiques majeurs sont privilégiés : les problèmes d'organisation posés par la guerre à la fin du Moyen Age et les attitudes mentales ainsi que les réponses littéraires aux contraintes et aux malheurs de la guerre. Les préparatifs, la mobilisation des hommes, des armes et de l'argent, les réactions sociales, psychologiques mais aussi pratiques à la guerre et les changements qui en résultèrent sont examinés en détail. Ces questions sont abordées dans un cadre géographique global accordant une large place à la Bretagne et à la Bourgogne. Les contributions s'appuyent sur des documents originaux et inédits dont nombre sont insérés en annexe. L'ouvrage témoigne de l'intérêt que présente pour une recherche commune l'étroite collaboration des écoles historiques française et britannique.

  • En juillet 2002, les meilleurs spécialistes mondiaux de Bède le Vénérable (c. 670-735) se sont retrouvés à Lille et à Amiens pour dresser un bilan des études relatives à l'oeuvre et à la postérité du grand écolâtre anglo-saxon, et pour ouvrir sur elles de nouvelles perspectives de recherches. Venus de Grande-Bretagne, d'Irlande, du Canada, des États-Unis, du Japon, d'Italie, d'Allemagne, de Belgique et de France, ils ont passé trois jours à exposer leurs travaux, à écouter, à échanger, dans une athmosphère à la fois studieuse et confraternelle. Les organisateurs du colloque sont heureux de publier aujourd'hui les principaux résultats de ces fructueuses journées. Presque toutes les communications qui y ont été faites sont ici réunies, augmentées de quelques contributions originales que leurs auteurs n'avaient pu présenter en juillet 2002. Les unes et les autres ont été regroupées sous cinq titres dans lesquels on retrouvera, à quelques nuances près, le découpage initial du projet : 1. Bède et ses sources ; 2. Bède, l'exégète ; 3. Un historien en son milieu ; 4. La postérité de Bède ; 5. Les traductions de Bède. De cette harmonieuse polyphonie se dégage l'image d'un érudit qui, bien loin de se limiter à celle de l'ascète coupé du monde, rigoureux, voire rigoriste, qui a longtemps été mise en avant, montre un homme engagé, souvent indulgent à l'égard de mouvements ou de tendances ecclésiales peu orthodoxes, et toujours soucieux de réformer l'Église et la société de l'Angleterre de son temps. Pour y parvenir, il est allé puiser ses arguments dans des traditions testamentaires, patristiques et historiographiques dans lesquelles il a opéré un choix souvent original, et qui expliquent aussi bien le caractère unique que la portée universelle de son oeuvre.

  • Ce travail a été réalisé avec les précieux conseils de Bernard Delmaire et de Roger Berger Le volume contient après un commentaire introductif sur les sources, l'édition intégrale du premier registre aux Bourgeois de Lille (1291-1355). Un tableau par noms complète l'étude, ainsi que trois index et en pièce annexe la liste échevinale de Lille de 1285 à 1369.

  • Le 10 mars 1661, le roi Louis XIV s'érige en monarque absolu, après avoir aboli le poste de principal ministre. L'onde de choc provoquée par cet événement sans précédent se propage jusqu'en Nouvelle-France. Le Canada saisit alors sa chance en attirant les regards de la Cour sur ce pays perdu.
    Si le parti des jésuites entend en profiter pour mousser les missions évangéliques auprès des Sauvages, le camp du gouverneur s'empresse de déléguer Pierre Boucher auprès du jeune souverain afin de promouvoir les intérêts temporels de la colonie. Les ambitions convergentes des deux partis portent le roi à envoyer des troupes pour mater les Iroquois encore récalcitrants. Mais, pour Louis XIV, le véritable enjeu est moins la pacification du pays que le statut à lui accorder. Le verdict tombe, sans appel, en 1666: le roi écarte le projet d'un vaste royaume en Amérique sous prétexte que sa création compromettrait son prestige et la sécurité de ses sujets d'outre-mer.
    La France du XVIIe siècle révèle une toile de relations serrées liant le monarque et ses sujets. Le bon plaisir du roi et l'aide calculée de Colbert se retracent dans ce réseau d'influence, contrastant avec le génie visionnaire de Boucher et de l'intendant Talon dont le dessein ne manque pourtant pas d'appuis: celui du gouverneur Frontenac et, non le moindre, celui du «citoyen» Vauban.
    Au bout du compte, leurs écrits évoquent le rêve canadien d'un État grandiose et viable, comme ils témoignent de la désaffection du roi pour une certaine idée du Canada.

    Louis Gagnon est né à Sherbrooke. Il a obtenu une licence en pédagogie à l'Université de Montréal. Après avoir exercé sa profession dans des institutions privées et publiques du Québec, il s'est intéressé plus particulièrement à la didactique de l'histoire.

  • Voici, pour la première fois réunis, les principaux articles que l'auteur a publiés entre 1984 et 2010. Qu'ils s'intéressent aux rituels funéraires et au processus de christianisation des sociétés barbares, au paysage des contrées littorales ou au devenir des vieilles cités, à l'émergence d'une nouvelle économie portuaire ou à la floraison monastique, aux communications terrestres ou aux mouvements de bateaux, c'est toute l'histoire des mers du nord de l'Europe et de leurs régions riveraines qui est ici brassée, entre le déclin de l'Empire romain dont elles n'étaient qu'un horizon lointain et l'émergence de l'Occident médiéval dont elles sont devenues le centre. Dans le premier volume Peuples, cultures, territoires, on trouvera les études relatives aux contacts ethniques et culturels entre les peuples barbares du Nord, en particulier à leur christianisation, et à l'histoire des paysages et des sociétés littorales ; et dans le second volume Centres, communications, échanges, on trouvera les études relatives aux « places centrales » héritées des temps anciens (les cités) et aux nouveaux pôles de vie et d'activités humaines (les monastères, les emporia), à la logistique des communications maritimes, fluviales et terrestres, et à toutes les formes d'échanges (de l'échange primitif à l'échange commercial) qu'elles ont rendues possibles.

  • Voici, pour la première fois réunis, les principaux articles que l'auteur a publiés entre 1984 et 2010. Qu'ils s'intéressent aux rituels funéraires et au processus de christianisation des sociétés barbares, au paysage des contrées littorales ou au devenir des vieilles cités, à l'émergence d'une nouvelle économie portuaire ou à la floraison monastique, aux communications terrestres ou aux mouvements de bateaux, c'est toute l'histoire des mers du nord de l'Europe et de leurs régions riveraines qui est ici brassée, entre le déclin de l'Empire romain dont elles n'étaient qu'un horizon lointain et l'émergence de l'Occident médiéval dont elles sont devenues le centre. Dans le premier volume Peuples, cultures, territoires, on trouvera les études relatives aux contacts ethniques et culturels entre les peuples barbares du Nord, en particulier à leur christianisation, et à l'histoire des paysages et des sociétés littorales ; et dans le second volume Centres, communications, échanges, on trouvera les études relatives aux « places centrales » héritées des temps anciens (les cités) et aux nouveaux pôles de vie et d'activités humaines (les monastères, les emporia), à la logistique des communications maritimes, fluviales et terrestres, et à toutes les formes d'échanges (de l'échange primitif à l'échange commercial) qu'elles ont rendues possibles.

  • Si l'on sait que, de 1848 à 1851, la « journée insurrectionnelle » est autant valorisée que stigmatisée, les participants aux barricades parisiennes sont encore mal connus. L'approche socio-biographique éclaire ce que participer veut dire et représente aux yeux des protagonistes des journées révolutionnaires. La révolution de 1848 est un moment d'entrée en politique de milieux sociaux relégués jusque-là à la marge de l'espace public. La répression des journées de juin définit le processus inverse de leur sortie de la participation citoyenne. Aussi, cette étude souligne ce que fut l'apprentissage de l'illégitimité de la culture des armes du « citoyen-combattant ». Cette perte de légitimité, à l'origine de la condamnation de toute forme de lutte armée dans l'espace public républicain, s'inscrit dans un temps long du désarmement de la société civile en France. Elle en est une des étapes capitales Ce livre apporte une nouvelle compréhension des « milieux populaires » des années charnières du xixe siècle, à partir d'un vaste corpus de requêtes envoyées par la suite aux autorités. Il suggère une nouvelle voie pour l'étude des milieux sociaux peu habitués à écrire sur eux-mêmes.

  • Le 10 mai 1785, le Bon Papa, modeste trois-mâts de 280 tonneaux, hissait les voiles à Paimboeuf, près de Nantes, et mettait le cap plein ouest. À son bord se trouvaient trente-six familles que l'armateur du voilier s'était engagé à amener à bon port. Le vaisseau, arrivé à destination après quatre-vingts jours de traversée, le 29 juillet 1785, n'était que le premier de sept navires qui transportèrent, à la même époque, près de 1600 Acadiens dans le Mississippi. Cette émigration est considérée par la communauté cajun en Louisiane comme l'un de ses moments fondateurs. Elle reste en revanche largement méconnue du public canadien et européen.

    Trente ans - presque jour pour jour - avant l'arrivé du Bon Papa à La Nouvelle-Orléans, sept ou huit fois plus d'Acadiens s'apprêtaient à embarquer dans des vaisseaux au départ de la Nouvelle-Écosse, à l'extrémité sud-est du Canada. Entre le 28 et le 31 juillet 1755, en effet, le gouverneur anglais de cette colonie, Charles Lawrence, en prélude à la guerre de Sept Ans, prenait la décision d'expulser tous les habitants d'origine française relevant de son territoire pour les disperser dans les Treize Colonies anglo-américaines. Joseph LeBlanc, alors âgé de vingt-cinq ans, originaire du bassin des Mines, fit partie de ceux qui furent transportés en Virginie, puis de cette colonie en Angleterre. Plusieurs autres proscrits de l'été 1755, ayant suivi des trajectoires parallèles à la sienne, se trouvaient à bord du même navire. Joseph LeBlanc et ses compagnons pensaient-ils aux circonstances de leur premier départ, trente ans auparavant, en s'éloignant des côtes bretonnes ? Pourquoi quittait-il la France ?
    Jean-François Mouhot a étudié l'histoire aux Universités de Besançon (France) et de Birmingham (Grande-Bretagne), à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) et à l'Institut Universitaire Européen (Florence, Italie), où il a obtenu son doctorat sur Les Réfugiés acadiens en France (1758-1785) en 2006. Il a enseigné aux universités de Galway (Irlande), Lille (France) et Birmingham, où il est chargé de recherche et où il enseigne l'histoire environnementale.

  • Vrai journal, tenu par un vrai curé de campagne, ce document nous vient d'un village situé sur la frontière belge, dans l'ancien Tournésis, Rumegies (Nord, arrondissement de Valenciennes, commune de Saint-Amand-les-Eaux). Là, vécut, au tournant des xviie et xviiie siècles, le curé Alexandre Dubois, qui dirigea sa paroisse pendant 53 ans (1686-1739), partageant en tout les joies et les épreuves de son troupeau, dans une région où des guerres atroces achevaient de fixer les limites de la France. Dans le Journal qu'il tint pendant environ 25 ans, on voit revivre avec une extrême précision un de ces petits groupes humains qui échappent généralement aux prises de la science et qui pourtant constituent la substance même du passé. On lie connaissance avec un prêtre droit, rigide même et pourtant plein de passions et de préjugés. On découvre dans un cadre restreint les contrecoups parfois tragiques des malheurs et des controverses de ce temps. Le lecteur ne pourra plus oublier certains cris de douleur devant des excès de misère : « On était las d'être au monde » (1694) ou « Le Jugement dernier sera-t-il plus effroyable ? » (1709). Aux historiens d'utiliser cette riche matière. Ce document saisissant méritait une nouvelle édition, les deux premières qui datent de 1965 (Paris, Le Cerf) et 1997 aux Presses Universitaires du Septentrion étant tout à fait épuisées.

  • L'aventure d'une cité tisserande et frontalière du département du Nord qui devint entre les deux guerres l'un des plus célèbres bastions du communisme français. Analyse la nature du communisme local, les rôles qu'il accepta de jouer auprès d'une société victime de l'érosion de ses repères identitaires.

  • Depuis vingt ans, la construction de politiques laïques de santé publique et la médicalisation de l'hôpital ont fait l'objet de travaux majeurs. Grâce à des sources inédites et des méthodes novatrices, cette série de travaux sur la santé des populations civiles et militaires retrace les mutations des structures de soins traditionnelles et étudie le regard des populations sur les formes nouvelles d'assistance sanitaire. Dès la fin du xviie siècle, les populations militaires sont prises en charge par des institutions laïcisées et médicalisées -thérapeutiques ou thermales- qui serviront de modèle aux hôpitaux civils du xixe siècle. Dans le même temps est créé un corps de santé militaire qui veille en temps de paix à la santé des troupes, traite les blessures des combattants et soigne aussi bien militaires que civils dans les territoires soumis par la conquête coloniale. Au xviiie siècle, les populations urbaines connaissent des perspectives sanitaires nouvelles par la diffusion de médicaments prometteurs tels que le quinquina, grâce aussi aux transformations de l'hôpital civil. Ce bouleversement des structures thérapeutiques s'accélère aux xixe et xxe siècles dans le secteur public comme dans le secteur privé. Les patients recourent désormais en nombre croissant à l'hôpital ; ils n'hésitent plus à se plaindre, exigeant le respect de la personne par l'institution médicale.

  • Qu'y a-t-il de religieux dans les guerres de religion des xvie-xviie siècles ? Guerres entre chrétiens et non croisades, guerres civiles dans lesquelles la frontière entre amis et ennemis ou entre soldats et simples sujets s'efface, conjonction dramatique d'émeutes urbaines, de révoltes paysannes, de soulèvements contre les nouvelles formes d'exercice du pouvoir et de massacres inouïs plus souvent qu'opérations militaires d'armées en bon ordre, elles brouillent les pistes, déjouent les interprétations trop simples, soulèvent d'innombrables questions. Pour en comprendre l'originalité profonde et le rôle décisif dans la naissance de l'Europe moderne, il faut donc croiser plusieurs analyses : une histoire comparée des guerres dans les différents territoires pour en saisir les spécificités nationales ou confessionnelles ; une étude des différents acteurs et des justifications qu'ils donnent à leur engagement dans la guerre ou dans la paix ; une description minutieuse, enfin, des formes particulières de la violence qui s'observe alors. C'est ce défi que ce livre entend relever en faisant le choix d'une perspective européenne et d'une documentation inédite, car au même titre que l'humanisme et la Renaissance, mais sur un tout autre registre, plus inquiétant, les affrontements religieux des xvie-xviie siècles constituent peut-être le creuset dont est sortie l'Europe moderne.

  • Les représentations de l'argent sont rares et contrastées dans la littérature comme dans l'iconographie médiévales. Cependant l'usure est au coeur des débats des théologiens, et les prédicateurs dénoncent l'avarice auprès de populations accablées d'impôts et constamment préoccupées par l'altération des monnaies. La dette, la dîme et le denier est une analyse sémantique centrée sur les champs lexicaux de la monnaie, de l'impôt, de la dette, du revenu et des métiers de la finance. Elle a été conduite à partir d'un corpus central de textes en moyen français d'auteurs proches de Charles V (Philippe de Mézières, Evrard de Trémaugon, Christine de Pisan et Nicole Oresme) élargi aux autres textes de la période 1355-1405. Portant sur cet axe diachronique, époque de crises économiques et financières et de bouleversements majeurs (création du franc, naissance de l'impôt d'État), cet ouvrage présente et analyse le vocabulaire économique et financier à la fin du Moyen Âge pour des lecteurs historiens, linguistes, économistes, soucieux d'appréhender les fondements des mécanismes financiers. Le vocabulaire économique et financier du Moyen Âge fonctionne selon la problématique du « dû » autour des échanges pécuniaires et des dettes financières et morales. Cet ouvrage illustre, par l'originalité et la rigueur de son analyse, la représentativité d'une pensée occidentale médiévale, opposant la spiritualité du divin à la matérialité peccamineuse de l'argent, alors que nombre de notions sont communes aux champs lexicaux de l'argent et de la morale.

  • Quiconque visite le Musée national des beaux-arts du Québec ne peut sempêcher de déambuler dans le bâtiment de lancienne prison des plaines, aujourdhui reconvertie en pavillon muséal Charles-Baillairgé qui abrite des expositions permanentes. Peu de gens savent toutefois que la prison a été en activité jusquà lautomne 1970.Construite un siècle plus tôt dans le contexte dune vaste réforme du système carcéral québécois, la prison des plaines devait être un modèle pénitentiaire. On pensait pouvoir y réhabiliter les déviants par le travail, la discipline et la morale religieuse. Mais entre la théorie et la pratique, il y aura un large fossé. Comme le souligne John R. Porter dans sa préface, cet établissement deviendra «un lieu où les préoccupations relatives à la sécurité et à lhygiène des prisonniers prirent vite le pas sur les -efforts de -réhabilitation».Martin Mimeault a complété une maîtrise en histoire à lUniversité Laval. Auteur de plusieurs articles dans LEstuaire et leMagazine Gaspésie, il a travaillé pour divers organismes culturels dont le Musée de la Gaspésie, le Conseil de la Culture de la Gaspésie, Radio-Canada (Matane) et les Productions Vic Pelletier.

  • Entrepris à l'automne 1994, le recensement des caves médiévales de Lille a nécessité cinq ans d'investigation et de traitement des données recueillies. Deux objectifs prioritaires étaient définis : évaluer le potentiel architectural médiéval encore présent dans les sous-sols, et, par l'intermédiaire de son étude, tenter de mieux comprendre l'organisation de la ville médiévale et son évolution. 26 caves ont ainsi été relevées, situées principalement entre l'ancien port fluvial et la place du marché de la ville. Seuls témoins architecturaux de la ville médiévale, elles renseignent sur les techniques et les matériaux de construction pour une période très mal documentée à Lille, du xiie au xve siècle. De plus, la confrontation avec les documents d'archives encore conservés, a permis de souligner le caractère essentiellement économique de ces locaux de stockage, appartenant bien souvent à la bourgeoisie commerçante urbaine ; des hypothèses sur l'organisation et l'évolution de la trame urbaine depuis le xie siècle sont aussi proposées, en associant l'analyse des plans des caves et celui du parcellaire. Seuls vestiges médiévaux conservés, les caves se sont révélé être un outil tout à fait privilégié d'étude de la ville, contribuant à approfondir les connaissances sur l'histoire de Lille.

  • L'industrialisation du xixe siècle a oblitéré la mémoire du Nord : le sud du département fut cependant jusqu'à la Révolution un grand centre européen de production de la pierre : des carrières de l'Ostrevant - région située entre Douai et Valenciennes - des centaines de chariot convoyaient jusqu'aux chantiers douaisiens ou valenciennois la pierre de grès dont les chargements remontaient encore sur de lourdes péniches la Scarpe ou l'Escaut pour alimenter, de Gand à Utrecht, les grandes villes flamandes ou brabançonnes. À travers l'exemple des chantiers de fortification de Douai, l'auteur évoque la politique d'une ville des anciens Pays-Bas en matière de construction. Exploitant un ensemble de sources inédites, il retrace la genèse des fortifications, situe leur place dans l'histoire de l'art et étudie l'organisation et les techniques de construction dans une ville médiévale. La richesse de la documentation rassemblée permet de souligner l'activité exemplaire du bâtiment dans ces régions des anciens Pays-Bas qui explique et annonce - avec son avance technologique - l'essor industriel du xixe siècle.

  • Au haut Moyen-Âge, une femme mariée avait environ deux chances sur trois de survivre à son mari, ce qui posait la question de son devenir, de son rôle, de sa marge de manoeuvre, des biens échangés au moment du mariage et laissés par le défunt. Croisant les approches tant juridiques et religieuses qu'économiques, sociales et anthropologiques, la présente étude envisage ces différents aspects de la fin du vie à la fin du xie siècle, dans un espace compris entre la Flandre et le Poitou. Elle vise à montrer la spécificité des veuves par rapport aux autres femmes mais aussi par rapport aux veufs, et à cerner les principales mutations, liées notamment aux transformations de l'époque carolingienne et à celles qui apparaissent au xe siècle. Après avoir montré en quoi la mort du mari constituait une rupture, notamment en termes de protection et de devenir, elle s'intéresse aux options possibles pour les veuves, en insistant sur leur place dans les stratégies familiales, puis s'attache à cerner leur rôle, notamment dans la mémoire et les transferts patrimoniaux, ainsi que les pouvoirs qu'elles étaient susceptibles d'exercer.

empty