Fayard/Mille et une nuits

  • L'histoire du mouvement ouvrier raconte en détail les désaccords, les conflits et les affrontements entre marxistes et anarchistes, jamais les véritables alliances et des solidarités agissantes entre ces deux mouvements. Olivier Besancenot et Michael Lwy ont choisi d'éclairer ce versant ignoré, souvent délibérément, qui révèle la fraternité de leurs combats depuis la Commune de Paris jusqu'à nos jours sans toutefois omettre leurs sanglants affrontements. Solidarités, convergences, et oppositions politiques sont passées au tamis de l'histoire par le portrait de grandes figures (Louise Michel, le Sous-commandant Marcos, Walter Benjamin, André Breton, Daniel Guérin) et la discussion autour des sujets qui divisent (la « prise du pouvoir », l'écosocialisme, la planification, le fédéralisme, la démocratie directe, le rapport syndicat/parti). À l'occasion du 150e anniversaire de la fondation de la Première Internationale cette Association révolutionnaire pluraliste qui a connu, au moins pendant ses premières années, des convergences significatives entre les deux courants de la gauche radicale , l'objectif est de montrer que l'avenir sera rouge et noir : l'anti-capitalisme, le socialisme ou le communisme du XXIe siècle devront puiser à ces deux sources de radicalité.

  • Tous les discours des personnalités économiques ou politiques qui s'expriment dans les médias ont un point commun : la reprise est en vue, la croissance va revenir, on va s'en tirer. Certes, il y aura des sacrifices à faire, des réformes à effectuer, mais, grosso modo, le cours ordinaire des choses reprendra à terme. C'est là l'illusion qui expose au danger. 
    Pourtant, nul n'arrive à se projeter dans le grand bouleversement de demain et à anticiper les mutations. Si rien ne change, nous savons - même si beaucoup refoulent cette perspective - que nous allons à la catastrophe. 
    Pour Yves Cochet, il faut se préparer au choc et le penser comme tel. Pour Jean-Pierre Dupuy, on doit changer de mode de pensée (« faire comme si le pire était inévitable ») ; pour Susan George, il est urgent de subordonner tout à fait l'économique au politique, au social et à l'écologique. Quant à Serge Latouche, il nous invite à penser le déclin inéluctable de l'ordre néolibéral occidental et espère qu'il sera remplacé par une société d'abondance frugale.Yves Cochet, député écologiste de Paris, ancien ministre de l'Environnement, est l'auteur de Pétrole apocalypse (Fayard). 
    Jean-Pierre Dupuy, philosophe, est l'auteur de Pour un catastrophisme éclairé (Le Seuil). 
    Susan George, présidente d'honneur d'Attac, est l'auteur de Leurs crises, nos solutions (Albin Michel). Serge Latouche, professeur émérite d'économie, objecteur de croissance, est l'auteur notamment du Pari de la décroissance (Fayard).

  • Le capitalisme est malade. Les anticapitalistes ne sont plus les seuls à le diagnostiquer. Il y a encore quelques mois, les tenants du nouvel ordre mondial n'avaient pas de mots assez flatteurs pour vanter les mérites indépassables de l'économie de marché. Si c'est la soupe à la grimace pour tous ceux - patrons, banquiers et spéculateurs - qui ont vu leurs avoirs fondre comme neige au soleil, la situation est autrement dramatique pour nous, simples salariés. Le monde est entré en récession à l'automne 2008. Chacun sait, chez les travailleurs, les retraités, les chômeurs, au sein des familles, que des nuages noirs s'accumulent à l'horizon, et que nous allons payer la débâcle du système.
    L'exaspération sociale gronde. Elle peut gronder plus fort encore à la base de la société. Au sommet, dans les sphères économiques et politiques, les stratèges du capitalisme ne sont pas d'accord entre eux. Mais le président Sarkozy et le Medef s'entendent à continuer leur casse sociale... Pour nous, pas d'hésitation : nous combattons le modèle défaillant de la contre-réforme néolibérale. 
    Renverser le capitalisme, nous le voulons. Pour bâtir une nouvelle société, solidaire et réellement démocratique, nous sommes déterminés à ne plus subir, à nous regrouper et à prendre parti. 

  • Des hommes politiques, on connaît les discours policés, les éléments de langage remis en phrases, la langue de bois dès qu'une difficulté se présente. Tout leur art est dans le contrôle d'un langage calibré. Et pourtant, le véritable homme politique se révèle lorsqu'il fend l'armure : soit en commettant cette petite erreur stupide, cette maladresse cocasse, ce lapsus fatal qui, d'un coup, résume l'homme et sa vérité ; soit en décochant une flèche venimeuse à son meilleur adversaire. Faire rire est la seconde nature des politiques. Quand les hommes politiques se lâchent, c'est un festival de férocité. Tous se damneraient pour un bon mot, un trait d'esprit ironique, une répartie cruelle, qui cloue le bec de l'adversaire et suscite l'hilarité générale. Aucun des ténors n'est absent : de Clemenceau à Santini, en passant par de Gaulle, Chirac, Mitterrand, Chevènement, mais aussi tous les acteurs de la présidentielle en 2012. Olivier Clodong a sélectionné 200 petites phrases politiques et raconte leur contexte.

  • Depuis 2007 et le début des crises financières, les faillites néolibérales sont manifestes. Pourtant égarés par les turbulences économiques et politiques, les esprits ont du mal à se dégager de la gangue idéologique où ils ont été enfermés : on ne sait plus à quel État à se vouer. La crise de la dette grecque montre bien les limites du modèle néolibéral : sans État qui collecte les impôts, sans État capable de mener une politique, il n'y aura pas de remboursement possible des banques et des marchés financiers qui ont prêté. Pendant des années, il a fallu penser « mondialisation heureuse », à l'ombre des marchés et de la financiarisation toute-puissante, qui allait avec réduction des impôts : l'État était tout à fait de trop, l'intervention de la puissance publique (et fiscale) était à bannir. Lentement, on commence à revenir de cette idéologie. Mais il faut se rendre à l'évidence : nos gouvernants ont perdu de vue l'État social. Celui-ci constitue pourtant la véritable alternative au néolibéralisme. D'ailleurs, l'État social existe encore et toujours en France, en dépit des attaques politiques incessantes contre lui. Il ne s'agit pas seulement de la protection sociale, mais aussi du secteur économique non marchand, dont la part est si déterminante, des services publics, de la législation du travail, et des politiques de soutien à l'activité et à l'emploi. L'économie mixte n'a pas bonne presse. L'État social n'a jamais été théorisé. C'est le moment de s'atteler à le penser et à le mettre en oeuvre.

  • « En ce début de XXIe siècle, en Occident, la folie sociale a pris un nouveau nom, celui d'ÉVALUATION. » Le mot essaime partout. Il est à la fois le dispositif et le symptôme d'un mode de contrôle social contemporain particulièrement dangereux. 
    La société occidentale demande maintenant à ceux qu'elle missionne, dans tous les domaines d'activité, de lui rendre des comptes - ce qui paraît très légitime -, mais en faisant de cette exigence un instrument de normalisation généralisée. On sait quel malaise cela génère. Il ne s'agit en fait pas tant de « rendre compte » que de s'en trouver, par ce biais, asservi. 
    Les auteurs examinent le processus en cours. La « machine évaluative », alors même qu'elle donne de nombreux signes d'essoufflement, continue pourtant à se développer, et les tentatives effectuées tant pour la dénoncer que pour tenter d'en limiter les effets délétères n'amènent pour l'instant qu'à la renforcer. Les agences d'évaluation, diverses et variées, constituent aujourd'hui la nouvelle manière de donner des ordres et de faire de la politique sans en avoir l'air. 
    Le contrat social de la démocratie est bel et bien entamé, si ce n'est rompu par cette forme de dictature que sont les chiffres : chiffres que l'on fait croire « évidents » et « naturels », alors même qu'ils se déduisent des rapports de force sociaux et symboliques. Il faut réinterroger la notion de « valeur » pour combattre efficacement l'évaluation.Alain Abelhauser, Roland Gori et Marie-Jean Sauret, sont tous trois psychanalystes, professeurs de psychopathologie à l'université, et membres du collectif l'Appel des appels. Ils ont notamment participé à la publication de l'ouvrage L'Appel des appels. Pour une insurrection des consciences (Mille et une nuits, 2009).

  • Nouvelle édition, revue et augmentée
    Chaque année, au début de l'été, le G8 se réunit. Du 1er au 8 juin 2007, le sommet se tiendra à Heiligendamm, en Allemagne. Ce sera la trente-deuxième fois, depuis 1975, que les chefs d'État ou de gouvernement des pays les plus riches et les plus puissants du monde se rencontrent pour discuter ensemble des grands problèmes et trouver une entente.
    Ni gouvernement mondial ni exécutif de la planète, il ne faut pas pour autant en déduire qu'il n'est qu'un simulacre. Assumant le rôle de régulateur politique, indispensable en contrepoint à l'action de l'OMC et du FMI, le G8 a grandement contribué à construire le cadre institutionnel du néolibéralisme et veillé à l'application de ses préceptes.
    Pourtant, la prise de conscience des dégâts provoqués par la gestion économique, politique et militaire du monde est devenue si forte et si sensible que les mobilisations se sont multipliées. Mais la contestation qui s'affirme ne porte pas seulement sur la nature des politiques, donc de leurs conséquences, sur les conditions de vie des populations ; elle vise la nature de cette institution. C'est pourquoi le mouvement altermondialiste récuse la légitimité du G8 à s'arroger un rôle dirigeant dans la conduite des affaires de la planète.

  • Il était le candidat de « l'État modeste ». L'homme qui allait faire baisser les impôts des Français et gérer nos finances en bon père de famille. Les 53 % d'électeurs qui ont cru que Nicolas Sarkozy allait remettre les finances publiques du pays d'aplomb n'en ont pas eu pour leur argent, c'est le moins qu'on puisse dire. Jamais le pays n'a été aussi endetté. Jamais, depuis la Seconde Guerre mondiale, la France ne s'est appauvrie aussi rapidement qu'au cours des quatre dernières années. La faute de la crise ? Non, celle d'un Président qui, après s'être augmenté lui-même - une première dans la Ve République -, a multiplié les dépenses inutiles et les cadeaux aux plus riches. 
    Détails de l'ardoise record de 450 milliards laissée par Nicolas Sarkozy aux Français.
    Deux journalistes ont compilé les chiffres. Leur tableau donne une image inédite du bilan financier 2007-2011. 

  • Un nouveau mode de gouvernement des hommes se répand dans toute la société, et d'abord dans la sphère professionnelle : un management par la rivalité et la peur qui, au nom de la dictature de la performance et de la concurrence, impose partout les mêmes normes et le même mode d'assujettissement. Qu'importent la qualité réelle et le sens des activités, s'ils ne sont pas réductibles à un chiffre parmi d'autres chiffres. En faisant la loi, l'actionnaire transforme sans cesse le travail. Et quand l'Etat singe cette gestion, c'est pire encore, car totalement ubuesque et contre-productif. Les professionnels vivent péniblement l'altération profonde de leur métier, dans un sentiment où se mêlent injustice, démoralisation et révolte. Les champs professionnels ont perdu leur autonomie spécifique (Pierre Bourdieu). Les exigences de profit à court terme exposent toujours plus les individus et les populations à la précarité sociale et à l'humiliation civile, de sorte que l'amour du métier devient un luxe et une nostalgie. En dénonçant cette logique qui s'applique à toute activité, l'Appel des appels ne défend pas seulement la spécificité des missions de services publics, il révèle surtout l'aliénation croissante dont sont victimes tous les travailleurs. Contre la destruction, il faut instaurer une politique des métiers.

  • Dans quel régime vivons-nous ? Depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne et la réforme constitutionnelle en 2007, les Français savent que leurs dirigeants se sont assis sur leur volonté. Ils ont dit Non au TCE en 2005, mais leurs députés ont voté à 96 % Oui au traité de Lisbonne. Le Parlement n'est même plus une chambre d'enregistrement, vidé qu'il est de ses prérogatives par les structures européennes qui décident des règles et des lois. Il n'exerce plus le rôle qui lui est conféré théoriquement par les électeurs. Le système des partis sans Parlement, en quelque sorte ! Grâce aux sondages, on tente de fabriquer la pensée de citoyens déboussolés ; on perfectionne les méthodes pour leur laisser croire que leurs opinions sont celles de la classe dirigeante. Le mépris de celle-ci à l'égard du peuple est d'autant plus violent qu'il est assis sur la certitude de détenir la vérité. La crise économique, révélatrice des fautes incroyables des banques, aurait pu permettre une remise à plat des institutions. Au contraire, on accélère les « réformes » dans le même sens. Non, ceci n'est pas une dictature. Parler de marche vers la dictature est exagéré, ou inapproprié, car il n'y a pas de dictateur, mais comment qualifier autrement l'évolution actuelle

  • La crise a une traduction idéologique : l'occidentalisme. La gauche (française) est confrontée à la plus importante question qui soit : est-elle ou non capable de développer une vision du monde alternative pour transformer la société dans la durée ? Le combat culturel est le grand impensé du débat public français. Or, la force historique d'un camp politique se mesure à sa faculté d'imposer son hégémonie, ou tout au moins sa domination culturelle. La gauche pense qu'elle continue à être hégémonique, parce que ses idées sont nimbées de l'évidence, c'est à peine si elle a pris conscience que le nouvel environnement idéologique est décliniste et occidentaliste, qu'il porte inexorablement la droitisation de nos sociétés. Au confluent de l'oeuvre de Gramsci et des cultural studies, il s'agit de repenser le combat culturel. Les années à venir verront croître les paniques morales et le spontanéisme droitier. Elles seront, en Occident, celles de la guerre culturelle à laquelle la gauche ne pourra échapper si elle ne veut pas disparaitre.

  • Un basculement s'est opéré. Les Français prennent conscience que le sujet « Immigration-Insertion-Intégration » absorbe une part non négligeable de l'énergie de la société française. C'est lui au nom duquel s'exercent la terreur médiatique et la censure par la novlangue ; les hommes politiques sont accaparés par les discours et l'élaboration de politiques ad hoc d'intégration : inefficaces, voire contre-productives et chères. Au quotidien : échec scolaire ; économie parallèle dans les Zones Urbaines Sensibles ; agressions d'agents de l'ordre public ; infériorisation des femmes et violences à leur encontre... Membre du Haut Conseil à l'Intégration, l'auteur est aux premières loges pour constater l'ampleur des dégâts. Que s'est-il passé pour que l'intégration se dégrade autant ces dernières décennies ? Au-delà de l'importance des flux migratoires, ce qui a profondément changé, c'est le comportement de la classe politique elle-même : pour les migrants de source européenne, la classe politique exigeait qu'ils s'adaptent à la société française ; pour les migrants de source non européenne, elle s'est mise à exiger que ce soit la société française qui s'adapte à eux. Une « adaptation » qui s'est traduite par une dégradation de toutes les exigences : à l'École, dans la laïcité, dans la conception de la citoyenneté, dans les politiques conduites par les gouvernements... Désormais, c'est notre héritage qui est menacé et que certains apprentis sorciers travaillent encore à faire voler en éclats. C'est le noyau identitaire français que certains veulent tout à fait fissurer.

  • On soutient souvent que les problèmes d'intégration des populations issues de l'immigration seraient en grande partie imputables au passé colonial de la France et au traitement inéquitable que leur réserverait le pays. Ces explications fort attrayantes ne résistent pas longtemps à l'analyse de la situation d'autres pays : les nations occidentales sans passé colonial qui ont adopté les politiques de discrimination positive et d'immigration choisie connaissent le même échec. Nous aurait-il manqué des pièces pour appréhender le puzzle de l'intégration ?
    En France, parce qu'il est toujours de bon ton de transposer les modèles venus d'outre-Atlantique, une partie de nos femmes et hommes politiques semblent pourtant prêts à céder aux pressions de quelques lobbyistes et à adopter la discrimination positive. Des médias, des écoles prestigieuses, de grandes entreprises ne montrent- ils pas déjà la voie ?
    Malika Sorel nous met en garde contre les dangers de ces politiques qui menacent sérieusement notre cohésion nationale. Sans concession pour les uns ni pour les autres, elle expose les logiques communautaristes, à rebours des principes républicains, qui ne cessent d'exacerber les malaises identitaires. Elle aborde aussi une question taboue, mais qu'elle estime être cruciale : le droit du sol constitue-t-il un atout pour les enfants de l'immigration ou, au contraire, une entrave dans leur parcours d'intégration ?

  • En décembre 2008, Roland Gori et Stefan Chedri, tous deux psychanalystes et professeurs de psychopathologie, se rendent compte qu'ils sont sans cesse sollicités pour signer des pétitions qui vont se multipliant : psychanalystes, enseignants, médecins, psychologues, chercheurs, dénoncent la casse que provoquent les réformes dans leur secteur et leur métier... Les deux hommes décident de rédiger un appel qui traduirait la vive inquiétude qui s'est emparée des professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l'éducation, de la recherche, de l'information et de la culture, et donnerait à partir de chaque coeur de métier une analyse globale de « ce grand corps malade qu'est la société française ». C'est l'Appel des appels, suivi de son manifeste. « Nous avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social et affirmons la nécessité de nous réapproprier une liberté de parole et de pensée bafouée par une société du mépris. Face à une idéologie oppressive qui promeut le culte de l'argent et la peur de l'autre, Face à la multiplication de prétendues réformes aux conséquences désastreuses, Face au saccage de nos missions et de nos pratiques professionnelles, Face à la promotion du prêt-à-penser et de procédures

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