Vrin

  • Des premiers écrits des années 1750 aux ultimes liasses de l'Opus postumum, Kant demeurait préoccupé par la question de Dieu. La reconstruction génétique des écrits de philosophie théorique montre d'une part comment l'affirmation de l'existence de Dieu, d'abord dogmatiquement certaine, se transforme quant à son statut épistémique vers l'affirmation d'un idéal de la raison tout en demeurant constante, comme théologie transcendantale et comme physico-théologie réfléchissante, quant à sa fonction systématique, à savoir de servir de fondement. Elle montre d'autre part comment la problématique théologique, en tant que problématique du fondement, s'élargit, chemin faisant, au sein même des considérations de philosophie théorique, vers une théologie morale qui sera comprise ultimement comme constituant le point de vue le plus élevé d'une philosophie transcendantale qui demeure, il est vrai, de l'ordre de l'inachevé..
    Robert Theis est professeur émérite de l'Université du Luxembourg.

  • La philosophie de la nature de l'Encyclopédie des sciences philosophiques fut, jusqu'à une date récente, presque ignorée par les études hégéliennes. Hegel s'y serait rendu coupable d'une prétention à concurrencer les sciences positives sur leur propre terrain et à rivaliser avec elles, en révélant à la fois son incompréhension de la scientificité la mieux établie et la faible rationalité de son propre projet. Une lecture attentive permet de rectifier ces préjugés, en montrant non seulement que Hegel s'y trouve attentif et respectueux du savoir positif de son temps, mais encore qu'il tente d'y définir les modalités d'une collaboration méthodologiquement réglée entre philosophie et sciences.
    En quoi consiste le projet d'une science spéculative? En quoi consiste chez Hegel la déduction spéculative de la vérité? En quoi consiste la compréhension hégélienne du statut et des formes du discours des sciences de la nature? Quelle attitude la spéculation doit-elle adopter face aux controverses scientifiques? C'est à ces questions que s'efforce de répondre cet ouvrage.
    Emmanuel Renault est professeur à l'Université Paris-Ouest-Nanterre-La-Défense.

  • On sait que pour Cuvier la totalité d'un organisme vivant peut « être reconnue par chaque fragment de chacune de ses parties », ce qui permet, à partir d'un seul élément, de restituer un exemplaire d'une espèce aujourd'hui disparue. Les études réunies dans ce volume ont une intention analogue : partir à chaque fois d'une question déterminée et restituer dans son ensemble la « secrète architecture » d'une oeuvre philosophique (ici à l'intérieur du domaine allemand, de Kant à Heidegger). Travail, si l'on veut, de paléontologie philosophique, mais au terme duquel les différentes pensées abordées peuvent sembler se restituer les unes aux autres, comme si elles procédaient toutes d'un unique philosophe tentant, par différentes voies, de résoudre une unique question : celle, précisément, de l'Unique. C'est à nous, interprète ou lecteur, qu'incombe aujourd'hui la responsabilité de sa fragile survie.
    Jean-François Marquet est professeur émérite à l'Université Paris IV-Sorbonne.

  • Cet ouvrage cherche à dépasser l'alternative : « Ou bien Descartes, ou bien Vico », en poursuivant un triple objectif. D'une part analyser la place que la phénoménologie herméneutique occupe dans le nouveau paysage de la phénoménologie française, caractérisé par des tentatives de refondation de l'idée de phénoménologie (E. Levinas, M. Henry, M. Richir, J.-L. Marion).
    D'autre part, réfléchir sur le concept d'interprétation radicale en mettant en question la pertinence du « principe d'équité » cher à Quine et Davidson.
    Enfin, l'herméneutique ne doit pas seulement définir son projet en référence à la « mort de Dieu », la fin de « l'onto-théo-logie », etc. Cette réflexion, étayée par une relecture de l'article de Kant, « Qu'appelle-t-on s'orienter dans la pensée? », définit une relation plus complexe à la tradition métaphysique et débouche sur une nouvelle définition de l'idée de transcendance.
    Jean Greisch fut professeur de philosophie à l'Institut Catholique de Paris.

  • La philosophie de la mythologie, enseignée à plusieurs reprises par Schelling à Munich et à Berlin, représente dans l'oeuvre ployédrique et successive à la fois un texte soigneusement achevé, presque un point d'orgue, et l'un des fils conducteur les plus solides du développement organique. Une série de leçons professées naguère à Naples sous l'égide de l'Istituto Italiano per gli studi filosofici a offert aux auditeurs un exposé schématique de l'ouvrage, rendant compte des problèmes attenants, de sources et de composition, et sommairement du contenu. Le tout est marqué au signe de la tautégorie, qui s'énonce ainsi : les figures mythologiques signifient ce qu'elles sont et sont celles signifient. En vue de la réédition le texte a été soumis à une révision et à une mise à jour. On y a ajouté une brève introduction et trois études plus récentes, qui témoignent de la hantise de l'origine, thèma majeur et ressort caché d'une « mythologie expliquée par elle-même », et par conséquent mieux comprise et objectivement interprétée.
    Xavier Tilliette est professeur émérite de l'Institut Catholique de Paris et de l'Université Grégorienne de Rome.

  • L'homme ne se rapporte droitement à lui-même qu'en se rapportant à la totalité du monde qui l'entoure. Ce monde qui est unique selon Platon, sans qu'il soit doublé par le monde intelligible dont parlera le néoplatonisme, est rendu possible par la rencontre de l'intelligible et du sensible. Ainsi, le logos, par quoi l'homme a accès aux Formes, est ce qui permet d'opérer la déliaison proprement philosophique du corps et de l'âme, selon les termes du Phédon, sans qu'il faille poser un dualisme cosmique qui se retrouverait dans l'homme. De même que le sensible s'intelligibilise par la Participation et ainsi se maintient comme phénomène stable, de même l'homme peut avoir un usage harmonieux de son corps et de ses sensations. Déliaison n'est pas rupture. L'enfance, la sexuation, le sommeil, les rêves, la mort et la parole, ici interrogés, montrent que l'anthropologie de Platon ne condamne ni le plaisir, ni le corps. La vie de la pensée ne s'absente pas des mouvements corporels qu'elle accompagne. C'est pourquoi le corps est le signe de l'âme.
    Jérôme Laurent est Professeur à l'Université de Caen-Normandie.

  • Peut-on aujourd'hui faire de l'homme et de son rapport à la vie le thème d'un authentique étonnement philosophique? À cette question, l'oeuvre de Merleau-Ponty répond par un double déplacement du regard. La question anthropologique cède d'abord à une philosophie de la nature, seule capable de restituer à notre humanité ce qui lui revient en propre : d'où l'étrange figure d'un être par principe imminent, car ramené aux conditions naturelles de son surgissement. Mais le phénomène humain est une seconde fois suspendu, en direction d'une problématisation de type ontologique vouée à redéfinir l'ensemble des sciences humaines abordées par Merleau-Ponty. Chacune de ces sciences, aiguisée par une critique de ses présupposés fondamentaux, finit par éclairer d'une lumière nouvelle le phénomène humain.
    Étienne Bimbenet est Maître de conférences à l'Université Lyon III Jean Moulin.

  • Bien qu'il apparaisse aujourd'hui comme l'une des figures incontournables de la phénoménologie, le philosophe-résistant tchèque Jan Patocka (1907-1977) attendait encore une interprétation intégrale de son oeuvre. C'est l'ambition de cet essai, qui en propose une lecture à la fois historique et systématique, s'appuyant également sur des textes tchèques inédits en français, comme Éternité et historicité (1947), dont certains extraits sont ici traduits.
    Cette première tentative explicite la nouvelle possibilité de la phénoménologie, qu'avait d'ailleurs entrevue Heidegger au début des années trente - rien d'autre que la liberté, désormais enracinée dans le rapport de la vie humaine au monde - un monde et une vie humaine redéfinis comme des mouvements et, plus essentiellement, comme des événements. Reprenant à nouveaux frais le problème du monde de la vie, Patocka ouvre la voie à une transformation de la phénoménologie de l'existence en phénoménologie de l'événement et, plus encore, de l'histoire. Cette transformation lui permet de se situer dans l'histoire de la phénoménologie, comme d'entrer en dialogue avec ses figures les plus contemporaines.
    Émilie Tardivel, diplômée de Sciences Po Paris, docteur en philosophie (Université Paris 1), est maître de conférences à l'Institut catholique de Paris.

  • Quelle est la relation de l'esprit au temps? Comment s'articulent les concepts de temps et d'histoire? De quelle façon l'idée d'historicité se laisse-t-elle caractériser? Telles sont les questions que cet ouvrage se propose d'adresser à la philosophie de Hegel.
    Alors que les essais de jeunesse (1796-1802) définissent le temps de manière négative en l'identifiant au destin, puis à une marque de finitude que la raison doit abolir, les projets de systèmes d'Iéna constituent un tournant dans la recherche de Hegel, qui fait à cette époque une découverte décisive : celle de la nature éminemment dialectique du temps.
    L'analyse de la dialecticité du temps met en évidence les multiples facettes de ce concept, et explique comment l'esprit peut se réconcilier avec le temps dans sa figure proprement historique. Les leçons d'Iéna saisissent la future philosophie de l'histoire dans sa possibilité, à la lumière de ce qu'il convient d'appeler, depuis Hegel, l'« historicité ».
    Christophe Bouton est Professeur de philosophie à l'Université de Bordeaux 3.

  • L'unique tâche philosophique de Lequier a consisté dans la recherche d'une première vérité. Si une méthode réflexive ne parvient jamais à établir définitivement celle-ci et si la méthode dialectique se heurte sans fin aux apories, spécialement celles de la nécessité et de la liberté, une autre voie s'ouvre, celle du récit existentiel. Or cette voie, loin de mettre en question la métaphysique, est plutôt celle qui expose, sous une forme phénoménologique, comment la vérité peut s'accomplir comme liberté dans l'histoire par laquelle un être humain effectue son identité.
    La pensée de Lequier, qui porte sur les actes les plus communs de l'existence, examine d'une manière très classique les principes métaphysiques. Ainsi au lieu que la métaphysique et l'existence soient antagonistes et disjointes, c'est dans les situations vécues qu'est reconnue, et même qu'est « faite », la première vérité sous la figure de la liberté.
    André Clair est professeur émérite à l'Université de Rennes I. Ses publications portent principalement sur Kierkegaard et sur la philosophie morale, juridique et politique.

  • Commentant Schelling, Heidegger note : « Être et vouloir (perceptio - appetitus); comme [il appert] à partir de la tradition de la métaphysique théologique, là derrière se tient "l'actus" ». Mais, au lieu de mener l'enquête en direction de l'arrière plan où se tient l'actus, Heidegger fait porter son attention sur ce qui se situe au premier plan, c'est-à-dire sur la détermination de l'être de l'étant comme volonté. Si le vouloir se laisse comprendre comme le trait essentiel en fonction duquel la subjectivité de l'ego a été interprété par la métaphysique moderne, l'actus en revanche paraît ne pas appartenir en propre à cette dernière : traduction latine de l'energeia grecque, on le retrouve dans l'actus purus médiéval, dans l'actuositas leibnizienne, dans la Tathandlung (l'action de l'acte) fichtéenne et jusque dans la Selbstbetätigung (l'autoactivation) de Marx. Qu'en est-il de cet actus qui semble traverser la métaphysique occidentale sous diverses formes, qui « se tient derrière » les conceptions les plus diverses de l'être de l'étant? Explorer et mettre au jour d'autres possibles toujours recelés par l'ontologie de l'agir : telle est la tâche à laquelle l'auteur se consacre dans le présent ouvrage.
    Franck Fischbach est professeur en Philosophie allemande moderne et contemporaine à l'Université de Strasbourg.

  • En publiant les Principes de la philosophie du droit, Hegel ambitionnait de constituer la Science de l'État, et cela à l'encontre aussi bien de toute conception utopique que de toute interprétation partisane. Il disposait à cet effet des ressources théoriques présentées quelques années auparavant dans la Science de la logique.
    Ce commentaire privilégie incontestablement l'aspect logique et processuel du propos hégélien. Il s'agit donc non seulement de repérer la présence de ces schèmes logiques mais d'en éprouver la validité et d'en vérifier l'efficacité. Ce parcours logique ne fait appel qu'à l'énergie et au dynamisme du pur penser - sans apport étranger, extérieur ou empirique - et à sa seule fécondité interne susceptible d'engendrer par elle-même, de manière immanente, la richesse et la totalité du sens.
    André Lecrivain est professeur honoraire de première supérieure.

  • Lectures de Platon

    Luc Brisson

    • Vrin
    • 25 Septembre 2000

    Les études ici réunies rendent compte de ce que fut le contexte historique et littéraire de la rédaction des dialogues platoniciens, et de la manière dont leur auteur a choisi de confronter sa philosophie à la mythologie, afin de mener une enquête sur le monde, l'âme et la cité. Ces lectures veulent prendre ainsi la mesure de ce qui nous éloigne aujourd'hui de Platon, tout en suggérant qu'une histoire de la philosophie qui cherche à s'affranchir de l'anachronisme peut susciter chez nous des questions qui permettent de remettre en cause certaines de nos certitudes. On découvrira aussi un Platon qui assimile la composition d'un texte à la fabrication de l'univers par le démiurge, et qui aborde des sujets comme l'Égypte et la « jalousie », un écrivain philosophe qui, en dépit d'extravagantes accusations de plagiat, reste l'un des plus grands auteurs de l'humanité.
    Luc Brisson, directeur de recherche au CNRS, est l'auteur de nombreux travaux consacrés à la philosophie grecque et à la religion dans l'Antiquité.

  • Si le concept husserlien de passivité a fasciné toute une génération de philosophes (Merleau-Ponty, Landgrebe, Levinas, Henry), il a rarement fait l'objet d'une étude qui adopte la perspective du fondateur de la phénoménologie. Sa célébrité a comme masqué sa spécificité, créant une sorte de doctrine officielle de la passivité qui a, en fin de compte, peu de choses à voir avec la pensée et les intentions de Husserl. En effet, là où les phénoménologues contemporains voient dans la passivité la zone d'ombre où le programme d'une phénoménologie transcendantale et subjective s'effondrerait, Husserl considère, de son côté, qu'elle appartient sans reste à la sphère de la constitution et qu'elle consolide par conséquent son transcendantalisme. Loin d'être un domaine de sens irréductible à la rationalité, elle représente même le fondement des opérations de la pensée catégoriale. C'est en son sein que doivent être cherchées les « sources » des formes supérieures de la logique. Toute passive et préconsciente qu'elle soit, l'expérience antéprédicative appartient sans reste pour Husserl au sujet transcendantal et ne le destitue donc pas de sa position centrale et primordiale. Ce travail s'attache ainsi à suivre cette genèse du catégorial à partir de l'expérience passive et à montrer qu'elle entre dans le projet général, qui a été toujours celui de Husserl, d'asseoir la phénoménologie transcendantale sur le socle originaire de l'expérience du monde.
    Bruce Bégout est Maître de conférence à l'Université de Bordeaux 3.

  • Spinoza est le penseur de la totalité qui, allant de l'être au connaître, fait, contre la tradition métaphysique, de l'Absolu le principe d'affirmation d'une finitude essentielle et montre que l'homme, tout en n'étant pas « comme un empire dans un empire », peut cependant accéder au savoir de son appartenance à la totalité comme cause prochaine, en une intuition intellectuelle que la tradition réservait à Dieu. Heidegger est le penseur de la finitude ontologique, pour qui la pensée de l'Être est ancrée dans l'analytique du Dasein comme cet étant dont la seule essence est l'existence finie. Là où Spinoza propose une éthique excédant la logique de la métaphysique, Heidegger entreprend un travail de déconstruction de celle-ci, visant à sa métamorphose en une autre pensée permettant de rejouer le logos, la mort, le divin. Heidegger parle peu de Spinoza qui semble court-circuiter le fil historial de sa lecture de la métaphysique. Comment comprendre ce quasi-silence, si ce n'est en admettant que l'éthique fait retour dans l'ontologie fondamentale? L'ethos doit alors se penser comme un séjour, qui est tout à la fois un habiter et une manière d'exister ordonnés à une vérité de l'Être. Celui-ci n'est le transcendant absolu qu'en tant qu'il n'est pas un transcendant ontique mais l'immanence de ce fond abyssal auquel tout ek-sister doit s'arracher et à partir duquel il trouve sa tenue. Joie active la béatitude est l'affect ontologique par excellence, et elle est aussi l'angoisse comme sérénité. Le mutisme de Heidegger pourrait ainsi signifier un accord impensé avec la seule pensée qui ne se laisse pas intégrer dans une histoire de l'Être et qui demeure comme une « anomalie sauvage ».
    Jean-Marie Vaysse (1950-2011) était Professeur de philosophie à l'Université Toulouse II-Le Mirail.

  • La plupart des études réunies ici s'efforcent d'expliquer quelques passages des Dialogues. Le principe de lecture adopté est qu'il ne s'agit pas seulement de résoudre les difficultés liées à certaines thèses, mais de découvrir l'unique question qui traverse et retourne toutes les autres, celle de la pensée. Ce qui revient à dire que philosopher signifie pour Platon inventer et conjuguer tous les moyens de penser mieux, de penser plus, de s'assurer toujours de quoi penser, sans jamais disposer du critère objectif qui permettrait de distinguer la pensée véritable de tout ce qui est la négation ou n'en a que l'apparence. L'actualité de la philosophie platonicienne réside sans doute au fond en cela : nous rappeler inlassablement cette question que la pensée est, doit être et doit rester pour elle-même.
    Normalienne et agrégée de philosophie, Monique Dixsaut est professeure émérite de philosophie antique de l'université de Paris-1.

  • Ce livre présente une investigation critique de la science générale de l'être, instituée par Aristote au titre de la « science de l'étant en tant qu'étant ». L'auteur met en lumière ce qu'est l'être pour Aristote, ce que signifie précisément le type d'unité de ses significations multiples, et quels sont les structures, principes et concepts épistémologiques par lesquels le réel peut être expliqué dans son ensemble. L'originalité aristotélicienne qui se révèle dans son appréhension horizontale du réel, est à la fois responsable de son naufrage historique dans l'océan dominant des pensées hiérarchisantes, et de son renouveau extrêmement stimulant pour la pensée actuelle.
    Annick Stevens est docteur en philosophie et vient de publier chez Vrin une nouvelle traduction de La Physique d'Aristote.

  • L'auteur, qui tente de définir ici ce qu'il entend par méthode d'« analyse structurelle » et de « compréhension analogique » des doctrines, l'illustre d'exemples concrets et induit ainsi la structure d'intelligibilité de toute réflexion politique possible : celle de la causalité totale et ordonnée du prince et du peuple, analogue de la distinction structurelle métaphysique de la forme et de la matière, de la quiddité et de l'exercice, telle que l'aristotélisme les propose.
    Il montre par là même comment le « volontarisme » de Duns Scot et d'Occam rompt avec ce mode de pensée en définissant la volonté comme absolue de toute détermination finale et objective par soi. Ce « volontarisme » - source de la réflexion politique moderne - inspire immédiatement la notion du droit naturel de tous sur tout (jus omnium in omnia), dont les virtualités anarchiques appellent des contrepieds aussi divers que le sont la loi divine a priori, le droit divin des rois, le droit naturel du jusnaturalisme moderne, le contrat social, la limitation psychologique de la volonté de chacun par celle d'autrui, comme les présentent tour à tour Occam, Suárez, Spinoza, Hobbes, Locke, Pufendorf, Barbeyrac, Rousseau, l'utilitarisme ou l'éthique de la discussion.
    André de Muralt est professeur honoraire de l'Université de Genève.

  • Si Locke l'emporte sur Descartes dans la pensée des Lumières, plusieurs problèmes surgis au sein du cartésianisme agitent encore le siècle. Ainsi de la question « égoïste » (la question du solipsisme). La présente étude examine comment fut reçu l'immatérialisme berkeleyen, très vite converti par les Jésuites en un pur scepticisme. Pourquoi Berkeley fut-il perçu comme la figure de proue du solipsisme? Quels furent ses adversaires? C'est alors une autre image qui se dégage du XVIIIe siècle : celle d'un scepticisme inquiet plutôt que d'un rationalisme triomphant.
    Docteur en philosophie, Sébastien Charles est professeur de philosophie à l'Université de Sherbrooke.

  • Ce livre se propose d'esquisser un tableau d'ensemble des théories de l'histoire développées en Allemagne des Lumières à nos jours. Il défend l'idée que loin d'être une simple « sécularisation » croissante de la Providence, elles expriment plutôt une montée en puissance du motif de la liberté et du « principe de faisabilité », selon lequel les hommes sont les auteurs de leur histoire.
    La première partie retrace l'émergence de l'antinomie de l'histoire chez Herder, Kant, Schelling et Fichte, et les solutions qui lui sont à chaque fois données. La partie centrale étudie la manière dont Hegel a révolutionné la pensée de l'histoire, en substituant la raison à la Providence, l'historicité à la nature. La dernière partie porte sur la postérité de la philosophie hégélienne de l'histoire chez des auteurs comme Marx, Dilthey et Adorno. En contrepoint de la tendance actuelle au pessimisme, nous nous demandons ce que peut encore nous apporter aujourd'hui, après les catastrophes du XXe siècle, la pensée hégélienne de l'histoire.
    Christophe Bouton est Professeur de philosophie à l'Université de Bordeaux 3.

  • Premier volet d'une relecture transversale de l'oeuvre de Merleau-Ponty à la lumière de ses inédits, cet ouvrage se consacre à une période encore mal connue de l'évolution du philosophe, les années 1945-1951. Pendant cette phase de transition indispensable à la compréhension de la genèse des derniers écrits, Merleau-Ponty commence à se libérer des concepts classiques pour s'acheminer vers deux éléments capitaux de sa pensée : la chair et l'empiètement. Cette genèse complexe passe par la confrontation avec plusieurs auteurs (Beauvoir, Breton, Claudel, Bachelard et surtout, Sartre). Aux antipodes de l'imaginaire sartrien, la chair et l'empiètement contribuent à une philosophie du lien, dont les enjeux humanistes se diffusent dans les linéaments d'une future ontologie.
    Ancien élève de l'École Normale Supérieure, agrégé de philosophie et de mathématiques, Docteur en philosophie, Emmanuel de Saint Aubert est chercheur au C.N.R.S. (Archives Husserl).

  • Même s'il est attentif à s'appuyer précisément sur les textes, le présent ouvrage n'est pas une étude historique visant à offrir un tableau des conceptions de la métaphysique chez Hegel et Heidegger. Il ne cherche ultimement ni à vérifier (ou à infirmer) la thèse du caractère onto-théo-logique de la « science de la liberté » hégélienne, ni à décrire en détail les liens entre « constitution » et « règlement » de l'Être chez Heidegger.
    En prenant comme base l'idée heideggérienne d'un « dialogue avec Hegel » (idée qui accompagne tout le « chemin de pensée » de Heidegger) et en confrontant sans cesse les interprétations heideggériennes aux textes hégéliens pour esquisser une réponse (sans laquelle il n'y a aucun dialogue véritable), il s'agit de contribuer à la reprise d'une réflexion sur cette science toujours en crise et toujours « recherchée » qu'est la métaphysique. C'est à partir du thème de la constitution que cette réflexion cherche à se déployer, mais en un sens qui ne soit plus strictement heideggérien; notamment pour pouvoir rendre justice à la lignée (en particulier néoplatonicienne) qui fait de l'affaire de la philosophie première ce qui est au-delà de l'étance et du logos - lignée sur laquelle l'oeuvre heideggérienne reste, comme on l'a souvent remarqué, curieusement silencieuse.
    Bernard Mabille (1959-2014) fut Maître de conférences à l'Université de Paris IV-Sorbonne, puis Professeur de philosophie aux universités de Tours et de Poitiers.

  • Comment connaître Dieu? Est-il légitime de faire de son essence l'objet de la méthode, d'appliquer à sa nature et à ses attributs les modes de connaissance définis par cette méthode, à savoir l'induction, la déduction voire l'intuition? Comment défendre la possibilité d'une intellection claire et distincte de l'essence de Dieu, telle que la représente son idée, et faire droit à l'incompréhensibilité attachée à son infinité? Le paradoxe de la métaphysique cartésienne consiste à la fois à revendiquer la possibilité de connaître Dieu à partir de son essence, selon la « vraie définition » qu'en donne son idée innée, et à poser l'incompréhensibilité de cette essence, irréductible à ce que la raison peut en déterminer. C'est sur ce paradoxe que s'élaborent une « science parfaite » de Dieu et un traité de ses attributs, que Descartes déclare avoir tous « expressément prouvés ».
    Le Dieu de la métaphysique n'est toutefois pas seulement objet de science; il suscite aussi la plus « violent des passions » : sa connaissance et la preuve de tous ses attributs n'ont en effet d'autre utilité que de nous conduire à son amour, lequel procure des « satisfactions » et « des contentements qui valent incomparablement davantage que nos petites joies passagères »..
    Laurence Devillairsdocteur en philosophie, enseigne au Centre Sèvres et à l'Institut catholique de Paris.

  • Second volet d'une relecture de l'oeuvre de Merleau-Ponty à la lumière de ses inédits, cet ouvrage explore la façon dont l'intention philosophique de l'auteur est de bout en bout animée par une lecture critique de l'entreprise cartésienne. Merleau-Ponty entend affronter le « tremblement vite surmonté » qui aurait été celui de Descartes face aux « confusion » de la chair. Marqué par l'enracinement des années trente, par une opposition farouche à l'idéalisme de Léon Brunschvicg, mais aussi par l'influence séminale de Gabriel Marcel et Max Scheler, ce scénario mûrit ensuite au fil de l'oeuvre et revient en force dans les esquisses ontologiques tardives, pour dénoncer une « ontologie cartésienne de l'objet » désormais élargie à la pensée de Leibniz.
    Ancien élève de l'École Normale Supérieure, agrégé de philosophie et de mathématiques, Docteur en philosophie, Emmanuel de Saint Aubert est chercheur au C.N.R.S. (Archives Husserl).

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