Stock (réédition numérique FeniXX)

  • Prenez vos désirs pour des réalités. Professeurs, vous nous faites vieillir. Voici, parmi tant d'autres, des phrases qui fleurissaient sur les murs en mai 68. Cinquante ans avant, les surréalistes disaient déjà la même chose. Quand ils s'attaquaient à ce vieux crabe d'Anatole France, une sorte de Jean Dutourd de l'époque, ils demandaient : Avez-vous déjà giflé un cadavre ? Et Aragon renvoyait dos à dos le tapir Mourras et Moscou la gâteuse. Sans les surréalistes, leur violence, leur talent, leur imagination, leurs bagarres politiques, nous ne serions pas ce que nous sommes et nous ne saurions pas ce que nous devrions être. Le refus de la guerre, le goût de la révolution, la poésie, la littérature, le talent, la curiosité, la découverte, l'insolence, ce sont eux qui nous les ont appris. Et leurs leçons continuent d'être valables aujourd'hui.

  • Du passé d'une génération, on ne saurait faire table rase. Itinéraire de pères intellectuels et de fractures historiques : la guerre, Malraux, Camus, Sartre, la jeunesse d'un petit marxiste parisien, l'Algérie et le refus, le règne des choses sous De Gaulle, l'interpellation de Mai 68 et l'impossible Révolution. L'auteur, dégrisé, traverse la décennie 70, comme tant d'intellectuels de gauche. Survient mars 1978. L'Union de la gauche achève de représenter sa comédie. Il devient nécessaire d'inverser les signes : l'Histoire est à relire, celle notamment de la social-démocratie qui, tout compte fait, a plus oeuvré pour l'homme que le Goulag. Solution à la crise ? Encore faudrait-il savoir de quelle nature elle est exactement ? Le monde bascule, revanche d'un tiers monde, objet et sujet, qui ne veut plus n'être que victime ? La violence est là, la guerre peut-être ! Appel à la pédagogie des médias. Il revient à une réflexion politique comme celle-ci de ne pas capituler. Par fidélité abusive on peut trahir, jamais par lucidité. Notre part de siècle est un livre de fin d'un monde.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les lunettes haut perchées sur le front, une voix aigrelette, des mots qui se pressent dans sa bouche, c'est Pierre Lazareff. Pierrot les Bretelles, Pierre le patron de France-Soir de 1949 à 1972. Petit homme et géant du journalisme. Un farfadet qui disait : J'ai bricolé ma vie. Il est né à Paris le 16 avril 1907. Au carrefour de la rue Drouot et du Faubourg Montmartre, dans un immeuble occupé surtout par des lapidaires comme l'était son père David, juif russe émigré. Le Gaulois et Le Figaro sont installés à deux pas. Et, sur les boulevards avoisinants, cafés et brasseries accueillent artistes et chroniqueurs à l'affût derrière leur vermouth. C'est l'aube d'une Belle Époque à laquelle Pierre Lazareff restera attaché par un souvenir nostalgique et sacré. Gaston Leroux, l'illustre reporter du Matin le prend en sympathie, reconnaissant dans ce gamin à la longue chevelure rousse, enthousiaste et volubile, informé de tout, déjà familier des coulisses, le personnage de Rouletabille. Entre ses échos de débutant dans La Rampe, et la direction de France-Soir, s'inscrit une carrière exemplaire, marquée surtout par l'aventure unique de Paris-Soir, oeuvre de Jean Prouvost, un jeune industriel du Nord, qui va se révéler l'un des plus prestigieux patrons de presse d'avant-guerre. Pendant la guerre, émigré aux États-Unis, il se voit confier par le Président Roosevelt la direction de la section française de La Voix de l'Amérique. Au lendemain de la Libération, Défense de la France, née pendant la Résistance, appelle Pierre Lazareff qui va très vite en faire France-Soir. De 1959 à 1968, avec Cinq colonnes à la une, il invente un nouveau langage à la télévision, montrant à quel point il était capable de s'adapter à un mode d'expression qu'il avait tout de suite assimilé. Faisant passer l'événement à travers les hommes, Pierre touchait les coeurs, à la limite du mélodrame. C'est un art, dit-on dépassé, mais la popularité de l'émission ou de son journal, est d'abord explicable par cette émotion réelle qui l'animait. Pierre Lazareff était un être généreux, courageux aussi. Pour le meilleur et pour le pire.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • À travers toute son oeuvre, gigantesque et perpétuelle autobiographie, Henry Miller n'a jamais cessé de se demander : Qui suis-je ? Pourquoi donc tenter de cerner, une fois de plus, et de l'extérieur, le caractère, la nature de cet écrivain ? Parce que le regard d'un homme sur soi-même, cet homme fût-il un génie, ne remplacera jamais totalement le regard d'autrui. Et puis, Jacqueline Langmann est un autrui privilégié : astrologue, elle use, pour pénétrer l'homme Miller, d'une méthode d'investigation mille fois reconnue et prônée par l'auteur des Tropiques. Elle en use avec une souplesse et une richesse de moyens capables de cerner toutes les subtilités, et tous les détours d'une personnalité complexe. Mais, surtout, son contact personnel avec Miller fut d'emblée profond, direct, spontané. Dès leur première rencontre, l'astrologue et l'écrivain se sont reconnus l'un dans l'autre. Cette première rencontre, fortuite, fut suivie d'un échange serré de correspondance, qui dure depuis plus de dix ans et qui, d'ailleurs, nourrit le livre qu'on va lire. Ce livre, annoté par Miller lui-même, est plus que le beau portrait d'un grand écrivain : c'est le portrait des hommes tels qu'ils devraient être. Non que Miller soit présenté comme le plus parfait des saints. Mais, au-delà de ses défauts, il donne l'exemple d'une humanité pleine et libre.

  • Qui est Sophie de Ségur ? La Sophie bouffon, diseuse d'historiettes, élevée à la dure dans la Russie des tsars, fille du gouverneur incendiaire de Moscou ? La jeune aristocrate que l'on dote d'un trop beau mari lancé dans la vie parisienne ? La mère, la grand-mère, éducatrice attentive et indulgente ? L'écrivain qui fait surgir tout un monde d'enfants, anges et démons, qui incarnent toutes les pulsions de son extraordinaire vitalité ? La campagnarde normande qui peint avec truculence la vie rustique des chaumières et des châteaux ? D'une plume alerte et subtile, Marie-Louise Audiberti décrypte avec bonheur la personnalité complexe de cette femme qui nous fit tant rire et tant frémir.

  • Cet album de 170 photographies prises par Jeanne, l'épouse de Mauriac, donne une vision souvent inattendue de l'écrivain.

  • Mon livre, c'est moi, dit Montaigne. Les Essais sont un miroir où l'auteur se contemple. Mais ce miroir n'est pas objet d'intimité, il est public, tendu devant le lecteur qu'il appelle à mieux discerner ses propres traits, à se découvrir lui-même. Deux regards ainsi convergent. Deux images se superposent, celle de Michel de Montaigne, celle de ce lecteur inimitable qu'est Roger Stéphane. Non point confondues certes. Le jeu très subtil des reflets révèle, à la fois, distorsions et concordances. Mais voici que la gravité, l'affliction, la tendresse envahissent tout le champ lorsque, brusquement, se lève entre les deux premières une troisième image, elle aussi dédoublée, celle de l'ami perdu, de l'amour brisé d'un coup par la mort, inconsolable. Georges Duby

  • Anne Ubersfeld est une spécialiste internationalement reconnue du romantisme. Dans sa biographie, on retrouvera l'auteur de Mademoiselle de Maupin, du Capitaine Fracasse, mais aussi le Gautier romantique de la bataille d'Hernani, le Gautier sensuel et hanté par la mort, le critique d'art et le voyageur.

  • L'âge classique voit la naissance de l'écrivain et l'époque romantique son sacre : avec l'âge démocratique - où nous sommes aujourd'hui en Occident - c'est, avance Henri Raczymow, le constat de sa mort qu'il faut dresser, entraînant avec elle la fin de la littérature dans sa dimension de sacralité, de transcendance. Si la littérature fut bien le substitut laïcisé de la religion, quelle a été la généalogie de cette forme de croyance et de ses pratiques ? Peut-on retracer les prodromes de sa disparition ? Car il semble que nous soyons radicalement coupés du temps - pourtant assez proche (que l'on songe à Gide ou Sartre) - où le terme grand écrivain avait un sens ailleurs que dans les seuls manuels scolaires. Ce n'est pas l'absence d'écrivains contemporains importants que déplore ici Henri Raczymow, mais la disparition d'instances crédibles de légitimation - celles que furent, par le passé, le roi pour Racine, la nation pour Voltaire, le peuple pour Hugo ou Zola, l'opinion publique pour Sartre. Restent le public, plus passif qu'actif, et la noria des notoriétés. Si cette évolution de la littérature est liée au processus démocratique, que devient-elle lorsque ce processus semble être arrivé à son terme ?

empty