Presses Universitaires de France

  • La Poétique de l'espace explore, à travers les images littéraires, la dimension imaginaire de notre relation à l'espace, en se focalisant sur les espaces du bonheur intime. Le « philosophe-poète » que fût Gaston Bachelard entend ainsi aider ses lecteurs à mieux habiter le monde, grâce aux puissances de l'imagination et, plus précisément, de la rêverie. Aussi l'ouvrage propose-t-il tout d'abord une suite de variations poético-philosophiques sur le thème fondamental de la Maison, de celle de l'être humain aux « maisons animales » comme la coquille ou le nid, en passant par ces « maisons des choses » que sont les tiroirs, les armoires et les coffres. Il ouvre de la sorte une ample réflexion sur l'art d'habiter le monde, impliquant une dialectique de la miniature et de l'immensité, puis du dedans et du dehors, qui s'achève par une méditation des images de la plénitude heureuse, condensant les enjeux anthropologiques, métaphysiques et éthiques de cette oeuvre sans précédent.

  • Cette édition des Principes de la philosophie du droit, fondée sur un établissement critique du texte original, est la plus complète à ce jour : elle propose, dans une traduction nouvelle, ce texte majeur de la philosophie juridique et politique moderne publié en 1820. Sont en outre offertes au lecteur les traductions des annotations manuscrites portées par Hegel sur son exemplaire personnel, des extraits des cours prononcés durant les années où il rédigeait son ouvrage et de son dernier cours fait la veille de sa mort, ainsi que les précieuses « Additions » rédigées par Eduard Gans à partir de cahiers d'étudiants ayant assisté aux cours de Hegel.

  • Un concept de différence implique une différence qui n'est pas seulement entre deux choses, et qui n'est pas non plus une simple différence conceptuelle. Faut-il aller jusqu'à une différence infinie (théologie) ou se tourner vers une raison du sensible (physique) ? À quelles conditions constituer un pur concept de la différence ?
    Un concept de la répétition implique une répétition qui n'est pas seulement celle d'une même chose ou d'un même élément. Les choses ou les éléments supposent une répétition plus profonde, rythmique. L'art n'est-il pas à la recherche de cette répétition paradoxale, mais aussi la pensée (Kierkegaard, Nietzsche, Péguy) ?
    Quelle chance y a-t-il pour que les deux concepts, de différence pure et de répétition profonde, se rejoignent et s'identifient ?

  • À l'opposé d'une philosophie ayant pour tâche de débrouiller le désordre apparent, de faire apparaître dans notre monde des relations constantes et douées d'intelligibilité, il s'est trouvé, de loin en loin, des penseurs pour lesquels la philosophie se doit de dissoudre l'ordre apparent et d'affronter le chaos. À de tels penseurs, cette tâche empoisonnée est apparue comme non seulement tâche unique mais encore tâche nécessaire de la philosophie. Réussir à penser le pire, tel est le but commun propre à ces philosophes et l'objet de ce livre est de s'interroger sur la nature de cette nécessité, sur la possibilité d'une philosophie tragique.

  • La première édition de cet ouvrage date de 1964. En 1963, j'avais lu les Essais pour la première fois... Je me proposais d'en extraire la philosophie que j'y pressentais et de l'exposer de manière à en montrer la cohérence. Je distinguai soigneusement la morale et la doctrine de la sagesse, ce que j'appellerais aujourd'hui l'éthique. Cette distinction essentielle fit beaucoup pour la clarté de l'exposé. On a cru que 'mon' Montaigne me ressemblait, que je l'avais bâti d'après moi-même. Il est difficile de se tromper plus complètement. Que l'on lise 'Existence et culpabilité', dans Orientation philosophique, et l'on verra quelle sorte d'homme j'étais à l'époque, et combien j'étais plus près de Pascal ou même de Jansénius que de Montaigne.

  • Constatant que l'anthropologie ne peut plus simplement prétendre reconstituer aussi « objectivement » que possible les cultures étrangères, puisqu'elle rencontre des cosmologies qui précisément excluent le partage entre nature et culture, Eduardo Viveiros de Castro propose d'y voir le lieu d'une expérimentation métaphysique où les « autres » sont non pas objets mais témoins de pensées et même d'images de la pensée alternatives. Montrant alors la complicité de cette anthropologie décolonisée avec la « métaphysique des devenirs » de Deleuze et Guattari, il en éclaire les enjeux dans le passage de l'Anti-OEdipe à Mille Plateaux, incompréhensible si on ne le replonge pas dans le savoir ethnologique qu'il charrie et à travers lui dans les ressources offertes par les pratiques conceptuelles de l'Afrique, puis de l'Amazonie. Il conclut par une relecture du structuralisme de Claude Lévi-Strauss qui dépasse l'opposition factice des pensées de la structure et de la différence, tout autant que de l'anthropologie et de la philosophie, du nous et des autres.

  • Ce recueil de divers textes que Clément Rosset a consacrés au cinéma, pour la première fois réunis, est précédé d'un entretien avec Roland Jaccard. Ses goûts cinématographiques, souvent déconcertants et ironiques, permettent de mieux cerner la personnalité du philosophe.
    À la suite d'un entretien avec Roland Jaccard autour du cinéma sur le 1er film de son enfance (Les naufrageurs des mers du sud par Cecil B. de Mille), sur les grandes revues cinématographiques (Positif, Les Cahiers...) et sur des thèmes tels que « Psychanalyse et cinéma » ou « Philosophie et cinéma », des extraits de textes parus dans différentes revues ou ouvrages de Clément Rosset sont mis à la disposition du lecteur.

  • Ce dictionnaire ne se limite ni à l'écologie politique, ni à l'écologie scientifique, ni à l'écologisme, mais rassemble au contraire toutes les réflexions, les constructions conceptuelles et les pistes d'action que peuvent inspirer l'état de la planète et le fonctionnement de la Biosphère. Il embrasse donc un spectre très large de disciplines et de collaborateurs, tirant le meilleur parti de l'hybridation, propre à la pensée écologique, des domaines naturels et sociaux interprétés à la lumière des sciences dures et des sciences humaines. À travers 357 articles écrits par 260 auteurs, le lecteur y trouvera des développements sur des notions clés, sur des livres déterminants ou sur des auteurs désormais classiques.
    Parce que la pensée écologique embrasse une échelle nouvelle et menaçante de perturbations infligées au milieu, réinterrogeant la place de l'homme au sein de la nature, et parce que le champ de l'écologie est loin d'être univoque, ce dictionnaire se veut à la fois critique, historique et prospectif, n'hésitant pas à proposer des points de vue contradictoires sur des notions centrales.

  • « Avec Hume, l'empirisme ne se définit plus essentiellement par l'origine sensible des idées. Il développe trois problèmes, les relations, les cas, les illusions.
    D'une part, les relations sont toujours extérieures à leurs termes, et dépendent de principes d'association qui en déterminent l'établissement et l'exercice (croyance). D'autre part, ces principes d'association n'agissent qu'en fonction des passions, pour indiquer des "cas" dans un monde de la culture ou du droit : c'est tout l'associationnisme qui est au service d'une pratique du droit, de la politique et de l'économie (suffit-il, pour devenir propriétaire d'une cité abandonnée, de lancer un javelot sur la porte, ou faut-il toucher la porte du doigt ?). Enfin, de telles règles de légitimité des relations peuvent-elles être séparées des fictions, des croyances illégitimes qui les accompagnent ou les doublent ? Si bien que la philosophie est moins critique des erreurs que dénonciation des illusions inévitables.
    Dans tous ces domaines, l'empirisme opère la substitution de la croyance pratique au savoir, dans une entreprise athée qui consiste à naturaliser la croyance. » (G. Deleuze)

  • Des présocratiques à Plotin en passant par Socrate, Platon, Aristote, Épicure et les stoïciens, Jean-François Mattéi nous convie à un voyage initiatique dans la philosophie antique. C'est à cette source que la raison occidentale se nourrit depuis des siècles. On y assiste à la naissance de la philosophie, de la physique, des mathématiques, de la politique et même de l'harmonie : éblouissant feu d'artifice de la pensée comme l'histoire en a peu connu depuis lors, et qui continue de résonner dans les débats d'aujourd'hui. En fin pédagogue, Jean-François Mattéi construit des ponts entre hier et maintenant, soulignant ainsi l'étonnante puissance à travers les âges du «?miracle grec?».

  • Dans un texte bref et essentiel prononcé et publié en 1992, Paul Ricoeur interrogeait l'expérience de la souffrance au coeur de l'existence humaine. Il en dépliait les horizons dans le rapport à soi et à l'autre, depuis la douleur corporelle jusqu'à la souffrance morale. Ce volume se propose de donner aujourd'hui à relire ce texte clé tant pour sa compréhension que pour une réflexion sur l'anthropologie philosophique et l'éthique du soin. Les contributions qui le suivent, chacune à leur manière, rebondissent sur les éléments d'analyse aujourd'hui particulièrement stimulants qui sont les siens, tout en les mettant en perspective avec certains enjeux très concrets du soin dans nos vies.

  • Lorsque Descartes fait de la connaissance de l'esprit humain la principale tâche de la philosophie, il lui applique l'idée moderne de la science comme connaissance certaine et évidente. Durant les 150 ans qui suivront, aucun penseur ne reniera cette étincelle cartésienne. Dans son sillage mais aussi contre elle, dans le ciel de la philosophie apparaît une constellation de penseurs de premier ordre : Pascal, Hobbes, Spinoza, Malebranche, Leibniz, Locke, Berkeley, Hume. La recherche philosophique accompagnant la « révolution scientifique » commencée avec Galilée s'engage alors dans « la voie des idées ».
    C'est donc sur cette voie que Pierre Guenancia nous entraîne, soulignant toujours dans les différences et les oppositions entre les philosophes la perspective épistémologique qui leur est commune : l'analyse de la connaissance doit précéder la connaissance des choses de l'univers, car ce n'est qu'à partir de nos idées que nous pouvons connaître les choses.

  • « En toute science - donc finalement en métaphysique - il s'agit de démontrer. Démontrer consiste à fonder l'apparence pour la connaître certainement, la reconduire au fondement pour la conduire à la certitude. Mais en phénoménologie - c'est-à-dire, du moins en intention, dans la tentative pour penser sur un mode non métaphysique - il s'agit de montrer. Montrer implique de laisser l'apparence apparaître de telle manière qu'elle accomplisse sa pleine apparition, afin de la recevoir exactement comme elle se donne. »

  • « Le pari majeur de ce livre est de lier le destin du rapport à établir entre l'éthique de la responsabilité et l'ontologie au destin du langage de l'une et de l'autre : le Dire du côté de l'éthique, le dit du côté de l'ontologie. (D'où) deux difficultés engendrées par la manière nouvelle de philosopher... Les deux difficultés sont indissociables et se condensent dans le mot, l'adverbe : autrement, autrement que... » (P. Ricoeur).

  • Après Initiation à la philosophie pour les non-philosophes (« Perspectives Critiques », 2014), les Presses universitaires de France, en collaboration avec l'Institut Mémoire de l'édition contemporaine, poursuivent le travail de publication des grands livres inédits de Louis Althusser. Être marxiste en philosophie, rédigé par Althusser en 1975, est constitué de vingt-six brefs chapitres, dans lesquels celui-ci tente de comprendre à nouveaux frais les liens qui existe entre la figure de Marx et la pratique de la philosophie. Qu'a à nous dire Marx sur cette pratique ? Est-il possible d'imaginer une philosophie qui soit purement marxiste ? Que signifie pratiquer la philosophie en tant que marxiste ? Quel horizon politique une philosophie marxiste peut-elle et doit-elle s'assigner ? Pourquoi se dire marxiste en philosophie aujourd'hui ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles Althusser tente d'apporter une réponse dans ce livre, au fil d'un texte à la limpidité cristalline, à l'impeccable précision et à l'élégance supérieure. Il est accompagné d'une introduction de G. M. Goshgarian, spécialiste international de l'oeuvre d'Althusser, ainsi que d'un petit texte inédit, « Chacun peut-il philosopher ? », écrit en 1958, en réaction à la publication d'un pamphlet de Jean-François Revel, Pourquoi des philosophes ?.
    À l'heure où la pensée de Marx, comme celles des élèves d'Althusser, bénéficie d'une audience toujours plus importante, la publication d'Être marxiste en philosophie s'impose avec plus d'urgence que jamais comme une contribution à la résistance face à l'obscénité politique et économique de notre temps.

  • Comment saisir dans sa spécificité une pensée qui récuse les modes d'analyse de la tradition philosophique, et pour mieux défendre son absolue singularité va jusqu'à revendiquer l'incompréhensibilité ? Tel est le défi que Nietzsche lance à ses lecteurs. Comment comprendre la totalité de cette pensée déroutante, éclatée, en évitant la facilité d'une réduction unilatérale et négative : la critique de la morale, du christianisme, de la métaphysique ? À ce défi explicite répondent plus discrètement, dans le texte de Nietzsche, des indices permettant de rendre compte de la logique interne et de la rigoureuse cohérence de son expérience de pensée. Cette démarche neuve apparaît alors comme la conséquence d'un déplacement de l'interrogation philosophique : « Ma mission : comprendre la cohésion interne et la nécessité de toute civilisation véritable. »

  • Quel rapport entre l'existence d'une oeuvre d'art et celle d'un être vivant ? Entre l'existence de l'atome et celle d'une valeur comme la solidarité ? Ces questions sont les nôtres à chaque fois qu'une réalité est instaurée, prend consistance et vient à compter dans nos vies, qu'il s'agisse d'un morceau de musique, d'un amour ou de Dieu en personne. Comme James ou Deleuze, Souriau défend méthodiquement la thèse d'un pluralisme existentiel. Il y a, en effet, différentes manières d'exister, et même différents degrés ou intensités d'existence : des purs phénomènes aux choses objectivées, en passant par le virtuel et le « sur-existant » dont témoignent les oeuvres de l'esprit ou de l'art, tout comme le fait même de la morale. L'existence est polyphonique, et le monde s'en trouve considérablement enrichi et élargi. Outre ce qui existe au sens ordinaire du terme, il faut compter avec toutes sortes d'états virtuels ou fugaces, de domaines transitionnels, de réalités ébauchées, en devenir, qui sont autant d'« intermondes ».
    Servi par une érudition stupéfiante qui lui permet de traverser d'un pas allègre toute l'histoire de la philosophie, Souriau donne les éléments d'une grammaire de l'existence. Mais son enquête se veut aussi une introduction à « la pratique de l'art d'exister ». À quoi nous attachons-nous précisément lorsque nous aimons un être ? À quoi nous engageons-nous lorsque nous nous identifions à un personnage de roman, lorsque nous valorisons une institution ou adhérons à une théorie ? Et finalement, quel(s) mode(s) d'existence(s) sommes-nous capables d'envisager et d'expérimenter pour nous-mêmes ? Questions métaphysiques, questions vitales.
    Cette nouvelle édition est précédée d'une présentation d'Isabelle Stengers et Bruno Latour intitulée « Le sphinx de l'oeuvre ». Elle inclut également un article d'Étienne Souriau, « Du mode d'existence de l'oeuvre à faire » (1956).

  • « Platon a écrit une philosophie de la cité. Pour rendre compte de l'ensemble de la pensée politique des dialogues du philosophe athénien, on a choisi de suivre les différentes étapes de la définition de la cité comme des enjeux qui lui sont liés. Si la philosophie peut être une intelligence de la totalité du réel, ce n'est qu'à travers une communauté de citoyens, de savoirs et d'oeuvres. Si du moins cette communauté réalise les conditions d'une vie équilibrée. La philosophie doit donc concevoir et penser la cité. » (J.-F. Pradeau)

  • Saint Augustin ne parle pas la langue « grecque », ni celle des philosophes, ni même celle des Pères de l'Église. Il ignore la moderne distinction entre théologie et philosophie, n'entendant en cette dernière que l'amour de la sagesse, donc de Dieu et du Christ. Il n'appartient pas à la métaphysique, du moins prise en son sens littéral et historique, le seul digne de discussion. Et c'est pourquoi sa pensée reste toujours controversée et paraît incertaine, d'autant plus que progresse l'érudition et les interprétations - parce qu'on lui a imposé, consciemment ou non, des lectures métaphysiques qui lui faisaient violence, ou parce qu'au contraire son étrangeté résistait à la métaphysique. Il se pourrait donc qu'aujourd'hui il nous précède, nous qui sortons à peine de la métaphysique, lui qui n'y est sans doute jamais entré.
    Il faut donc le lire à partir de ses propres critères et intentions : en l'occurrence à partir de ce qu'il nomme la confessio - parler une parole non pas produite, mais reçue et, une fois écoutée, rendue, afin de ne pas tant parler de Dieu, que parler à Dieu, soit dans l'aveu des fautes, soit surtout dans la louange (chap. I). À partir de cet écart originaire à l'intérieur de la parole, il devient possible, inévitable plutôt, d'envisager l'accès à soi et son aporie. Car, ici, la certitude d'exister conduit (au contraire du cogito cartésien) à l'inconnaissance de soi. J'habite précisément hors du soi : dans la mémoire (l'immémorial, plus encore que l'inconscient) (chap. II). Ainsi j'habite dans le découvrement non pas théorétique mais érotique de la vérité, qu'il faut aimer pour la connaître (chap. III). Ainsi j'éprouve, au moment d'aimer (ou de haïr) la vérité, l'indisponibilité de ma propre volonté à elle-même et mon exposition incessante à la tentation (chap. IV).
    L'altérité du soi à soi ne pourra jamais se dépasser, mais elle peut se penser. Il faut pour cela identifier l'écart qui fait de je son autre le plus proche, mais aussi le plus définitif. Cet écart se déploie dans l'événement du temps lui-même, où ce que je suis se déploie précisément et inéluctablement dans la distance, la distraction et l'écart ; toute la difficulté consiste alors à user de cette distance comme d'un élan hors de soi, non comme une dispersion en soi (chap. V). L'écart ambivalent de sa temporalité assigne en fait le soi à sa finitude, ou plus exactement à son statut de créature (chap. VI) : en tant que tel, l'homme n'a pas d'autre essence ni définition que sa référence à Dieu, que son statut d'image renvoyée à la ressemblance de Dieu. Ce qui prend la place du soi, à savoir ce renvoi même à l'image et ressemblance, ne l'abolit donc pas, mais le reconduit à son lieu unique - à plus que soi, autre que soi, mais plus soi que soi, interior intimo meo. À moins que cet excès sur soi, le soi de l'homme ne trouve pas de lieu où se poser.
    - Jean-Luc Marion -

  • La question de la peinture n'appartient ni d'abord, ni uniquement aux peintres, moins encore aux seuls esthéticiens. Elle appartient à la visibilité elle-même, donc à tous, à la sensibilité commune. [...] Le tableau véritable échappe autant à celui qui le signe qu'à celui qui le regarde. [...] Si le laid n'offre pas à la sainteté son meilleur écrin, le beau peut lui faire écran. »

  • Peut-on aujourd'hui suivre la "voie idéale" ? Les options se rattachant à l'idéalisme historique paraissent interdites à qui refuse d'être naïf et respecte la science. Pourtant, la notion d'idée, rigoureusement comprise, est au coeur du langage, reconnue comme le centre de notre monde. De même, la mathématique mobilise l'idée d'un bout à l'autre d'elle : la science mathématisée, par suite, l'emploie. Mieux, nous ne pouvons sans doute pas comprendre notre manière de supputer sur le possible, le nécessaire et le contingent sans en appeler à l'idée. Cet ouvrage soutient même qu'une philosophie désirant ne pas faire silence sur ce qui est horrible (la mort, l'absurde, la violence et la guerre) a besoin de la référence de l'idée transcendante. Tout cela suggère que nous devrions reconsidérer notre "préjugé métaphysique" favorable au réel, à l'être, pour embrasser une vision du plan humain comme troué et bouleversé par l'échappée idéale. La discussion et l'argumentation proposées déploient un point de vue personnel - présentant en conclusion l'éthanalyse chère à l'auteur - tout en débattant avec des philosophes analytiques, des philosophes français contemporains, ou avec l'héritage marxiste.

  • L'analyse de l'auteur est que le « concept de Dionysos » selon Nietzsche, ne conduit ni à l'affirmation inconditionnelle de la vie, ni à celle des corps vivants que nous sommes, mais à leur critique, à la première tentative d'une critique de la chair. Cette critique ainsi engagée reprend celle de Kant et se déplace dans un autre domaine. Il s'agit de partir des exigences de l'excès du flux (Dionysos) qui réclame d'être délimité (Apollon) puis incorporé, organisé et aimé par une oreille en chair (Ariane). C'est la première histoire philosophique de l'amour (et du désamour) entre la chair et le flux.

  • L'ouvrage se propose d'introduire à la philosophie de Spinoza à partir du rapport intrinsèque qu'elle entretient avec la politique. Après une mise en situation de Spinoza dans les conflits de son temps, ce qui éclaire les multiples dimensions de son projet intellectuel, les trois grandes oeuvres sont analysées. Les thèmes, tels le rapport entre raison et imagination, la démocratie, la religion... sont particulièrement étudiés.

  • « Les essais de Cora Diamond regroupés ici complètent son grand ouvrage, L'esprit réaliste , par un examen de difficultés morales particulières : ils posent, par exemple, la question de savoir si nous pouvons tuer en temps de guerre (alors que nous nous l'interdisons dans des circonstances normales), ou dans un autre registre, manger des animaux (alors que nous ne mangeons pas nos compagnons humains). Elle utilise pour cela et transforme l'idée même de l'humain, plus précisément de l'importance d'être humain.
    Cora Diamond entreprend ces analyses dans le cadre, non pas d'une théorie morale spécifique, mais d'une approche inspirée de Wittgenstein, alliant l'examen attentif des situations, descriptions et expressions morales à un travail de l'imagination morale, associé notamment à la littérature. C'est cette lecture de Wittgenstein et plus généralement de la philosophie morale - du type d'exigence qu'elle résume pour nous que nous allons développer dans un premier temps. Nous montrerons ensuite comment cette position permet de traiter de façon radicale et originale les questions d'éthique pratique d'aujourd'hui, à condition de comprendre que la morale se trouve non dans de grands principes ou des réalités spécifiques, mais dans l'attention au particulier. » (Extrait de la présentation)

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