Karthala

  • La lutte contre la corruption est aujourd'hui devenue le leitmoitiv de toutes les politiques menées en Afrique au nom du développement. Echouant très souvent à atteindre leurs objectifs, ces politiques anticorruption sont rarement étudiées en profondeur. Olivier Vallée en offre ici une analyse novatrice et radicale, fondée sur une connaissance intime des rouages de l'économie politique du continent. Ce livre propose une ambitieuse théorie critique des politiques internationales et locales de lutte contre la corruption, mais aussi une herméneutique des discours moraux et normatifs qui les accompagnent.
    A partir de l'analyse comparée des deux pays stigmatisés par Transparency International, le Cameroun et le Nigeria, il retrace la floraison de discours, d'enquêtes, de lois et d'organes de contrôle qui tentent d'endiguer la corruption africaine. Il raconte aussi les retournements et la réversibilité de ces processus d'endiguement.

  • La décomposition de l'URSS est un phénomène mystérieux que les spécialistes n'ont pas fini d'explorer. Que s'est-il passé pendant la perestroïka, cette courte période (1986-1991) où tout a basculé ? L'une des singularités de cet ouvrage est de ne pas se concentrer sur le jeu des élites dans les hautes sphères du pouvoir politique, mais sur celui d'acteurs plus ou moins oppositionnels localisés dans leurs périphéries. Il reconstitue l'événement à travers l'histoire des clubs politiques "informels" de Moscou, organisations indépendantes du Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS) apparues en 1986-1987. Cette mobilisation originale naît dans les milieux universitaires pour s'étendre rapidement dans l'espace social. Sans adopter la stratégie classique d'opposition frontale, elle parvient néanmoins à ébranler les fondements du système politique. Les clubs informels sont des acteurs importants, bien que mal connus, de cette mutation. Ils ont contribué à façonner le nouvel espace politique concurrentiel qui émerge en 1987 et se modifie radicalement à partir de 1989, lorsque les premières élections libres déclenchent une compétition effrénée et généralisée.

  • Le premier volume porte plus précisément sur la sociologie historique de la guerre, en rapport étroit avec celle de l'Etat clientélisme étudiée dans ce second volume. Christine Messiant retrace ici l'histoire sociale du MPLA, le mouvement jusqu'à ce jour dominant, pour mieux montrer en quoi ses caractérisitiques ont engendré une misère profonde qui rend le clientélisme d'autant plus nécessaire et extrême. Elle montre que la pacification sans démocratisation (1991-2002) a fait place à un multipartisme sans démocratie qui a permis une reconversion économique hégémonique de la nomenklature au pouvoir.

  • La démocratisation du Bénin s'est avérée un processus complexe, ambigu, avançant volontiers "à pas de caméléon" à l'instar de Mathieu Kérékou, l'ancien autocrate revenu au pouvoir par la voie des urnes. Soulignant les paradoxes de la consolidation du pluralisme, cet ouvrage montre comment les citoyens apprivoisent les institutions et les valeurs de la démocratie et comment celles-ci produisent en retour des boulversements notables dans les pratiques et les imaginaires politiques.
    Au delà du cas béninois ou africain, ce livre traite ainsi de la diffusion et de la réinvention de la démocratie dans des sociétés qui sont, à tort, réputées lui être rétives.

  • Vouloir étudier le retour de quelques milliers de Palestiniens dans les zones autonomes de Cisjordanie et de la bande de Gaza après les accords d'Oslo, c'est se heurter à la difficulté de nommer le phénomène. La langue française n'offre guère de terme adéquat pour traduire l'arabe "'a'ïdûn" ou l'anglais "returnee", deux vocables communément utilisés dans les Territoires pour désigner ceux qui sont venus ou revenus s'installer en Palestine après 1993.

  • DVD. Le travail de mémoire sur la répression sous les régimes dictatoriaux d'Amérique latine dans les années 60 à 80 du XXe siècle n'est pas achevé. Pour le Brésil, il faut rappeler le livre du dominicain Frei Betto sur les tortures subies par les opposants au régime et le souvenir de son frère Tito mort en France sans avoir pu se remettre de ses années de prison. Au Chili, la résistance a connu beaucoup d'exilés et de morts. En Argentine, il y a eu les assassinats de l'évêque Angelelli, du prêtre français Gabriel Longueville, des soeurs Alice Damon et Léonie Duquet et de bien d'autres.
    Dans le présent livre, il s'agit de l'Uruguay qui a connu une sévère dictature de 1973 à 1985. Des milliers de personnes y ont été séquestrées et torturées, y compris sexuellement. Une fois la démocratie rétablie, un groupe de femmes a commencé à se réunir à partir de 1997 pour parler des sévices subis et retrouver la dignité face à elles-mêmes.
    Le lecteur trouvera ici le récit de ce travail qui s'est étalé sur plusieurs années. Des 300 femmes qui se sont rencontrées dans cette entreprise de reconstruction, 28 d'entre elles ont déposé une plainte en justice, à titre personnel et collectif. Non pour crier vengeance, mais pour refuser le déni et réclamer justice, dans l'espoir que cette dénonciation guérisse une génération entière et rappelle au peuple uruguayen ses responsabilités futures. Un livre qui est à la fois un témoignage en l'honneur de ces femmes courage et une alerte pour nos consciences, sur le risque toujours possible du retour à la barbarie.
    L'ouvrage est accompagné du DVD « Graines de lumière », réalisé par Lucia Wainberg.

  • Comme État souverain, le Cameroun a une partie de son activité tournée vers le dehors, dont la visée est la maîtrise de l'environnement international, le renforcement de son influence et la maximisation de ses intérêts. Cette politique étrangère, qui se met concrètement en oeuvre à travers le rituel diplomatique, repose sur un ensemble de principes, sur une variété de pratiques et de processus et sur une pluralité de structures gouvernementales et administratives.
    La lecture des discours et des déclarations officielles, des programmes des partis dirigeants, des professions de foi rédigés par les chefs d'État successifs du Cameroun nous livre les principes cardinaux de cette politique extérieure : souveraineté et indépendance nationales, paix, solidarité internationale et coexistence pacifique, non-alignement et non-ingérence dans les affaires intérieures des États, développement national et coopération sans exclusives, unité de l'Afrique et intégration régionale. Il faut souligner en particulier le panafricanisme. En raison de sa situation d'Afrique en miniature, né de la géographie et de l'histoire, le Cameroun s'affirme en effet une vocation panafricaine naturelle.
    Travail de documentation et de synthèse sur la politique internationale du pays, cet ouvrage intéressera non seulement les diplomates et les spécialistes, mais également les citoyens camerounais désireux de mieux connaître comment leur pays s'inscrit dans la marche du monde.
    Yves Alexandre Chouala est docteur en Science politique et docteur 3e Cycle en Relations internationales. Habilité à diriger des recherches, il est enseignant à l'Institut des Relations internationales du Cameroun et chargé de cours associé à l'Université catholique d'Afrique centrale. Chercheur au Groupe de recherches administratives, politiques et sociales de l'Université de Yaoundé II, il est le rédacteur en chef de Polis : revue camerounaise de science politique et vice-président pour l'Afrique centrale de l'Association africaine de Science politique.

  • Comment comprendre l'Afrique et ses principaux enjeux politiques contemporains ? A partir de quelles grilles d'analyse et avec quelles approches travaillent les Africanistes ? Comment se situent ces derniers par rapport aux analyses générales en science politique ? Quelles sont les pistes de réflexion nouvelles qui ressortent de ces débats ? Voilà les principales questions transversales aux textes présentés dans ce livre qui propose un état des lieux des travaux sur le politique en Afrique en les arrimant aux théories et concepts de la science politique, avec des bibliographies sélectives. Vingt ans après Les Afriques Politiques, des spécialistes de l'Afrique passent en revue les enjeux contemporains et les problématiques dominantes du continent : l'État, l'autoritarisme, la démocratisation, les identités, les mobilisations et modes de participation politiques, la société civile, l'administration, les politiques publiques, les relations internationales, le développement... Loin de receler des réalités irréductibles qui échapperaient à la compréhension et à l'analyse de la science politique, l'Afrique offre aussi bien des terrains propices à l'analyse d'objets classiques de la science politique que des terrains d'observation sur des enjeux uniques et féconds. Plus encore, l'étude des terrains africains peut permettre de développer de nouveaux questionnements, de saisir de nouveaux objets et de produire des connaissances non seulement utiles aux chercheurs d'autres aires géographiques, mais aussi à ceux de la science politique en général.

  • En 1994 s'accomplissait au Rwanda le dernier génocide du XXe siècle. En trois mois, un million d'hommes, de femmes, de vieillards et d'enfants étaient exterminés uniquement parce qu'ils étaient Tutsi. Il est vite apparu que la question des responsabilités françaises était incontournable. La France a en effet soutenu un régime fasciste qui couvait l'idéologie et les forces du génocide, puis ces forces en train de commettre l'abomination, avant de favoriser leur repli et leurs préparatifs de " revanche ". Les voix qui dénonçaient en France ce sinistre scandale ont été vite étouffées par une chape de plomb politico-militaire et une désinformation incessante.
    En 1998 cependant, les révélations du journaliste Patrick de Saint-Exupéry contraignaient une Mission d'information parlementaire à soulever le couvercle, mais pour conclure seulement à une " erreur " d'appréciation politique, en dépit du contenu même de son Rapport. Un ensemble d'associations et de citoyens a estimé ne pas pouvoir laisser dans un tel déni la commémoration des dix ans du génocide. Ils ont organisé, du 22 au 26 mars 2004, une Commission d'Enquête Citoyenne (CEC), appuyée par plus de huit mille signatures.
    Cette semaine intense de travaux et de débats est retranscrite dans le présent ouvrage : rapports, documents (pour certains inédits), paroles d'experts, de rescapés et de bourreaux se prolongent dans les échanges de la Commission. Les membres de la CEC, même ceux qui connaissaient très bien le sujet, ont été saisis d'effroi et de dégoût devant ce qui ressort d'un tel faisceau de preuves et d'informations : leur pays est inextricablement mêlé à un génocide. Réfléchissant, décidant et agissant comme si ce génocide n'était qu'un phénomène collatéral d'une guerre civile, les responsables civils et militaires de la France ont favorisé de fait son accomplissement. Notre pays ne veut toujours pas le savoir, ni assumer ses responsabilités, ni demander des comptes à ses plus hauts dirigeants.
    Au printemps 2004, la CEC n'a pas été seule à relever cette évidence. Désormais, il y a deux attitudes incompatibles. Certains continueront de considérer que la raison d'Etat doit protéger le noeud politico-militaire engagé dans un génocide, dans le sillage d'une doctrine qui a des accointances avec tous les fascismes. Pour d'autres, la mémoire des victimes rwandaises, les leçons de ce génocide après celui des Juifs où l'Etat français s'était déjà trouvé compromis, la prévention de futurs crimes de masse, en Afrique ou ailleurs, l'avenir de la démocratie en France, imposent de faire la vérité et d'y restaurer des contre-pouvoirs. La lecture de ce livre peut contribuer à accroître le nombre des citoyens qui refusent l'intolérable.

  • Rares sont les chefs d'État à avoir pu s'imposer quatre fois à la tête de leur pays. C'est pourtant ce qui est arrivé à Jerry John Rawlings, vainqueur des élections présidentielles ghanéennes du 7 décembre 1996. Un homme qui aura réussi après deux coups d'État et deux élections démocratiques à s'installer aux plus hautes fonctions de son pays pendant près de vingt ans. En dépit de ce parcours peu ordinaire il existe, étonnamment, très peu d'études portant sur I' exiirience ghanéenne. Le premier objectif de ce livre est de tenter de combler un tel manque en proposant une lecture générale des transformations qui ont marqué le Ghana depuis 1981.
    Son second objectif est d'apprécier plus particulièrement le rôle des institutions de Bretton Woods dans le processus « révolutionnaire » que connaît le Ghana et de montrer comment l'ajustement structurel qu'elles mettent en oeuvre ne se suffit pas à lui-même pour tenter de sortir de l'impasse les pays exclus du développement. Même si ces institutions internationales s'avèrent jouer un rôle politique plus complexe que celui qui leur est habituellement assigné, les facteurs politiques internes se sont révélés particulièrement importants dans le cheminement de la révolution ghanéenne.
    Le propos de l'auteur déborde ainsi largement le seul cadre monographique. A travers l'étude du Ghana, il poursuit une réflexion critique sur la notion même d' ajustement structurel, sans omettre de discuter plusieurs ouvrages publiés dans la collection « Les Afriques ».

  • En 1908, sur le territoire de l'Empire ottoman, une révolution est en cours. Sous la pression d'officiers des fronts balkaniques, ceux que l'on appelle les "Jeunes-Turcs", le sultan Adbulhamid II rétablit la Constitution suspendue quelques années auparavant et met fin à une période de censure et d'autoritarisme. Cette révolution tranquille et légaliste libère la parole publique et donne naissance à une nouvelle figure sociale : les intellectuels.
    Les principes de liberté, d'égalité, de justice sont proclamés et brandis par de jeunes hommes et femmes qui attendaient avec impatience de pouvoir endosser ce rôle. La mission qu'ils cherchaient à accomplir s'articulait à une croyance absolue dans les vertus émancipatrices du savoir. Ils constituèrent peu à peu une sphère publique autour de professions et d'activités nouvelles : journalistes, académiciens, avocats, professeurs et parlementaires, mais aussi militants, critiques et caricaturistes. Une histoire qui reste tout à fait d'actualité dans un monde arabe en quête de modernité.

  • Le roi Ngwa'fo des Mankon est ingénieur agricole, homme d'affaires et premier vice-président du parti de Paul Biya. Il a succédé à son père en 1959. Son règne couvre cinquante ans d'indépendance. Il affiche des convictions modernisatrices tout en remplissant à la lettre ses fonctions monarchiques. Il fait des offrandes aux défunts. Son corps propre est investi de substances de vie ancestrales. Il les communique à son peuple et à ses épouses par sa parole, son souffle, sa salive, sa semence, et par des substances qui démultiplient ses humeurs corporelles. Il agit comme un "roi-pot" muni d'une enveloppe et d'orifices qui ordonnent et contrôlent des transits en flux entrants et sortants. Ses sujets mettent en oeuvre des techniques du corps et des techniques de soi qui les identifient à des récipients en rapport avec le corps du roi.
    La combinaison d'une problématique d'inspiration foucaldienne de la gouvernementalité et d'une ethnographie très concrète des pratiques matérielles et motrices, peu verbalisables, démontre que le pouvoir s'adresse aux corps et aux objets. Les sujets s'assujetissent, sans prise de conscience critique, aux enveloppes qui les contiennent.

  • A une époque où l'anglais est en passe de devenir la langue véhiculaire des pays de l'Union, sans qu'il y ait jamais eu de politique linguistique européenne clairement formulée, il est important de s'interroger sur la signification même d'une langue dominante, sur les phénomènes complexes de naissance, de déclin, de renaissance linguistique, sur les conditions historiques et les facteurs socio-économiques qui favorisent tantôt des situations d'hégémonie linguistique, favorables au monolinguisme, tantôt des situations de pluralité linguistique, débouchant sur des formes stables de bilinguisme ou de multilinguisme. Voyage à l'ombre de Babel (France, Californie, Canada, Belgique, Suisse, Israël, Ukraine, Lituanie, Biélorussie et ancienne Yougoslavie..)

  • Evoquer des "objets politiques non identifiés" ne relèvent pas simplement du jeu de mots. Derrière le calembour se profile une approche des phénomènes politiques qui s'interesse d'abord aux représentations que les citoyens se font des systèmes dans lesquels ils vivent et doivent agir. Comment les pensent-ils, où s'y situent-ils, que croient-ils possible et désirable d'y entreprendre ? Pour mieux appréhender les représentations du politique, cet ouvrage propose donc d'étudier quelques "OPNI", la rue, la peinture, la littérature, la fête, la bande dessinée, la musique, la chanson populaire, le cinéma, le sport, la chasse et la cuisine.

  • Ce livre trouve son origine dans une expérience que j'ai vécue au début de mon premier séjour chez les Maka de l'est du Cameroun, en 1971. Une nuit, ma voiture tomba en panne, et je me trouvai en pleine forêt dans le noir, avec Meké, mon nouvel assistant, qui devait jouer un rôle de premier plan dans mes recherches. La situation me paraissait assez pénible. Mais Meké avait, pour sa part, de tout autres préoccupations. Il m'affirma, d'un ton excité : " Ah ! si Mendouga était avec nous ! Nous sommes des innocents. Mais elle verrait les sorciers qui rôdent dans la nuit. Elle a le pouvoir : elle peut voir ce qu'ils couvent. "

    Pour les Maka, il n'est guère possible de parler du pouvoir sans se référer aux forces occultes du djambe (la " sorcellerie "). Cela vaut pour la politique locale, mais aussi pour les relations " modernes " avec l'Etat et la politique nationale.

    Le but de ce livre est d'explorer, en partant de quelques exemples camerounais, comment cette " modernité " de la sorcellerie - sa permanence dans des contextes nouveaux - marque les développements politiques de l'Afrique contemporaine.

  • Il faut changer le monde. Par rapport à cet idéal, le champ politique s'est singulièrement rétréci. Tout semble le réduire aux contraintes de l'économie, plus est, de l'économie mondiale.
    A partir de deux corpus théoriques confrontés l'un à l'autre, celui de l' « institution imaginaire de la société » de Castoriadis et celui du « signifiant vide » de Laclau, une conceptualisation des « frontières du politique » est définie et ensuite mise en oeuvre. Ce travail pose la question des imaginaires de l'émancipation. Comment les penser en rapport avec la définition des frontières du politique ? Des réponses concrètes sont apportées en rapport avec des conjonctures politiques précises : le Venezuela, l'Argentine, le Mexique, le Brésil et le mouvement indien.
    Ce livre présente une réflexion fondamentale, théoriquement et méthodologiquement articulée, sur le "changer le monde" aujourd'hui. Il propose un regard pénétrant sur les déplacements des frontières du politique dans de nombreux pays d'Amérique latine.

  • De simples paysannes de caste intouchable chantent au Maharashtra, en Inde, leur libérateur Bhimrao Ramji Ambedkar (1891-1956). L'auteur nous livre ces "actes de parole" dans une lecture linéaire qui construit une épopée : le "Chant d'Ambedkar". Il nous fait partager son émerveillement devant les jeux de contrastes et de correspondances auxquels se livrent les chanteuses, depuis la structure de la versification jusqu'aux niveaux lexical et phonologique. L'étude se poursuit par une analyse mélodique et prosodique.
    Cet ouvrage dispense une superbe leçon de choses en matière d'"études sublaternes", ce courant historiographique qui a profondément renouvelé la compréhension de la colonisation et du nationalisme en Inde et qui a été l'une des matrices des "études postcoloniales" contemporaines. La lecture de cet ouvrage invite aussi à une découverte sensible de l'Inde moderne dont elle éclaire, "par le bas", l'assise démocratique.

  • « Tel un météore dans le ciel de l'Afrique, Patrice Lumumba monta si vite au zénith qu'il ne pouvait guère ne s'abattre en flammes. » Destin et trajectoire hors du commun que celui de ce Premier ministre du Congo : sa vie publique aura duré cinq années à peine ; sa carrière ministérielle effective seulement deux mois.

  • Les sociétés sont parfois la proie d'idées fixes inspirant des comportements passionnés ; c'est du moins l'impression qu'elles peuvent donner. Au Rwanda et en Côte-d'Ivoire C. Vidal a observé le « social selon les passions ». Dans ces deux « Afriques », les passions étudiées se sont imposées d'elles-mêmes : difficile en effet d'ignorer des situations où tant de groupes s'engagent, où tant d'individus prennent parti.
    Au Rwanda, les violents ressentiments ethniques qui mobilisent les fractions européanisées de la population engendrent guerres civiles répétées, massacres et exodes depuis la fin des années cinquante. A la suite de quelle histoire politique et intellectuelle les passions ethniques ont-elles ainsi tout investi ? En Côte-d'Ivoire, les domaines de passion les mieux partagés touchent aux relations entre les citadins et leurs parents villageois ainsi qu 'aux rapports entre hommes et femmes. Les funérailles villageoises ou la pratique du mécénat sont des passions institutionnalisées, engageant l'honneur des individus et opérant l'intégration à des communautés rassemblées autour des riches et des puissants. Quant à la « guerre des sexes », elle fait rage en milieu urbain où les femmes en quête de leur autonomie s'affrontent aux hommes.
    D'un ton nouveau dans sa manière d'approcher les sociétés africaines, Sociologie des passions impose une autre façon d'observer, et donc de découvrir.

  • Cet ouvrage revient sur la Tunisie avant la chute du régime Ben Ali.
    « Depuis la fin des années 1990, l'opposition démocratique retrouve un second souffle. Au sein de la population, le malaise est également croissant, mais il tarde à s'exprimer sous une forme active et organisée. Ce paradoxe persistant, qu'on ne peut expliquer par la seule répression, inquiète Sadri Khiari. Son analyse met l'accent sur les défaites successives du mouvement populaire depuis les années 1980. Elle souligne les responsabilités des oppositions et leurs ambivalences politiques, malgré la pugnacité dont elles font preuve aujourd'hui. L'auteur passe en revue les différentes forces qui contestent le régime Ben Ali et souligne la spécificité du mouvement islamiste tunisien. Selon lui, les difficultés de la mobilisation populaire s'inscrivent également dans un processus de désocialisation, consécutif au désengagement économique de l'Etat dont le caractère bureaucratique et policier ne cesse de s'affirmer. L'auteur se garde de donner une recette pour mettre un terme au délitement de la Cité tunisienne. Mais au long de son ouvrage, un impératif se dégage, que l'on peut exprimer dans les termes du philosophe Walter Benjamin: si l'opposition démocratique veut que la Tunisie s'arrache au cercle infernal de l'autoritarisme, elle doit apprendre à brosser l'histoire à rebrousse-poil. Autrement dit, à entreprendre d'abord un retour critique sur elle-même. »
    Sadri Khiari, docteur en sciences politiques, est membre-fondateur du Conseil national des libertés en Tunisie et de RAID-Attac / Tunisie.

  • Au-delà des habituels lieux communs sur les "guerres ethniques", ce livre de Gilles Dorronsoro montre comment une société essentiellement rurale et non industrielle a connu une mutation accélérée dans et par la guerre. L'échec des projets modernistes, communiste et islamiste, a permis l'émergence , en 1994, du mouvement des Tâlebân qui a su capitaliser la lassitude de la population pour instaurer un Etat fondamentaliste dominé par les religieux.

  • De 1945 à nos jours, la région dite des Caraïbes (ou si l'on préfère de l'archipel des Antilles) et des Guyanes (Guyana, Suriname, Guyane française) a connu bien des mutations d'ordre politique (changement de statuts), économiques (déclin de l'économie de plantation, importance prise par le tourisme), social, culturel (affirmation ou recherche d'identité)... Elle a été aussi le théâtre d'événements qui ont eu parfois des répercussions internationales : crise des fusées (1962) et démêlés de la révolution cubaine avec les États-Unis, crise de la République dominicaine (1963-1965), difficile retour à la démocratie en Haïti après la longue dictature des Duvaliers, crise de la Grenade avec intervention du grand voisin du Nord , en 1983. À cette synthèse à la fois politique, économique et sociale s'est rajoutée une approche thématique, sous la forme de fiches concernant notamment les éruptions volcaniques récentes, les migrations, les subdivisions, les partis politiques.

  • L'afrique maintenant

    Stephen Ellis

    • Karthala
    • 11 Janvier 1995

    À la fin du XXe siècle, toute l'Afrique connaît, de l'Algérie au Cap, de nombreux bouleversements, dans un monde lui-même en mutation. L'Afrique maintenant passe en revue ces changements et les ordonne selon trois thèmes majeurs.

    L'ouvrage montre d'abord que les relations entre citoyens et États s'expriment non seulement à travers le nationalisme, l'ethnicité et la démocratie, mais aussi dans la culture de la jeunesse et le phénomène de la violence, le renouveau religieux et la moralité publique.

    Puis il analyse les politiques visant la croissance économique, la réponse des institutions publiques à l'économie informelle, la diversité de l'ajustement dans les agricultures africaines et les contraintes sur la production manufacturée. Il tente enfin de situer l'Afrique dans le monde, de décrire la crise de l'État et le mouvement vers l'intégration régionale, d'évaluer l'efficacité de l'aide et la réalité des migrations.

    Les auteurs viennent de toutes les régions d'Afrique, ainsi que des autres continents. Certains d'entre eux ont occupé des postes de responsabilité dans les gouvernements africains ou dans des organisations internationales. Ils représentent différentes traditions d'étude et de réflexion (africaine, américaine, européenne et, parmi celles-ci, anglophone et francophone). Publié aussi en anglais, L'Afrique maintenant a servi de document de discussion lors d'un congrès de la Coalition mondiale pour l'Afrique, tenu à Maastricht en novembre 1995.

    Ce livre constitue ainsi une contribution essentielle pour les décideurs africains et s'ailleurs, pour tous ceux qui ont un contact professionnel avec le continent tels les employés des organisations non gouvernementales et des organismes internationaux, les banquiers, et hommes d'affaires, les diplomates et hauts fonctionnaires, aussi bien que les enseignants et les étudiants.

  • Guerres et sociétés

    Pierre Hassner

    Comment penser la guerre dans la période inaugurée en 1989 par la fin de la Guerre froide et l'expansion de la globalisation ? Faut-il voir, avant la mobilisation contre le terrorisme qui suit le 11 septembre 2001, une scorie de la mondialisation libérale ?Ou au contraire, la marque d'un désordre international pérenne, même si ses formes peuvent être plus ou moins novuelles ? Pour répondre à ces interrogations ce livre propose une réflexion sur quelques dimensions essentielles des conflits armés après 1989/ Etat et globalisation suivent des cheminements tantôt parallèles tantôt confondus.

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