Karthala

  • La défaite des Taliban dans le sillage des attentats du 11 septembre ouvre deux décennies d'investissement occidental en Afghanistan. Des centaines de milliards, pour l'essentiel consacrés à l'entretien des forces occidentales, des dizaines de milliers de morts, dont plusieurs milliers de la coalition, montrent l'importance de ce conflit pour les Etats-Unis qui en font le symbole de leur hégémonie mondiale.
    Mais, derrière les discours sur la construction d'une « démocratie de marché », se profile un gouvernement transnational qui contourne les acteurs afghans au point d'interdire tout processus démocratique, couvre des fraudes électorales massives, routinise la captation des ressources au profit des entreprises occidentales et des élites afghanes. Les tensions communautaires et sociales s'accroissent à un point jusque-là inconnu dans la société afghane. Les Taliban, capitalisant sur le ressentiment populaire contre les élites au pouvoir, mettent en échec une alliance occidentale qui dissimule, derrière une augmentation des moyens, son incapacité à définir une stratégie cohérente. Après vingt ans de conflit, al-Qaïda est toujours présent en Afghanistan, et le retrait américain ne fait qu'ouvrir une nouvelle période d'une guerre civile vieille de quarante ans.

    Ce nouvel essai de Gilles Dorronsoro propose une analyse critique impitoyable des impasses de l'expertise orientaliste et sécurocrate dont la portée comparative, bien au-delà du seul cas afghan, est d'une haute actualité.

  • L'impérialisme postcolonial n'est pas l'impérialisme qui viendrait après la colonisation. Il est l'impérialisme noir, l'impérialisme invisible, de la Race ou de la Bête, c'est-à-dire de la valeur et de la libido, de l'Argent et du Sexe. Il est le point aveugle que partagent la théorie postcoloniale et ses contempteurs. Le spectre du Noir colonise l'imaginaire du Blanc. Mais, plus encore, le colonial est colonisé par le colonisé lui-même, son opposé qui est aussi sa création, et qui le mine de l'intérieur.
    Avec rigueur et truculence, Joseph Tonda, l'un des penseurs les plus originaux du continent, poursuit sa réflexion sur le pouvoir en analysant les éblouissements de l'Afrique centrale comme de l'Occident. Prises dans une même destinée, nos sociétés sont chahutées entre enchantements et violences, entre calculs et folie, entre croyance et consommation, dans l'indiscernabilité du réel et de l'irréel, du passé et du présent, c'est-à-dire dans l'imaginaire. En faisant défiler sous nos yeux, eux aussi éblouis, les images-écrans, les images d'images de la mondialisation néolibérale qui ont saisi toutes les sociétés, il nous prouve une nouvelle fois qu'il n'est pas si facile de « tuer les yeux », en tout cas les siens.
    Joseph Tonda est professeur de sociologie à l'Université Omar Bongo de Libreville. Il a publié, chez Karthala, La guérison divine en Afrique centrale (2002) et Le souverain moderne. Le corps du pouvoir en Afrique centrale (2005). Il est aussi l'auteur de romans, dont Chiens de foudre (Éditions ODEM, 2013) et Tuée-tuée mon amour (Éditions CLE Yaounde, 2015).

  • Ce livre s'intéresse à la jeunesse rurale au coeur du conflit sociopolitique ivoirien. Il s'appuie sur une enquête ethnographique menée dans les villages bété de la région de Gagnoa (2012-2018), dans le Centre-Ouest du pays. En suivant le parcours de nombreux jeunes gens qui ont quitté la ville pour s'installer dans leur village d'origine, Léo Montaz retrace l'émergence de la jeunesse comme catégorie politique dans cette région. Il interroge également les processus d'individualisation des jeunes ruraux, trop souvent renvoyés à la catégorie de cadets sociaux, et retranscrit les profonds bouleversements qu'ont connus les arènes villageoises sous les effets conjugués de la crise de l'économie de plantation, des tensions de l'ivoirité et des violences de guerre. Il analyse enfin la multiplicité des registres d'opposition mobilisés par ces jeunes, à l'échelle nationale comme micro-locale, en particulier les critiques de la gérontocratie, du clientélisme et des différents conservatismes qui régissent la vie politique ivoirienne.
    Léo Montaz propose ainsi une relecture de l'histoire et de la crise ivoiriennes sous l'angle des tensions intergénérationnelles au village. En étudiant les résistances et l'ambivalence du positionnement de la jeunesse, il montre la difficile quête d'émancipation des jeunes en Afrique.

  • Formant un État fédéral, grâce à la volonté de cheikh Zayed Ibn Sultan el Nahyan, les Émirats arabes unis ont réussi à acquérir rapidement une place de poids et de choix dans le Golfe arabe et dans la géopolitique régionale. Fermement engagé contre la menace des groupes politico-religieux extrémistes, ce pays stable et prospère, à la pointe des nouvelles technologies, est devenu une puissance dans une région du monde qui reste un centre névralgique et stratégique de stabilité internationale.

    Une réflexion prospective sur le rôle de ce pays dans le nouvel équilibre du monde est à ce titre nécessaire. C'est l'objet de cet ouvrage. Il s'agit de présenter ici d'une manière objective et complète les principaux aspects de la géopolitique des Émirats arabes unis à travers son histoire, ses institutions, sa société, son action contre l'extrémisme religieux, son développement économique, sa politique étrangère, ses enjeux régionaux, et les questions de défense et de sécurité.

  • La pensée de Fanon est une pensée qui « empêche de dormir », sans cesse mobilisée dans des débats théoriques virulents ou comme étendard de revendications sociales et politiques. Les catégories qu'il a adoptées, façonnées dans la chair à vif de conflits atroces, n'ont rien perdu de leur acuité pour penser aujourd'hui les contradictions de la situation postcoloniale et la décolonisation de la connaissance, dans un monde où les rapports de domination produisent de nouvelles formes de souffrance et d'assujettissement. Ce dossier reprend quelques aspects d'une pensée inépuisable et indocile, en proposant un retour sur ses thèses les plus controversées : les pathologies de la reconnaissance, les conflits des sociétés africaines, la place de la culture dans la cure de la folie, le rapport entre le politique et l'islam dans la construction des États postcoloniaux, l'incorporation du racisme en situation postcoloniale. D'ailleurs, si l'on ne cesse de convoquer ce spectre et ses paroles « inopportunes et déplacées », n'est-ce pas que quelque chose de son temps - de sa violence, comme il l'avait lui-même prévu - hante encore notre présent ?

  • À rebours des présupposés réduisant le rap à son image contestataire, ce dossier s'attache à dépasser l'idée d'une simple dichotomie entre résistance et allégeance dans les relations que les artistes entretiennent avec le politique. En mobilisant la notion de polyphonie, il s'agit de comprendre les multiples ressorts stratégiques dont les rappeurs usent pour négocier une marge d'individuation et d'émancipation dans des espaces verrouillés. Les contributions se penchent sur des scènes rap jusqu'à présent peu documentées (Angola, Cameroun, Kenya, Ouganda, Tunisie) et mettent en évidence les modes pluriels d'imbrication et d'adaptation de ce genre musical en Afrique, en fonction des situations politiques de différents États ou de moments historiques particuliers. Par l'entrée rap, on accède alors à une compréhension plus vaste de processus de renouvellement, de transformation ou de déclin des régimes politiques concernés, ainsi que des modes d'agencéité mobilisés par la génération hip-hop africaine.

  • Cet ouvrage permet de découvrir l'histoire des militants d'extrême gauche et islamistes tunisiens et leur combat politique de jeunesse notamment sur les campus universitaires. Il offre des clés de lecture historiques et sociologiques essentielles pour décrypter trajectoires et stratégies de cette génération, dont une bonne partie a accédé à des positions de premier plan depuis le départ de Ben Ali en 2011.
    À partir de l'analyse des données biographiques de 250 activistes « gauchistes » et « islamistes », l'auteur montre quels sont les ressorts et les motivations de l'engagement politique dans un régime où le risque encouru s'avère en général plus important qu'en régime dit « démocratique ».
    L'apport majeur de ce travail demeure la notion d' « origines socio-identitaires » (élite médinale, médinale, publicienne et extra-muros) qui permet de comprendre les logiques d'intérêts sous-tendant les conflits politiques au-delà des oppositions habituelles entre « classes sociales » ou « courants idéologiques » et de penser la diversité des destinées individuelles, notamment professionnelles, de manière plus complexe qu'uniquement à travers la notion d' « origine sociale ».
    Ainsi, cet ouvrage montre en quoi les tensions sociales et politiques, qui jalonnent l'histoire de la Tunisie et qui sont toujours d'actualité en 2017, sont le reflet d'une lutte entre élites séparées par l'origine sociale et géographique, la maîtrise du bilinguisme des membres de leur parentèle et les traumatismes politiques et familiaux transmis durant l'enfance.
    Au-delà de sa contribution à la sociologie dumilitantisme et des élites, l'auteurmet en évidence la fracture socio-identitaire qui trace les limites de la citoyenneté dans la Tunisie d'aujourd'hui et donne surtout des clés pour défier la persistance des mécanismes de répartition du pouvoir dans une Tunisie où l'exigence d'inclusion et de justice demeurent des ressorts puissants de contestation et de violence.

  • Les monarchies africaines sont-elles solubles dans la modernité républicaine de l'État-nation ? Depuis que des groupes de cavaliers ont fondé les premiers royaumes mossi vers la fin du XVe siècle, des souverains n'ont cessé de se succéder sur le trône. Cependant, leur histoire est loin d'avoir été immobile. L'ensemble de leurs formations politiques, qu'ils nomment le « Moogo » ou le « Monde », n'a pas été l'espace parfaitement isolé que s'est longtemps plu à rappeler toute une littérature coloniale. En réalisant l'une des premières histoires synthétiques de ces royaumes sur la longue durée, Benoit Beucher montre comment ceux « qui ont mangé le pouvoir », les nobles mossi, ainsi que leurs sujets, ont fait face à des transformations dépassant de très loin les frontières de leurs seuls royaumes.
    L'expansion de l'islam, du christianisme, l'irruption des troupes coloniales françaises, deux conflits mondiaux, la tenue des premières élections, l'indépendance et l'instabilité des régimes postcoloniaux ne se sont pas soldés par la dissolution des royautés dans la durée, mais par la coexistence de systèmes monarchiques de droit divin et d'un régime républicain.
    Benoit Beucher invite précisément à se départir d'une vision « exotique » du politique au sud du Sahara qui pousserait à n'y voir qu'une anomalie. S'appuyant sur une importante collecte de sources écrites, audiovisuelles et orales, il montre comment se sont entremêlées des trajectoires européennes et africaines de l'empire, de l'État, de l'ethnicité et de la nation - bien souvent sur le mode du malentendu et du conflit - dont la compréhension des effets peut seule permettre de saisir la complexité de l'histoire présente du Burkina Faso.

  • La politique maritime en Algérie s'inscrit dans un faisceau de normes internationales, nationales et locales. Leur confrontation résulte des logiques de pouvoir qui déterminent l'accès aux espaces et aux ressources marines. En analysant l'évolution de ces droits d'accès sur le littoral du Parc national d'El Kala (Wilaya d'El Tarf), cet ouvrage restitue les hiérarchies sociales et politiques.

    L'examen de la contrebande du corail et de la pêche révèle diverses historicités qui façonnent les politiques de conservation marine. Il éclaire la manière dont les acteurs maritimes et les corps de l'État s'approprient les normes libérales et environnementales et font évoluer les frontières entre gouvernement terrestre et maritime, entre public et privé, et enfin entre légal et illégal. L'analyse multiscalaire rend compte d'un gouvernement de la mer, qui évolue au gré des flux de ressources et de pouvoir, mais aussi des transactions quotidiennes entre État et société.

    Cette démarche dévoile à quel point l'exercice du pouvoir politique en Algérie est tributaire de réseaux instables, transversaux aux normes, aux institutions, et aux espaces, qui atténuent sa cohérence. Malgré le caractère prétorien et l'assise pétrolière du régime, l'inscription de son autorité jusque dans les sphères micro-sociales perturbe sa légitimité.

  • Le soulèvement révolutionnaire de 2011 n'a pas abouti aux changements espérés par ses protagonistes. Toutefois, il a provoqué une rupture fondamentale et a constitué un moment clef de l'histoire contemporaine de l'Égypte.

    La transition qui s'est ouverte après la révolution du 25 janvier s'est en effet rapidement muée en lutte de pouvoir entre différents acteurs : révolutionnaires, militaires, Frères musulmans, libéraux, salafistes, juges, policiers, coptes... De janvier 2011 à juillet 2013, l'Égypte a vécu une période d'effervescence politique marquée par des débats intenses et d'âpres rivalités pour la redéfinition des modalités d'exercice du pouvoir.

    Cette période se caractérise par des problématiques spécifiques de politique intérieure et extérieure, nées ou réapparues à la faveur de la révolution, qui sont autant d'enjeux pour les acteurs prétendant exercer leur influence sur la construction d'une Égypte nouvelle.

    Cet ouvrage propose une analyse des luttes et dynamiques inhérentes à la révolution et à la transition, en étudiant le rôle des divers acteurs politiques, les enjeux qui ont régi leurs interactions et il montre in fine comment et pourquoi le processus révolutionnaire, après avoir permis l'accession au pouvoir des Frères musulmans, a abouti à une reconfiguration autoritaire en Égypte.

    En analysant la transition enclenchée par la révolution et les recompositions qu'elle a produites, ce livre apporte un éclairage indispensable à la compréhension des grands problèmes politiques, économiques et sociaux de l'Égypte d'aujourd'hui et de demain.

  • Depuis le déclenchement du processus révolutionnaire en Syrie, en mars 2011, de nombreuses analyses ont été publiées sur le mouvement protestataire, l'État islamique ou encore le régime de Bachar al-Assad. En revanche, la décennie précédant le soulèvement a été peu traitée. Or, on ne saurait comprendre la crise actuelle sans connaître les transformations sociales et politiques subies par le pays durant cette période.
    Cet ouvrage est fondé sur un travail de terrain mené entre 2007 et 2010 dans des conditions d'enquête difficiles en raison de la surveillance, du contrôle social et de la censure imposés alors par le système autoritaire ba`thiste. En étudiant l'inscription des associations de bienfaisance dans le paysage sociopolitique syrien des années 2000, il interroge la redéfinition du rôle de l'État et l'ingénierie politique du régime sous Bachar al-Assad. Ce faisant il ne révèle pas seulement les pratiques de la bienfaisance et du monde associatif, il met aussi en lumière les relations État/société dans les contextes autoritaires, la conception de l'action publique dans les pays du Proche-Orient, ainsi que le binôme société civile/autoritarisme souvent dépeint à tort comme antagonique. Rompant avec les approches purement événementielles et spontanéistes, ce livre a pour ambition d'apporter un éclairage original sur la Syrie d'avant-guerre.

  • Depuis le début des années 2000, un nombre sans cesse croissant de migrants originaires d'Afrique subsaharienne choisissent le Maroc pour poser leur sac. Ils sont aujourd'hui plusieurs milliers à Rabat, Marrakech, Casablanca ou Tanger, qui vivent et travaillent, pour beaucoup, dans des conditions de grande précarité : ouvriers du bâtiment, prolétariat de ces nouvelles usines que sont les « call center », domestiques et hommes ou femmes de peine. Mais pour d'autres, Africains eux aussi, médecins, artistes, entrepreneurs, commerçants, le Maroc offre de nouvelles opportunités économiques de promotion sociale que l'Europe n'offre plus.
    Or pour beaucoup, médias, politiques ou ONG, ces Subsahariens ne seraient au Maroc qu'en transit, attendant la meilleure occasion pour passer en Europe.
    Cette représentation, qui nie la réalité de leur ancrage au Maroc et amnésie le fond historique très ancien de relations entre Afrique noire et Maghreb où ces nouvelles migrations prennent forme sociale et sens, participe d'une « fiction politique » du transit, si utile aux Européens pour construire une stigmatisation toujours plus manifeste des dynamiques migratoires. Cette position est ici discutée, critiquée et retournée pour proposer un renouvellement de l'approche sociologique sur les migrations en les regardant du Sud.

  • Les régimes semi-autoritaires ont souvent été décrits sous l'angle de leur organisation, formelle et informelle; on sait qu'ils autorisent la liberté d'association, le pluralisme politique, que les médias libéralisés y façonnent un espace public et qu 'en même temps, des dispositifs non officiels rendent l'alternance pratiquement impossible. La démocratie et ses élections constituent une façade qui confère au régime sa légitimité sans l'exposer au risque de la compétition politique. Ce qu 'il importe de documenter plus précisément, aujourd'hui , c'est la manière dont ces transformations institutionnelles (nouveaux pouvoirs locaux , élections, liberté d'association et de la presse...) rendent possibles et façonnent un espace imaginaire et pratique au sein duquel s'élabore une critique du pouvoir établi.
    La question est donc de savoir comment s'opèrent les oppositions de consciences et de pratiques, les insubordinations et les révoltes vis-à-vi s du pouvoir dans un contexte où leur légitimité n 'est pas remise en cause mais où elles aboutissent rarement aux résultats espérés. Qu'advient-il des oppositions frustrées ? Comment les transformations institutionnelles, même neutralisées, insufflent-elles un dynamisme politique ? Et quel dynamisme ?
    L'objectif de cet ouvrage est d'apporter quelques éléments de réponses à ces questions en partant d 'études de cas menées au Burkina Faso. Outre une contribution à l'analyse des régimes semi-autoritaires, ce livre propose un aperçu à la fois synthétique et détaillé de la situation politique du pays.
    Mathieu Hilgers est chargé de cours à l'Université Libre de Bruxelles. Il a publié une quinzaine d'articles consacré à la ville et au politique au Burkina Faso et un livre intitulé Une ethnographie à l'échelle de la ville . Urbanité, histoire et reconnaissance à Koudougou, Paris, Karthala , 2009.
    Jacinthe Mazzocchetti est chargée de cours et de recherche à l'Université Catholique de Louvain (LAAPI Centre d'Anthropologie Prospective). Son ouvrage consacré à la jeunesse étudiante et à la réussite au Burkina Faso, Etre étudiant à Ouagadougou. Itinérances, imaginaires et précarité, est paru aux éditions Karthala en 2009. [jacinthe.mazzocchetti@uclouvain. be)
    Ensemble, ils ont coordonné un numéro de la revue Politique Africaine (101) consacré à l'évolution politique du Burkina Faso. Avec les contributions de : Beucher Benoît , Biehler Alexandra, Bieri Arnaud , Bouju Jacky , Fourchard Laurent, Frère Marie-Soleil , Froidevaux Sylvain , Hagberg Sten , Hilgers Mathieu , Laurent Pierre­ Joseph , Le Bris Emile, Loada Augusti n , Lu n ing Sabine, Saul Mahir, Mazzocchetti Jacinthe, Sanou Alain et Vaast Marion .

  • Voilà plusieurs décennies que les concepts de mondialisation et de globalisation sont discutés. Tous les territoires sont peu à peu connectés dans un grand tout charpenté par des réseaux le long desquels les informations, les capitaux, les hommes et les marchandises circulent plus aisément qu'autrefois.

    Pour autant, l'idée de globalisation ne doit pas faire illusion. L'espace mondial n'est pas encore devenu transparent et isotropique. Des processus contradictoires continuent de caractériser les liens entre les territoires et les sociétés. La proximité géographique demeure d'ailleurs un déterminant majeur des échanges. C'est dans ce contexte que s'imposent dans le monde de grands ensembles territoriaux multi-étatiques. Ils sont le signe visible de ce qui est qualifié tantôt de régionalisation, tantôt d'intégration régionale, formant une échelle territoriale qui a aujourd'hui toute sa place entre le local-national et le mondial.
    C'est ce que montrent les auteurs de cet ouvrage collectif. Spécialistes de plusieurs disciplines (géographie, science politique, sociologie), leur objectif est de décrire et d'expliquer à plusieurs échelles la régionalisation de l'espace mondial, en utilisant des approches tant théoriques et conceptuelles qu'empiriques. Si l'Europe, la Méditerranée et l'Afrique du Nord occupent une place importante dans cet ouvrage, plusieurs chapitres proposent des approches globales et des contre-points régionaux qui permettent d'établir d'utiles comparaisons pour donner du sens à ce qui est une tendance lourde du monde contemporain : la construction de grandes régions mondiales.

  • Avec les contributions de Sarah Fila-Bakabadio, Anna Cuomo, Régis Minvielle, Jemima Pierre, Patrick Awondo et Achille Mbembe
    Dossier
    Quelle est l'influence de modèles culturels issus du Black Atlantic sur les récits d'une africanité cosmopolite, par comparaison avec les expériences noires des Amériques et d'Europe notamment ? Comment ces énonciations africaines d'une blackness transnationale dialoguent-elles avec d'autres conceptions de la place de l'Afrique dans les processus globaux ? Ce questionnement est au coeur du présent dossier, construit autour de la notion de blackness. D'abord travaillée dans le champ des études diasporiques nord-américaines, cette dernière est ici envisagée en et depuis l'Afrique, par renversement heuristique. Les contributions participent chacune à leur manière à reléguer le référent chromatique au second plan, laissant émerger des luttes sociales, symboliques et politiques qui témoignent de la complexité et de la pluralité des sociétés africaines d'hier à aujourd'hui.
    Recherches
    Écrire masqué. Des pseudonymes dans la presse camerounaise Alexie Tcheuyap
    Soigner les siens : citoyenneté et imagination nationale au Botswana au temps du sida Fanny Chabrol
    Lectures
    Autour d'un livre. Citizenship between Empire and Nation. Remaking France and French Africa, 1945-1960 de Frederick Cooper, commenté par Pascale Barthélémy, Emma Hunter et Richard Banégas
    La revue des livres

  • La vague de démocratisation qui a déferlé sur de nombreux pays du Sud depuis les années 1990 a apporté son lot de surprises. La démocratie locale - participative dans beaucoup de cas - s'est révélée bien plus complexe que prévu. En effet, il s'agit le plus souvent de fusions inédites entre des institutions de la démocratie libérale et des processus politiques plus anciens, généralement qualifiés de « traditionnels ». Si ces formes politiques hybrides donnent lieu à des innovations démocratiques, ces dernières n'épousent pas forcément les contours de la démocratie libérale.
    Cet ouvrage propose une conversation à plusieurs niveaux autour du concept d'hybridité politique : conversation entre le local et le national d'abord, entre l'Afrique et l'Amérique latine ensuite, et enfin entre l'anthropologie et la science politique. Un autre apport de ce livre est de croiser les corpus analytiques anglophones et francophones (et, dans une moindre mesure, hispanophones), et également de faire résonner théorie et études de terrain.
    L'un des objectifs est de réfléchir à la systématisation d'un concept encore sous-théorisé : l'hybridité politique - et pourtant essentiel pour saisir les multiples résultats inattendus de la troisième vague de démocratisation. Les études de cas mettent en dialogue, et parfois en débat, des processus en cours dans les pays andins - Bolivie, Équateur, Pérou - et en Afrique de l'Ouest - Sénégal, Bénin, Mali. Ce nouveau regard fait émerger des réflexions interpellant les certitudes simplificatrices sur la nature de la démocratie et de la participation politique.
    Nancy Thede est anthropologue et professeur au Département de science politique de l'Université du Québec à Montréal. Elle est titulaire de la Chaire Nycole-Turmel sur les espaces publics et les innovations politiques.

  • Pionnière des « soulèvements arabes », la Tunisie est aujourd'hui le seul pays à poursuivre l'« expérience de démocratisation politique » entamée suite à la « révolution » de l'hiver 2010-2011. Les élections libres et concurrentielles de 2011 et de 2014 constituent un fait marquant de ce processus de changement.
    Proposant une lecture inédite de ces élections, de leurs enjeux et de leurs résultats, les auteurs de ce livre poursuivent une double ambition : proposer un ouvrage de référence sur les scrutins post-révolution et présenter une analyse des dynamiques sociales et politiques de la Tunisie contemporaine.
    L'originalité des analyses développées dans cet ouvrage est qu'elles mobilisent une approche interdisciplinaire, combinant, sociologie, géographie et science politique, et qu'elles s'appuient sur un riche matériau empirique permettant de contextualiser les comportements électoraux et cernant les clivages politiques et les fractures socio-territoriales au sein de la société tunisienne.
    Un autre apport important de cet ouvrage est de montrer qu'en faisant émerger la figure de l'électeur, les transformations politico-institutionnelles ouvertes par les « soulèvements arabes » suscitent non seulement un regain d'intérêt pour l'analyse des comportements électoraux, mais contribuent aussi à renouveler les questionnements et les analyses relatives aux processus électoraux dans les pays de la région.
    Alia Gana est sociologue, directrice de recherche au CNRS en affectation à l'IRMC, Tunis (USR 3077) et membre du LabEx DynamiTe.
    Gilles Van Hamme est professeur de géographie politique et économique à l'Université Libre de Bruxelles.
    Ont contribué à cet ouvrage : Néji ARGOUBI, Asma BAKLOUTI, Aymen BELHADJ, Maher BEN REBAH, Irène CARPENTIER, Alia GANA, Samiha HAMDI, Déborah PEREZ, Fathi REKIK, Gilles VAN HAMME,
    Sami Yassine TURKI.

  • La question sociale a effectué un retour en force au Maroc, dans les années 2000. Les acteurs ont eu tendance à l'exprimer en termes de revendications, que justifiaient les défaillances de l'État, et les chercheurs à la problématiser dans les canons de la sociologie de la mobilisation ou des politiques publiques. Mais la prise en compte de la pluralité des acteurs et de la diversité des dispositifs offre la possibilité d'une autre lecture qui remodèle les formes mêmes du social. Administrer des espaces, des catégories, des temporalités, des imaginaires ou des conflits revient à définir les liens sociaux, à façonner les appartenances, à faire jouer des médiations, à qualifier l'ordre établi.

    Du port de Casablanca aux maisons de jeunes de quartiers populaires, des transports urbains au système de subvention de la farine et du pain, du courtage de l'emploi domestique à la patrimonialisation d'une région marginalisée, de la gestion des terres collectives à l'aide aux mères célibataires, cet ouvrage démontre l'importance du gouvernement indirect du social, dont l'équivoque facilite compromis et bricolages et renforce la capacité d'adaptation du politique aux transformations de l'époque.

    S'inscrivant dans la continuité de deux titres précédents de la collection « Recherches internationales », consacrés à la privatisation des États à l'âge néolibéral et à l'État d'injustice au Maghreb, ces recherches inédites ouvrent de nouvelles perspectives à la sociologie historique du politique, bien au-delà du seul cas du Maroc.

    L'ouvrage a été préparé dans le cadre d'un séminaire de recherche du CRESC (Rabat, Faculté de gouvernance, sciences économiques et sociales, Université Mohamed VI Polytechnique), de 2012 à 2015, par une équipe de jeunes chercheurs - Ahmed Bendella, Yasmine Berriane, Leila Bouasria, Irene Capelli, Redouane Garfaoui, Nadia Hachimi Alaoui, Badiha Nahhass, Valentine Schehl -, sous la direction de Béatrice Hibou, directrice de recherche au CNRS (SciencesPo-CERI) et d'Irene Bono, maître de conférences à l'Université de Turin (Département Cultures, Politique, Société).
    Cet ouvrage a été publié avec le concours du CRESC.

  • Au moyen de campagnes de presse internationales, son gouvernement vante régulièrement la stabilité politique du Cameroun : contrairement à la plupart des États qui l'entourent, il n'a pas connu de coup de force au cours des dernières décennies.
    Mais de nombreux indices contredisent cette idée d'un pays sans histoires. Les plus flagrants sont ceux de 2008 : des centaines de jeunes ont manifesté pendant plusieurs jours contre la vie chère et un projet de modification de la Constitution donnant la possibilité à Paul Biya de briguer un nouveau mandat fin 2011. Cette situation quasi-insurrectionnelle a causé la mort de plusieurs dizaines de personnes, tuées par les forces de sécurité. Malgré ces événements, la révision constitutionnelle a été adoptée, montrant un président crispé sur son pouvoir.
    Pourquoi les espoirs de 1982 ont-ils peu à peu laissé place au profond désarroi exprimé en 2008 ? Comment le pays est-il devenu l'un des plus corrompus du monde ? A quoi tient la longévité politique de Paul Biya ? A partir de faits et de témoignages, cette enquête décrit le cheminement du Cameroun sous sa présidence. Elle analyse le fonctionnement de son régime et les ressorts de sa durée, parmi lesquels figurent la manipulation des identités ethniques et le soutien de la France. Elle présente l'état de délabrement inquiétant de la société camerounaise après 30 années de « Renouveau » et tente de dresser des perspectives.
    Fanny Pigeaud est journaliste. Formée notamment par le Centre d'études d'Afrique noire (CEAN) de l'Institut d'études politiques (IEP) de Bordeaux, elle a été pendant plusieurs années la correspondante au Cameroun de l'Agence France-Presse et du quotidien français Libération. Elle a aussi travaillé au Gabon et a eu l'occasion de faire des reportages dans plusieurs autres pays africains.

  • Les « Printemps arabes » ont reposé avec force la question de l'injustice sociale dans cette partie du monde. Mais l'étude serrée des situations du Maroc et de la Tunisie relativise la pertinence de l'événement comme aune d'analyse. Les mouvements contestataires l'ont souvent précédé et n'en ont pas toujours procédé. Par ailleurs, les péripéties des années 2011-2014 ont redéfini la question de l'injustice sociale à travers le rapport des partis ou des organisations islamiques à l'État, à la nation, au néolibéralisme, à l'exercice du pouvoir. Il convient de remonter en amont des Printemps arabes pour comprendre les politiques publiques d'inclusion des pauvres, la mise à distance de territoires stigmatisés, la construction idéologique de vrais (ou faux) problèmes, tels que la « jeunesse », l'« employabilité » de la main-d'oeuvre ou les « rentes » économiques. En définitive, c'est le processus même de formation de l'État qui se voit requalifié comme une matrice d'inégalité légitime, en permanente mutation au gré des rapports de force et des luttes sociales.
    Fruit d'une réflexion collective et d'un travail de terrain au long cours, cet ouvrage permet de repenser le politique en dehors de la logorrhée exaltant (ou disqualifiant) les Printemps arabes. Il replace ces derniers dans leur profondeur historique. À la confluence de la sociologie politique et de l'anthropologie, il ouvre de nombreuses pistes comparatives au-delà du seul Maghreb.

  • Entre le début des années 1980 et le milieu des années 2000, des groupes paramilitaires ont développé leur emprise sur de larges pans du territoire colombien. Apparus à la confluence de la criminalité et de la contre-insurrection, ils ont entretenu des liens forts avec les milieux de la politique et de l'économie, légale comme illégale.
    Malgré cette domination institutionnelle et armée, leur déclin a été rapide. Après leur démobilisation partielle entre 2003 et 2006, et à la suite de la crise majeure qu'ont déclenchée les révélations relatives à leurs alliances politiques, la majorité de leurs leaders ont été extradés aux États-Unis, où ils ont dû faire face à des accusations de trafic de narcotiques. Eux qui se voulaient bandits politiques ont finalement été traités en simples trafiquants de drogue.
    Alors que la violence est généralement vue comme la cause de la faillite des États dans les pays du Sud, cet ouvrage propose une approche sociologique non normative des rapports entre la violence et le politique. À partir d'études locales, il montre comment les paramilitaires ont participé en Colombie à la répression des opposants, au partage des ressources publiques, à la mise en exploitation capitaliste de zones marginales. À l'échelle nationale, il analyse la manière dont cette même violence est devenue un problème public qu'ont pris en charge les politiques de sécurité, non sans transformer les usages de la justice pénale. Il confirme ainsi que les groupes armés sont ancrés dans le processus historique de formation de l'État, en renouvelant un débat classique et en conférant au cas colombien de « gouvernement dans la violence » une portée paradigmatique.
    Jacobo Grajales est maître de conférences en science politique à l'Université de Lille 2 et membre du CERAPS (Centre d'études et de recherches administratives, politiques et sociales). Ses recherches actuelles portent sur les rapports entre les situations de post-conflit et l'économie politique du foncier en milieu rural.

  • Sorti de la dictature du général Pinochet en 1990, le Chili a longtemps été considéré en Amérique latine (et partout dans le monde) comme un modèle pour sa transition, pour la stabilité de ses institutions démocratiques et pour sa réconciliation nationale. Comment alors comprendre la vivacité des revendications démocratiques qui, vingt ans plus tard, marquent encore l'actualité chilienne, et ce notamment depuis 2012 ?
    Qui sont les acteurs de cette nouvelle vague d'émancipation politique et pourquoi demandent-ils la transformation du modèle chilien, dénonçant une démocratie sans justice portée par les gouvernements de la transition et instaurée au nom de la peur du conflit social ?
    Les impacts de cette remise en question sont analysés ici à travers les moments marquants de l'histoire politique récente, dont la clé de voûte est l'émergence, dans une partie de la population chilienne, notamment les jeunes, d'un vaste mouvement pour la justice. Ce dernier a rassemblé différents imaginaires et revendications sociales, à partir de moments forts tels que la découverte des charniers de victimes de la répression, le début des procès internationaux contre Pinochet en 1998 et la première grève générale « Pour un Chili juste » en 2003.
    L'étude chronologique de ce mouvement pour la justice et de ses effets politiques est essentielle pour comprendre le Chili contemporain et ce formidable réveil démocratique, social et culturel lors de cette dernière décennie. Alors que la question des droits humains dans l'ensemble des démocraties latino-américaines était considérée comme réglée, la renaissance de l'exigence populaire de justice au Chili ouvre une autre voie contre l'impunité de la violence d'État.
    Pour l'écriture de cet ouvrage, Marie-Christine Doran s'est appuyée sur une documentation inédite, issue de multiples études de terrain et d'un vaste matériel d'interviews réalisées de 1990 à 2015. De la défense des droits au retour de la Mémoire dans les manifestations étudiantes, en passant par l'art populaire des peintures murales et les mesures législatives, jusqu'à l'examen des programmes gouvernementaux récents, le lecteur trouvera dans ce livre une analyse de la vie politique contemporaine au Chili et du rôle fondamental joué par les droits humains.

  • Dossier : L'Éthiopie après Meles
    La disparition de Meles Zenawi en 2012 a ouvert une période de doutes et d'ajustements pour l'État ethnofédéral en Éthiopie. Ce dossier propose une réflexion sur les défis de « l'après-Meles » et invite à une discussion autour des héritages de celui qui était l'homme fort du régime depuis 1991. Au-delà de la disparition du chef en tant que telle, c'est bien la dernière décennie de règne de Meles qui représente un moment historique pour l'Éthiopie contemporaine. Ce moment, marqué par l'élaboration et la mise en oeuvre d'un vaste plan de transformation du pays inspiré des succès asiatiques, a placé le développementalisme au coeur de la rhétorique et de l'exercice du pouvoir d'État, tout en permettant à celui-ci de renforcer ses capacités d'intervention, d'étendre le champ de son déploiement et de réaffirmer ses modalités de domination autoritaire. Meles laisse ainsi à ses successeurs le soin de mener à bien un projet ambitieux mais difficile à conduire et impossible à réformer, au risque de remettre en cause le plan hégémonique du parti au pouvoir.
    Recherches
    « Même si tu as tes papiers, ils t'embarquent » : gestion policière de l'immigration africaine ou institutionnalisation de la xénophobie dans l'Afrique du Sud post-apartheid Rodolphe Demeestère
    Conjoncture
    Qui gouverne (réellement) l'Algérie ? Mohammed Hachemaoui

  • L'actualité récente en France relative à la moralité publique et, d'une manière plus générale, aux formes de participation démocratique des citoyens aux prises de décisions a souligné la pertinence d'une équation fondamentale en sciences politiques, celle qui articule État et éthique du service public. C'est bien le service public « à la française » qui se trouve ainsi mis en question. En Méditerranée, les différents contextes offrent un observatoire privilégié de cette articulation et permettent de l'interroger à nouveaux frais : héritages coloniaux, construction des États, recomposition des sociétés civiles peuvent contribuer à éclairer les problématiques actuelles du service public dans cet espace et à mettre en lumière les pratiques de gouvernance qu'il sous-tend dans les sociétés méditerranéennes contemporaines. L'idée originelle de cet ouvrage a ainsi été de faire se rencontrer différentes disciplines issues des sciences humaines et sociales afin de penser ensemble le service public en Méditerranée, une thématique dont l'histoire est encore en grande partie à faire, à (re)composer, au sens d'un renouvellement méthodologique susceptible de faire émerger de nouveaux objets et de les saisir dans toute leur complexité.

empty